Samedi 11 octobre 2008 : Rencontres Méditerranéennes Albert Camus et La Colonisation

de Christelle Taraud (Le Cavalier bleu). Avec l’auteure et Nicolas Mourer.
dimanche 12 octobre 2008
par  CP
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25èmes Rencontres Méditerranéennes : « Albert Camus et les libertaires »

RENCONTRES MÉDITERRANÉENNES ALBERT CAMUS vendredi 10 et samedi 11 octobre de 9h30 à 18h.

Lourmarin Château de Lourmarin 84160 Lourmarin

Deux journées internationales consacrées à

« Le don de la Liberté : Albert Camus et les libertaires ».

Rencontres avec des témoins, des écrivains, des chercheurs, des journalistes.

Retransmission de Radio Libertaire.

Albert Camus naît le 7 Novembre 1913 en Algérie d’un père d’origine alsacienne et d’une mère d’origine espagnole. Il est le second enfant d’une famille de condition modeste. Il ne connaît pas son père qui est tué au début de la Première Guerre mondiale. Sa mère et les deux enfants s’installent alors chez la grand-mère, dans le quartier populaire de Belcourt, à Alger.

Son instituteur l’encourage à passer un concours pour obtenir une bourse qui lui permettra de poursuivre ses études secondaires et d’aller à l’université.
Journaliste, écrivain et passionné de théâtre, Albert Camus marque la vie culturelle française de 1936 à 1960.

Il est traumatisé par la guerre d’Algérie, mais n’en verra pas la fin. Il meurt le 4 Janvier 1960 dans un accident de voiture.

En novembre 1958, « Au cœur du drame algérien, Camus affirme ce qu’il doit à sa terre natale. »

Camus parle de son amour du théâtre.

Nicolas Mourer lit des textes à propos de Camus.

De détracteur de Camus dans les années 1950, lui reprochant de ne penser qu’en termes d’absurdité et de révolte, de maîtrise et de souffrance, de parole et d’arme, voire de fuite et non de Chute, Maurice Blanchot entrera, quatre mois après l’accident foudroyant qui a dissout Camus, dans une intimité secrète, une amitié à rebours avec l’auteur de la Peste.

Non qu’il s’agisse d’un revirement radical de Blanchot, mais, la peine et le manque aidant, la tristesse et l’amitié se dénudant, Blanchot se laissera dérober par un chagrin qui estompera leurs divergences de pensée (non leurs exigences). Et parlant de Camus, il dit : "C’est une peine aujourd’hui que de penser à l’étrange solitude à laquelle il se sentit voué, jusque dans la gêne de la gloire qui semblait destinée à l’isoler et à le vieillir prématurément".

À la lecture de quelques extraits de trois œuvres de Blanchot, recueillons sans le saisir le mouvement qui porte Blanchot vers le désarroi de la perte et la reconnaissance d’un secret, à Camus lui-même non dévoilé : Camus n’est pas L’Étranger.

Nicolas Mourer

Maurice Blanchot, lecture d’extraits de

« Réflexions sur l’Enfer », in L’Entretien infini (Gallimard)

« Le mythe de Sisyphe », in Faux Pas (Gallimard)

« Le Détour vers la Simplicité », in L’Amitié (Gallimard)

« Le mythe de Sisyphe », in Faux Pas (Gallimard)

En juin 1939, Camus écrit plusieurs articles pour Alger républicain sur la grande misère de la paysannerie kabyle dont voici un extrait cité dans le livre de Christelle Taraud, La Colonisation .

« On aura senti du moins que la misère ici n’est pas une formule ni un thème de méditation. Elle est. Elle crie et elle désespère. Encore une fois, qu’avons-nous fait pour elle et avons-nous le droit de nous détourner d’elle ? Je ne sais pas si on l’aura compris.

Mais je sais qu’au retour d’une visite à la “tribu” de Tizi Ouzou, j’étais monté avec un ami kabyle sur les hauteurs qui dominent la ville. Là, nous regardions la nuit tomber. Et à cette heure où l’ombre qui descend des montagnes sur cette terre splendide apporte une détente au cœur de l’homme le plus endurci, je savais pourtant qu’il n’y avait pas de paix pour ceux qui, de l’autre côté de la vallée, se réunissent autour d’une galette d’orge. Je savais aussi qu’il y aurait eu de la douceur à s’abandonner à ce soir si surprenant et si grandiose, mais que cette misère dont les feux rougeoyaient en face de nous mettait comme un interdit sur la beauté du monde. »

Albert Camus

La Colonisation de Christelle Taraud (Le Cavalier bleu)

L’histoire de la colonisation est « beaucoup plus subtile et ambiguë que les idées reçues généralement et usuellement véhiculées sur elle. Que ces idées perdurent dans des domaines aussi variés que la politique, la diplomatie, les médias, le sport, la publicité, la mode, la décoration… montre bien […] qu’il ne suffit pas de décoloniser les espaces pour décoloniser les esprits. »
Christelle Taraud, La Colonisation.

