Livres… et quelques films à la Fête du livre libertaire

Samedi 12 mai 2007
lundi 8 décembre 2008
par  CP
popularité : 20%

Fête du livre libertaire au 33 rue des Vignolles.
Avec des débats, autour des éditions CNT, notamment avec Loin des Censier battus. Témoignages et documents sur le mouvement contre le CPE et la précarité à la Sorbonne nouvelle (avec des acteurs du mouvement).

La Petite maison dans la Zermi. Chronique d’un saisonnier de la misère de Thierry Pelletier. Suivi de Tox Academy (Libertalia).

L’auteur est à la Fête du livre libertaire de même que l’équipe d’édition de Libertalia et du fanzine Barricata.

Un ouvrage collectif :

Le Retour des camps ?
Sangatte, Lampedusa, Guantanamo…

Ouvrage coordonné par Olivier Le Cour Grandmaison, Gilles Lhuilier et Jérôme Valluy (éditions autrement)

« Avec Sangatte, l’opinion publique française a pris conscience de la présence sur le territoire français de camps d’un autre type, liés aux politiques migratoires. [Mais] Il lui reste beaucoup à découvrir sur des camps plus ordinaires que sont les “centres de rétention administrative” (CRA), dans lesquels on place les étrangers sans papiers en vue de leur expulsion. »

« Les textes législatifs et réglementaires pris contre des “hommes” et des “femmes” qui comptent parmi les “plus pauvres du monde” se sont multipliés en raison de l’adoption de dispositions nouvelles toujours plus restrictives, destinées à prémunir la France contre leur arrivée et leur présence, réputées dangereuse sur le plan économique, social et politique. […] Presque tous les gouvernements, de droite ou de gauche, ont, quelles que soient les raisons invoquées […], jugé nécessaire, voire indispensable, de légiférer dans l’urgence en matière de “gestion des flux migratoires ” ».

«  Légiférer dans l’urgence en matière de “gestion des flux migratoires ” », cela signifie déshumaniser l’autre pour ne pas avoir d’état d’âme. Parquer des êtres humains dans des camps ou les déporter dans le désert, comme cela s’est passé au Maroc, c’est de la « gestion des flux migratoires ».

Le Retour des camps ? Sangatte, Lampedusa, Guantanamo… pose la question sur la nature même du droit international et de ses dérives. Derrière les formules, les arguments qui jouent sur la peur, les « on ne peut pas aider tout le monde » ou « on n’est pas responsable de la misère du monde », sur l’idéologie sécuritaire, se profilent une société et un système qui font froid dans le dos.

« Le camp est l’instrument d’une véritable politique d’exception institutionnalisée ». Aujourd’hui, ce sont les immigré-e-s, les sans-papiers, les demandeurs d’asile qui sont visés… Et demain, ce sera le tour de qui ?

Le Retour des camps ? Sangatte, Lampedusa, Guantanamo… Ouvrage collectif dirigé par Olivier Le Cour Grandmaison, Gilles Lhuilier et Jérôme Valluy (éditions autrement)

Lettre ouverte à Nicolas Sarkozy,
ministre des libertés policières

de Jean-Jacques Reboux (Après la lune)

La lettre ouverte de Jean-Jacques Reboux est un cri d’alarme parce qu’on le sait bien, ce type de mésaventure peut arriver à chacun et chacune d’entre nous.

Ce petit livre soulève une foule de questions sur la France sécuritaire, notamment « Gouverne-t-on avec des admonestations, des réquisitoires, des intimidations, des menaces, des armadas de supplétifs assermentés faisant régner la terreur sur des citoyens réduits au silence et à la servitude ? » ou encore « Qu’est-ce que ce pays où la police à tous les droits ! la France est-elle encore un pays de droit ? »

Le livre offre aussi un glossaire «  de la police, de ses coutumes, de son répertoire, et des différents moyens offerts par la société pour nous protéger des abus de certains de ses membres dévoyés ».

Jean-Jacques Reboux, Lettre ouverte à Nicolas Sarkozy, ministre des libertés policières (Après la lune).

Que fait la police ?
En juin 1994 paraît le premier numéro de Que fait la police ?
Et maintenant, vous trouvez le bulletin sur Internet.

DVD
Chroniques libertaires :
Le Ferment du levain

3ème partie des Chroniques libertaires et de l’histoire du Monde libertaire
et

Radio Libertaire toujours plus belle
et plus rebelle

Films réalisés par Michèle Rollin

Après les films libertaires, les réflexions libertaires, avec un sujet récurrent : le pouvoir, avec le n° 17 de la revue…

Réfractions
Pouvoir et conflictualités

Un n° coordonné par Annick Stevens, Eduardo Colombo et Monique Boireau-Rouillé.

Eduardo Colombo est l’auteur de La Volonté du peuple. Démocratie et anarchie (CNT). Il présente son ouvrage aujourd’hui à la Fête du livre libertaire , 33 rue des Vignoles.

Réfractions n° 17  : Revenir aux formes politiques du pouvoir, c’est aussi analyser ses origines et le ou les processus mis en forme pour l’exercer, l’imposer et… y résister. Partant de l’époque actuelle et de ce constat : « L’apathie politique des masses devient le fond sur lequel se détachent toutes les figures de l’événementiel éphémère, spectaculaire, éclatant de trivialité. », Eduardo Colombo, dans son article Les formes politiques du pouvoir, remonte un fil d’Ariane de la transmission des pouvoirs et des luttes.

Ce qui renvoie à des questions essentielles : l’apathie politique des masses est-elle une fatalité ? Quelle place tient la lutte, l’imaginaire utopique et révolutionnaire dans une société libérale, sans cesse présentée comme la panacée démocratique incontournable ?

Car après avoir lancé, puis imposé la notion de la « fin des idéologies », puis la « fin de l’histoire », voici à présent le « choc des civilisations », dernier gimmick de la pensée unique, dernière trouvaille de la propagande largement médiatisée et destinée à [comme on dit] diviser pour mieux régner. Et surtout se ménager des boucs émissaires, histoire d’expliquer le dysfonctionnement et les échecs de sociétés dépourvues de visions à moyen et long termes.
« Les élites, pour gouverner, dans une telle démocratie, doivent compter avec le conformisme et même avec l’apathie des masses ». Pour cela notre époque est prolixe en outils élaborés de propagande à laquelle il est difficile d’échapper. Si la dictature, c’est : «  Ferme ta gueule ! Et la démocratie : Cause toujours ! » où se situent les résistances dans les différentes figures de démocratie ?

Si « les conflits sociaux fissurent toujours les légitimations du pouvoir en place », comment renouer avec les traditions de lutte ? Comment s’inscrire dans un processus de remise en question des pouvoirs multiformes en place ? Comment donc se délier de l’emprise de l’autorité ? Et Comment reprendre en mains le pouvoir politique ?

De Olivier Le Cour Grandmaison, auteur de Coloniser. Exterminer. Sur la guerre et l’Etat colonial, Fayard, 2005.
Nicolas Sarkozy ou le triomphe d’une histoire apologétique de la colonisation.
« Le rêve européen a besoin du rêve méditerranée. Il s’est rétréci quand s’est brisé le rêve qui jeta jadis les chevaliers de toute l’Europe sur les routes de l’Orient, le rêve qui attira vers le sud tant d’empereurs du Saint Empire et tant de rois de France, le rêve qui fut le rêve de Bonaparte en Egypte, de Napoléon III en Algérie, de Lyautey au Maroc. Ce rêve ne fut pas tant un rêve de conquête qu’un rêve de civilisation. »

Après cette énumération supposée rendre compte d’une glorieuse tradition incarnée par la France depuis des siècles et inlassablement défendue par tous ceux qui furent soucieux de défendre son rayonnement, le même ajoute : « Faire une politique de civilisation comme le voulaient les philosophes des Lumières, comme essayaient de le faire les Républicains du temps de Jules Ferry. Faire une politique de civilisation pour répondre à la crise d’identité, à la crise morale, au désarroi face à la mondialisation. Faire une politique de civilisation, voilà à quoi nous incite la Méditerranée où tout fût toujours grand, les passions aussi bien que les crimes, où rien ne fut jamais médiocre, où même les Républiques marchandes brillèrent dans le ciel de l’art et de la pensée, où le génie humain s’éleva si haut qu’il est impossible de se résigner à croire que la source en est définitivement tarie. La source n’est pas tarie. Il suffit d’unir nos forces et tout recommencera. »
Quel est auteur de ces lignes qui se veulent inspirées alors qu’elles ne font que reprendre la plus commune des vulgates destinée à légitimer les « aventures » coloniales de la France ? Un ministre des Colonies de la Troisième République ? Un membre de la défunte Académie des « sciences coloniales » ? Un nostalgique de l’Algérie française qui les aurait rédigées pour prononcer un discours destiné à célébrer cette période réputée faste où la France commandait à 70 millions « d’indigènes » répartis sur 13 millions de kilomètres carrés ? Non, l’auteur de cette prose, aussi mythologique qu’apologétique de la colonisation, n’est autre que Nicolas Sarkozy qui a prononcé ces fortes paroles en tant que ministre-candidat lors d’un meeting à Toulon, le 7 février 2007.

Singulièrement passée sous silence par la plupart des médias et des autres dirigeant(e)s politiques engagés dans les élections présidentielles, cette intervention confirme que la réhabilitation du passé colonial de la France n’est pas une embardée conjoncturelle de l’actuelle majorité et de son principal représentant. Au contraire, cette réhabilitation, sans précédent depuis la fin de la guerre d’Algérie, s’inscrit dans un projet politique cohérent, systématique et crânement assumé par le candidat de l’UMP désormais chef de l’Etat français. Pour des motifs partisans, et pour défendre ce que ce dernier croit être l’honneur de la France et de ses citoyens, il se fait donc porte-parole d’une histoire officielle, mensongère et révisionniste des causes qui ont conduit à la construction de l’empire français, érigé par de nombreuses guerres de conquête, puis dirigé par des institutions coloniales racistes et discriminatoires.

En témoigne, notamment, le statut des « indigènes », considérés alors non comme des citoyens libres et égaux mais comme des « sujets français » privés des droits et libertés démocratiques élémentaires et soumis, qui plus est, à des dispositions répressives – le Code de l’indigénat, entre autres, – qui ne pesaient que sur eux. Sous le prétexte fallacieux de lutter contre on ne sait quelle « pensée unique » et désir de « repentance », lesquels n’existent que dans l’esprit de Sarkozy et de ceux qui ont forgé ces pseudo-concepts grossiers, […] on assiste donc à une instrumentalisation spectaculaire du passé colonial de la France. Manipuler cette histoire par la surexposition de certains de ses aspects « positifs » supposés – la colonisation au nom de la civilisation par exemple —, par […] la sous-estimation des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre commis au cours de cette longue période de l’empire colonial, et par l’occultation enfin de l’oppression et de l’exploitation imposées à ceux qu’on appelait alors avec mépris « les indigènes », tels sont les ressorts principaux de cette opération. […]

De tels discours nous ramènent au plus convenu de la doxa officielle forgée sous la Troisième République. Quel est l’adjectif qualificatif adéquat à cette opération qui repose sur un mépris souverain de l’histoire et des innombrables victimes des guerres et des répressions coloniales ? Réactionnaire, assurément.

Jamais depuis des décennies, un candidat soutenu par le plus important parti de la droite parlementaire ne s’était engagé dans cette voie. […] Elle légitime et banalise des thèmes qui n’étaient jusque-là défendus que par l’extrême-droite et quelques associations de nostalgiques de la période coloniale. […] La France est le seul Etat démocratique et la seule ancienne puissance impériale européenne où l’un des principaux candidats à l’élection présidentielle ose tenir de pareils propos. À quoi s’ajoute le fait que ce pays est également le seul où une loi – celle du 23 février 2005 —, toujours en vigueur en dépit du tour de passe-passe politico-juridique du Président de la République, [où une loi] sanctionne une interprétation officielle de ce passé colonial. « La Nation exprime sa reconnaissance aux femmes et aux hommes qui ont participé à l’œuvre accomplie par la France dans les anciens départements français d’Algérie, au Maroc, en Tunisie et en Indochine ainsi que dans les territoires placés antérieurement sous la souveraineté française. » Telle est, en effet, la première phrase de l’Article 1 de ce texte voté par l’UMP et l’UDF. […]

Face à cette offensive politique, engagée depuis longtemps par les diverses composantes de la droite parlementaire et son principal représentant que comptent faire les dirigeants de la gauche parlementaire et radicale ?

Olivier Le Cour Grandmaison.
Extrait d’un article à lire dans le n°8 de la revue en ligne, Divergences : Nicolas Sarkozy ou le triomphe d’une histoire apologétique de la colonisation.

Et puisque nous parlons de colonisation et de l’apologie du temps des colonies, citons aussi :

Le Soldat françaoui
De Sotteville à Sétif

De Jean-Luc Debry (L’Insomniaque)

Un jeune homme croyant devenir un acteur de l’histoire, du bon coté bien sûr, se retrouve à faire de la figuration à Sétif en 1945, dans un climat de répression coloniale qui prévalait alors en Algérie.

Le débat sur l’empire colonial français et ses dérives a connu dernièrement un retentissement pluriel :
au cinéma, avec le succès du film Indigènes ;

au niveau diplomatique, puisque l’État français, par la voie de son ambassadeur à Alger, s’est officiellement excusé pour les atrocités commises à Sétif par l’armée en mai 1945 ;
au niveau politique avec l’enseignement de l’histoire et de l’« apport positif » de la colonisation , comme le souligne Olivier Le Cour Grandmaison dans son article, de même qu’avec la prochaine création d’un ministère de l’immigration et de l’identité nationale ;
et plus généralement dans la société française constituée pour une part non négligeable des descendants de ces indigènes qu’on envoyait au casse-pipe en première ligne et qu’on massacrait lorsqu’ils avaient le culot de se révolter contre le joug colonial.

Le soldat françaoui est, sur ce point, un témoignage émouvant et significatif.

Il faut également rappeler le film de Laurent Herbiet, Mon Colonel, qui illustre parfaitement cette époque de l’occupation militaire française en Algérie.

Restons de l’autre côté de la Méditerranée, mais aujourd’hui, avec un très beau livre (des textes bilingues et des photos magnifiques et bouleversantes) :

Kabylie belle et rebelle

De Yazid Bekka et Yalla Seddiki (éditions Non lieu)

« Ils ont apporté les troubles,

Et les corbeilles d’opium.

Vers la terre de nos ancêtres

Ils engagèrent leurs pas.

[…]

Le troupeau est lâché,

Les chacals sont aux aguets.

La hideur d’une liberté pervertie

A fait leur union.

À semblable liberté

L’oppression d’hier est préférable.

Certes nous peuplions les geôles,

Le chemin au moins nous était visible.

Les ténèbres se répandent

Et les ventres sont vides.

Les mosquées s’érigent,

S’abritent à l’ombre de la disette.

Les mosquées s’érigent,

La disette les fera pulluler. »

Lounès Matoub, Les Monstres.

Lounès Matoub, opposant radical au terrorisme d’État et aux islamistes, a été assassiné le 25 juin 1998.

Kabylie belle et rebelle… Le livre présente des textes — en bilingue — traduits par Yalla Seddiki, et des photographies de Yazid Bekka « pour retarder le temps, pour arrêter la mort, sur un instant, un regard, une situation qui continuent à vivre dans le souvenir. »

Retarder le temps, mais aussi regarder une société en mouvement, en évolution, en résistance… « Aussi loin que remonte la mémoire de ceux que l’on appelle les Kabyles, la parole transmise jusque dans le secret et la terreur demeure la sentinelle qui avive la conscience. »

Des mots et des visages, des regards et des paroles subversives, des luttes et des critiques et, pour fil rouge, la Kabylie, belle et rebelle .

Ce livre est un voyage en pays amazighe. Découverte, mémoire, contestation, revendications de liberté, témoignages, résistance culturelle, critique de la répression étatique et de la violence.

Kabylie belle et rebelle
De Yazid Bekka et Yalla Seddiki (éditions Non lieu).

Autre publication des éditions Non lieu, dans la collection à la marge :
Une Terre bénie de dieu de Ali Malek.
Un roman qui se déroule en Kabylie en pleine guerre civile.

L’Algérie encore avec un tout nouveau livre, L’Algérie des généraux de Lyès Laribi (Max Milo).

Lyès laribi est l’auteur de Dans les geôles de Nezzar qui montrait avec courage la réalité de la répression en Algérie. L’Algérie des généraux est une critique inédite de l’Algérie récente.

Guerre du Liban
Un Israélien accuse

Uri Avnery (L’Harmattan)

Un livre essentiel pour comprendre les enjeux et les objectifs réels d’une guerre de conquête qui ne dit pas son nom. Les analyses d’Uri Avnery, ses articles à chaud sur la seconde guerre du Liban, sur l’inefficacité des militaires et des dirigeants israéliens, démontrent l’incurie d’un pouvoir qui entraîne toute une société vers la catastrophe. L’occupation des territoires palestiniens, les bombardements des populations civiles au Liban, à Gaza, les punitions collectives, les assassinats ciblés et le mur de séparation vont à l’encontre des négociations de paix pour un Moyen-Orient viable pour toutes les populations de la région.

Après le retrait unilatéral et la paix unilatérale, on a assisté à la « guerre unilatérale » avec des objectifs fluctuants, avoués ou non, des mensonges, et — en sous-main — les Etats-Unis poussant Israël à une guerre contre le Liban, qui s’étendrait — pourquoi pas — à la Syrie. Cette guerre « unilatérale » au Liban montre à quel point les destructions et les massacres ne peuvent qu’engendrer la fuite en avant vers plus de violence et susciter la haine.

« Selon les rapports, l’armée israélienne se préparait à une guerre depuis plus de trois ans. Le dernier exercice a eu lieu un mois avant que la guerre soit déclenchée et comprenait l’invasion du Liban par des forces terrestres. Il est clair que le commandement n’avait pas prévu que la campagne durerait quatre semaines et plus. Merde alors ! Car au fond il s’agit d’une guerre contre une petite bande de terroristes. Cela ne fait que confirmer le dicton selon lequel même le meilleur plan de guerre ne peut pas survivre au premier jour de la guerre. »

Uri Avneri, Guerre du Liban. