Mémoire, Vérité, Justice. Les assassinats politiques en France

(1) Samedi 9 février 2002
mercredi 26 novembre 2008
par  CP
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9 février : Sylviane de Wangen (co-fondatrice), Linda Weil Curiel (avocate internationale), Bernard Ravenel (assassinats en Palestine aujourd’hui), René Gallissot, Solange Barberousse.

Il est nécessaire de "clarifier les concepts" et de "démonter les amalgames" comme le dit Ilan Halévi dans "Luttes armées et terrorisme". Nécessité cruciale en effet dans des temps où la "lutte contre le terrorisme" permet tous les abus et justifie toutes les violences, et notamment le "terrorisme d’État" au nom de la sécurité. Les assassinats politiques en sont un exemple.

Dans les Chroniques rebelles, nous avons souvent parlé des crimes d’État, du secret d’État, de la censure, de l’histoire officielle, de l’information inféodée au système et des archives inaccessibles, que ce soit avec Maurice Rajsfus, à l’occasion de publications comme :
La police de Vichy. Les forces de l’ordre françaises au service de la gestapo 1940-1944,

Drancy un camp de concentration très ordinaire,

La censure militaire et policière 1914-1918,

Les silences de la police. 16 juillet 1942 — 17 octobre 1961 (2001 - coécrit avec Jean-Luc Einaudi).

Maurice Rajsfus viendra d’ailleurs dans les Chroniques rebelles le samedi 2 mars pour ses deux derniers livres, La rafle du Vél D’Hiv (Que sais-je ?) et Opération Étoile jaune (Cherche midi).

De même avec Gérard Raynal, réalisateur d’un film documentaire sur les mutineries du Chemin des Dames en 1917. (Voir le texte de l’entretien, "Documentaire et mémoire interdite", dans le n°142 de la revue l’Homme et la société).

Et avec l’association 17 octobre 1961 contre l’oubli et Philippe Grand — conservateur aux Archives de Paris, sanctionné après son témoignage en faveur de Jean-Luc Einaudi attaqué par Papon pour diffamation, dans une émission consacrée à la publication de : 17 octobre 1961. Un crime d’État à Paris. Crime d’État par l’ampleur des rafles — comparables à celles du 16 juillet 1942 —, par les assassinats et les violences policières à l’encontre de manifestants algériens pacifistes.

Depuis l’assassinat de Mehdi Ben Barka, de nombreux crimes d’État ont été commis en France et sont demeurés impunis :

— Mehdi Ben Barka — principal opposant marocain et militant tiers mondiste

— fut enlevé le 29 octobre 1965 à Paris avec la complicité de policiers français. Disparu. Le dossier reste ouvert.

—  Mahmoud Al Hamchari — Palestinien, représentant officieux de L’OLP en France — fut assassiné à son domicile parisien par un engin explosif, le 8 décembre 1972. Non-lieu le 22 mars 1979.

—  Docteur Al Kubeisi — Irakien — fut assassiné le 22 mars 1973 à Paris.

—  Mohammad Boudia — Algérien exilé en France, militant de la cause palestinienne — fut assassiné à Paris le 28 juin 1973. Non-lieu en 1979.


—  Henri Curiel — Égyptien, puis apatride, militant anticolonialiste et antifasciste — fut abattu le 4 mai 1978 à Paris par un commando. Cet assassinat fait suite à une campagne médiatique de diffamation qui continue après sa mort. L’instruction aboutit à un non-lieu.

—  De 1978 à 1985, nombreux sont les assassinats de Basques, réfugiés politiques, journalistes, militants : José Miguel Benaran, Laranaga, Enrique Gomez Alvarez, Francisco Martin Izaguirre, Fernandez Carlo Aurelio, Justo Elizaran, Angel Gurmindo, Bixente Perurena, Jean-Pierre Leiba … à partir de 1983, le GAL est soupçonné pour ces assassinats.

—  André Ali Mécili — opposant algérien, avocat, membre du FFS — fut assassiné à Paris le 7 avril 1987. Le principal suspect est arrêté puis réexpédié à Alger. Depuis, l’assassinat d’André Mécili a "été rangé parmi les inconvénients de la raison d’État."

—  Dulcie September — opposante au régime sud-africain et représentante de l’ANC — fut assassinée à Paris le 29 mars 1988. En 1998, la Commission Réconciliation et Vérité, créée en Afrique du Sud, conclut à la responsabilité des services secrets sud-africains, mais les assassins restent impunis.

—  Atef Bseisou — Palestinien, membre de l’OLP — fut assassiné à Paris le 8 juin 1992.

Cette liste partielle des assassinats politiques commis en France depuis 1965 "comporte exclusivement les affaires qui posent la question de la double implication des États. Implication ou interrogation sur l’implication directe et active d’un État étranger dans un assassinat politique commis sur le territoire français, et implication ou risque d’implication de l’État français, qu’elle soit directe ou indirecte, active ou passive, avant, pendant ou après le crime."

L’association Mémoire, Vérité, Justice — fondée en 1999 — regroupe toutes les informations sur les assassinats politiques en France et la liste qu’elle publie est impressionnante, véritable litanie qui met en accusation l’État, les États.

Aujourd’hui et la semaine prochaine, nous aborderons, dans les Chroniques rebelles et avec l’association Mémoire Vérité Justice (MVJ), cette question des assassinats politiques commis en France.

Pourquoi ce silence qui paraît bien arranger les autorités ? Quels sont les enjeux de cette mise sous silence des crimes commis à l’encontre de personnes engagées ? Pourquoi la règle d’impunité pour les assassins présumés ? Où en sont les enquêtes ? Et les archives ?

Pouvons-nous réagir contre le silence consensuel et l’organisation de l’oubli pratiquée par tous les gouvernements ? Nous savons que la loi du silence et la censure couvrent bien des événements, histoire officielle oblige ! À commencer par les crimes du colonialisme, les massacres de soldats — maghrébins entre autres — pendant la Première Guerre mondiale, l’exécution des mutins de 1917, les camps de réfugiés espagnols après la victoire du franquisme, les crimes de la collaboration, les camps de "transit" vers les camps nazis d’extermination, les massacres de la population de Sétif en mai 1945, les tortures pendant la guerre d’Algérie, les enlèvements et les liquidations… autant de dossiers, de sujets "sensibles" à laisser dans l’ombre.