Éternel problème des préjugés, des clichés et des poncifs qui restent dans les esprits et imprègnent profondément les mentalités, par l’inconscience et l’absence de remise en question des concepts imposés.

C’est ainsi pour le sexisme, le racisme, l’anarchisme et le capitalisme. L’histoire officielle, la propagande, l’éducation et les médias jouant évidemment des rôles prégnants dans la propagation d’« idées reçues ».
Dans Un livre noir du colonialisme. « Souvenirs sur la colonisation », Félicien Challaye écrit : « Je croyais que la colonisation était une entreprise humanitaire destinée à faire progresser des peuples de race inférieure au contact de la civilisation blanche, mais quelques expériences au cours de mon premier voyage ont suggéré mes premiers doutes sur la valeur humaine du régime colonial. »
Félicien Challaye a été publié en 1935 et il est l’une des rares personnes à avoir dénoncé les horreurs de la colonisation, avec Robert Louzon, auteur de Cent ans de capitalisme en Algérie. Le consensus sur la « mission civilisatrice » de la colonisation a été remarquable. Peu de voix se sont élevé contre. Anatole France en 1906 fait ce constat : « Les peuples que nous appelons barbares ne nous connaissent encore que par nos crimes. »

Ce sont quelques voix en comparaison de nombreuses autres qui vont de leur couplet pour vanter la colonisation : Victor Hugo qui, onze ans après le début de la guerre coloniale contre l’Algérie, déclare en 1841 :
« C’est la civilisation qui marche sur la barbarie. C’est un peuple éclairé qui va trouver un peuple dans la nuit. […] C’est à nous d’illuminer le monde. Notre mission s’accomplit ».

La « mission civilisatrice » en marche contre les barbares ! Cela n’a guère changé aujourd’hui : la propagande et les déclarations délirantes demeurent pour dissimuler les véritables enjeux de la guerre impérialiste. Et le même Victor Hugo rajoute en 1879 : « Allez peuples ! Emparez-vous de cette terre ! […] Dieu offre cette terre aux hommes. Dieu offre l’Afrique à l’Europe […]. Versez votre trop-plein dans cette Afrique et du même coup résolvez vos questions sociales : changez vos prolétaires en propriétaires. »

Les véritables enjeux se dévoilent, il s’agit de profit à court et moyen terme, de la nécessité d’hégémonie pour régler une crise économique et traiter en différé le problème social.
« L’importance des guerres coloniales est également liée au fait qu’elles sont pensées comme des moyens d’éviter le surgissement de “guerres sociales” au sein des puissances conquérantes. » souligne Olivier Lecour Grandmaison dans Coloniser. Exterminer. Sur la guerre et l’État colonial.

Et les idées reçues demeurent. Qui sont les barbares à présent ? Quelles sont les représentations des « Arabes » de nos jours ? Ont-elles changé depuis celles propagées au XIXe siècle ? Le racisme — ancré dans la culture française et renforcé par les guerres coloniales — n’est-il pas aujourd’hui à la base des jugements sur les « jeunes beurs des banlieues » ? Il a autrefois justifié les exactions des guerres comme à présent les lois discriminatoires — la double peine et l’interdiction du territoire français à des personnes nées en France ou de parents français. Enfin, les bavures, ne sont-elles pas la conséquence de l’idéologie coloniale du XIXe siècle ?

La Colonisation de Christelle Taraud revient sur les idées reçues, reprend les arguments, les analyse, leur apporte des contre-exemples et des arguments à contre-courant de ce que l’on trouve habituellement dans les sources officielles. De cette manière, elle déconstruit la propagande coloniale et les idées « reçues » longtemps propagées dont les mentalités sont encore, de toute évidence, profondément imprégnées. Voici un petit livre utile et salutaire dans le travail nécessaire que poursuivent de trop rares intellectuel-le-s qui s’inscrivent en faux contre une « histoire officielle sous influence ».