L’État et la sécurité. Le nouvel ordre local. Gouverner la violence de Jean-Pierre Garnier (L’Harmattan)

Samedi 6 avril 2002
mercredi 26 novembre 2008
par  CP
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L’État et la sécurité, cinq ans après !

Depuis la publication en 1999, du livre de Jean-Pierre Garnier, Le Nouvel ordre local. Gouverner la violence , il y a eu le 11 septembre et le tout sécuritaire a été conforté, sinon plébiscité dans les discours des politiciens et des "spécialistes". Élections obligent, mais pas seulement. On prépare aussi l’après-élections où il va falloir l’imposer la sécurité, et bien sûr, dans la foulée, assurer la paix sociale.

De droite comme de gauche, les solutions fusent : regrouper la gendarmerie et la police, revenir sur l’ordonnance de 1945 avec retour aux maisons de redressement, fixer un contrat national de sécurité sur 5 ans — ça fait sérieux quand on indique des dates d’application — , dresser des amendes aux parents des délinquants, multiplier les rafles des mineurs… Tout se met en place pour la répression, et la réflexion sur les origines des tensions passe complètement à la trappe.

Il n’y a jamais eu autant de reportages sur les banlieues et l’insécurité… Mais, si les poubelles ont été remises en place, comme le souligne Maurice Rajsfus dans son éditorial de Que fait la police ? (mars 2002), les contrôles policiers sont toujours aussi nombreux dans le métro et RER pour "traquer les jeunes des banlieues et les précaires. Il faut bien justifier la Loi sécurité quotidienne, adoptée le 15 octobre 2001 qui prévoit l’emprisonnement pour les usagers voyageant sans titre de transport."

Cependant, l’insécurité n’est pas un nouvel argument à des fins électorales qui permet la surenchère des candidats — "responsables" — et surtout leur évite de parler du fond du problème, par exemple : le capitalisme sauvage, ça produit quoi ? Ou encore pourquoi les associations et les antennes du Planing familial ont-elles pour beaucoup disparu des banlieues ?

L’insécurité est aussi un sujet porteur pour les "spécialistes". La flicologie, c’est l’avenir ! Et les chercheurs s’y mettent avec ardeur ; nombreux sont ceux qui discutent de la vertu "citoyenne" — et pourquoi pas "révolutionnaire" — de l’encadrement des banlieues. Ils parlent de la violence des "déclassés", mais de la violence de l’État, non.

Après le devoir et le lien citoyen, après la rengaine sur l’insécurité, voici qu’un autre terme apparaît à tout bout de phrase : la communauté ! Au fait de quelle communauté êtes-vous ? La communauté est à toutes les sauces, histoire de diviser un peu plus.

Quand on a peur, on ne pense pas, mais on vote pour les démagogues qui nous chantent nos droits et nos devoirs sur l’air de "Revenez-y, on est les meilleurs !" Intéressés qu’ils sont par le citoyennisme puisqu’il mène au pouvoir et aux privilèges qui s’y rapportent. Décidément si les élections servaient à quelque chose, il y a longtemps qu’elles seraient interdites.