Filmer le social, filmer l’histoire. L’Homme et la société n°142

Samedi 2 février 2002. Avec Larry Portis.
mercredi 26 novembre 2008
par  CP
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L’omniprésence des écrans dans le monde actuel tend à estomper la ligne qui sépare la réalité de la fiction. A travers la toute-puissance de ses images, le cinéma peut falsifier notre perception - manipulation, « désinformation » - comme il peut l’aviver. Entre le cinéma de fiction et le documentaire, lequel est donc le plus évocateur de la réalité sociale ? Il s’agit ici de déceler les paramètres artistiques, sociologiques et politiques d’une forme d’expression omniprésente dans la vie contemporaine.

Dans chaque représentation de la réalité, il y a de la fiction, et dans chaque fiction il y a de la réalité.

Jamais ce constat n’aura trouvé autant d’écho qu’actuellement…

Les images qu’elles soient fixes, animées et même virtuelles nous offrent une certaine représentation du monde. En nous donnant le sentiment d’indépendance d’esprit, elles pilotent notre pensée suivant des schémas souvent choisis par les politiques.

On dira “ c’est vrai, je l’ai vu à la télévision ”, mais se rend t-on bien compte qu’un montage, une sélection d’images répondent à un choix subjectif, voire une autocensure ?

On a dit des attentats du 11 septembre qu’ils étaient bien au delà de ce qu’Hollywood aurait envisagé pour un blockbuster ! À côté de cela, aucun corps des victimes ne nous a été montré !

En remontant plus loin dans l’histoire, la guerre du Golfe en 1990-91, dont CNN avait l’exclusivité, est l’exemple type d’une représentation controlée du début à la fin, pas de victimes, c’est “ la guerre propre ”.
Vous trouvez cela choquant ? Mais le ministre américain de la “ Défense ” déclarait après les attentats des twin towers que la “ désinformation ” en temps de guerre était une arme comme les autres et qu’il était de sa responsabilité de s’en servir ! Alors ! s’il le dit, c’est que c’est vrai ! La frontière entre réalité et fiction est de plus en plus floue, la “ télé-réalité ” fait maintenant partie du PAF et alimente notre côté spectato-voyeuriste dixit certaines émissions de décryptages, garantes d’un souci d’objectivité ! on aura tout vu !

La télé, manipulée et manipulatrice se pose en grand juge de ses propres failles, et le spectateur d’applaudir cette initiative qui lui donne l’impression de dominer le médias, et d’avoir une réflexion qui lui est propre… Mais alors, existe-t-il encore des images qui informent, qui analysent, démontrent à partir de faits concrets au lieu d’inventer ?

Dans le numéro 146 de l’Homme et la Société, Filmer le social, filmer l’histoire, plusieurs articles se penchent de façon critique sur la question de l’usage des images, qu’elles soient pour le cinéma grand public, les salles d’art et essai ou la télévision.

Il pose la question : “ comment la société peut-elle se documenter grâce au cinéma ? ” Et ce n’est pas du luxe car l’impact des images et l’absence de recul du public sont en passe de devenir de puissantes armes dans les campagnes de désinformation menées par les États.

Morgane du Liège