Le cinéma algérien des femmes : L’Envers du miroir. Film de Nadia Cherabi (Algérie, 2007)

Christiane Passevant / Divergences
jeudi 11 septembre 2008
par  CP
popularité : 42%

À lire dans Divergences.be

Une nuit, Kamel, chauffeur de taxi occasionnel, charge une jeune femme et son bébé. Prétextant une course, elle abandonne le nouveau-né sur le siège arrière de la voiture. Commence alors, en parallèle, une quête de soi de chacun des deux personnages. Pour Kamel, qui retourne chez lui avec le bébé et parvient à convaincre sa mère de le garder pour une nuit, avant de se mettre à la recherche de la mère de l’enfant. Pour la jeune femme qui est à la rue et se trouve livrée à toutes les violences.

Un script dépouillé pour ce film de fiction, une histoire de gens ordinaires… Mais celle-ci se déroule en Algérie et les thèmes abordés par la cinéaste documentariste révèlent les blessures et les tabous d’une société sous tension. L’Envers du miroir , [1] réalisé par Nadia Cherabi, [2]ne s’arrête pas à la surface ou au simple reflet des sentiments ou des faits, mais soulève de graves problèmes de société. [3]

Le film traite en effet plusieurs questions tabous : le viol, l’inceste et être mère hors du mariage dans une société qui ne reconnaît pas les mères célibataires. C’est le film d’une femme sur les femmes, leurs droits, leur rôle social, leur statut dans la famille, leurs choix. Les femmes peuvent-elles être sujets dans une société régie par un code de la famille qui fait d’elles, depuis 1984, des mineures à vie ?


Dans cet entretien, Nadia Cherabi s’explique sur la violence politique vécue au quotidien en Algérie durant la décennie noire de même qu’elle souligne une autre violence, diffuse et occultée, qui a permis de dissimuler le délabrement social qui marque les aspects quotidiens et majeurs du pays. Elle évoque aussi la place du cinéma en Algérie et dans les pays du Maghreb.

Construit comme un « conte moderne » situé dans une société prise entre les traditions et la logique libérale, le film de Nadia Cherabi est simple et inattendu. C’est un Envers du miroir qui en dit long sur la fragilité du modèle social algérien et une fiction « filmée de l’intérieur » comme le revendique son auteure.

Christiane Passevant

Lire l’entretien avec Nadia Cherabi dans Divergences , juillet 2008

divergences.be


[1 L’Envers du miroir (Wara el Mir’at) de Nadia Cherabi. 
Algérie - 2007 - 1 h 43 mn - Réalisation : Nadia Cherabi - Scénario : Sid Ali Mazif, Nadia Cherabi - Image : Smaïl Lakhdar-Hamina - Décor : Mouloud Cherabi - Montage : Ali Leylane - Musique : Redwan Nassri - Son : Kamel Mekesser - Interprétation : Rachid Farès, Nassima Shems, Kamel Rouini, Driss Chekrouni, Abdelhamid Rabia, Nassima Benmihoub, Fatima-Zohra Mimouni.

[2Nadia Cherabi a poursuivi des études de sociologie à l’Université d’Alger puis à la Sorbonne. De 1978 à 1994, elle a travaillé au département artistique de la Direction de la production du CAAIC (Centre algérien pour l’Art et l’industrie cinématographique). Elle a été assistante-réalisatrice de Ahmed Laalem (Agence nationale des actualités filmées, 1991). Au CAAIC elle passe de la production à la réalisation de films. En 1994, elle fonde sa société, Procom International, où elle exerce en tant que productrice et réalisatrice. Après avoir pendant longtemps produit des documentaires, elle a produit récemment deux longs métrages L’Envers du miroir et Vivantes !.

[3 L’Envers du miroir réalisé par la documentariste algérienne, Nadia Cherabi, faisait partie de la sélection « panorama » du 29e festival international du film méditerranéen de Montpellier (2007).