The Navigators, un film de Ken Loach.

Samedi 12 janvier 2002 : Histoire d’une privatisation. Avec Henri Simon
mardi 25 novembre 2008
par  CP
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Histoire d’une privatisation, celle des chemins de fer britanniques. Comme pour son film, Ladybird, Ken Loach a choisi de réaliser The navigators après avoir reçu une lettre. Cette lettre venait de Rob Dawber qui travaillait pour les Chemins de fer anglais et était connu pour ses articles dans la presse de gauche.

"La lettre, explique Loach, décrivait ce qui s’était passé lorsque British Rail avait été privatisé, en particulier ce qui était alors advenu aux ouvriers travaillant à la maintenance des voies C’était un sujet qui m’intéressait beaucoup, non seulement pour ce qu’il me disait de la privatisation des chemins de fer, mais aussi parce que le même phénomène s’était produit dans d’autres secteurs industriels : les travailleurs étaient passés d’emplois à plein temps et sûrs à des emplois précaires. C’est donc un sujet qui concernait beaucoup de gens." (entretien avec Ken Loach pour la revue Positif, janvier 2002).

Le processus est en effet bien étudié dans le film, la privatisation d’abord, puis l’incrédulité des employés, la réaction servile des petits chefs, le cynisme des dirigeants et des consultants en management dans leur logique de course au profit, les derniers réflexes de classes, la lutte de ceux qui ont connu la mobilisation syndicale, la course au boulot, les humiliations, les conditions de travail qui se détériorent, les normes de sécurité inexistantes, la solidarité qui se délite, les listes noires, l’abandon des principes…
Le film aurait pu être tourné n’importe où en Grande Bretagne pour montrer les méfaits du thatchérisme, mais Ken Loach est revenu à Sheffield, sur les lieux de son premier film, Kes, qui racontait l’histoire de cet adolescent issu de la classe ouvrière et qui élevait un faucon.

"C’est une région particulière : ancienne région minière, où les gens ont un engagement politique, un réel militantisme. Ses habitants l’appellent parfois la “république socialiste du South Yorkshire” ! Nous y avons tourné plusieurs films, en particulier Kes. C’est une zone culturellement très riche."

Le film se situe en 1995, mais qu’en est-il aujourd’hui de la situation dans les transports anglais ? Et ailleurs ? Il faut se souvenir d’un autre film de Ken Loach, Riff-Raff , qui traitait des conditions de travail dans le bâtiment et de travailleurs corvéables à merci. C’est ce dont nous parlerons avec Henri Simon tout à l’heure.

La renationalisation des chemins de fer — malgré les dires des travaillistes — ne paraît hélas pas d’actualité :

"Le Labor s’était engagé avant les élections à mettre en œuvre cette renationalisation, et à créer un système de transports rénové et intégré. Mais dès qu’il a accédé au pouvoir, il a oublié ce projet. Le gouvernement actuel est dans la pratique très à droite, et tourné vers les capitaux privés, les marchés financiers, l’économie libérale. Beaucoup de ses membres voudraient renationaliser les chemins de fer, mais ils ne le feront pas. Au contraire, ils vont confier à une nouvelle entreprise privée, semi-indépendante, la gestion des voies. La séparation de British Rail en plusieurs compagnies a créé un véritable chaos, et nous sommes encore dedans."

Prochaine étape du libéralisme à la Thatcher façon Tony Blair : privatisation du contrôle du trafic aérien et du système de sécurité sociale. N’oublions pas que les Anglais ont toujours une avance sur nous, comme pour leur révolution, mais là c’est pour la régression ! Alors comment vit-on ce retour en arrière ?

Henri Simon est l’éditeur de Dans le monde une classe en lutte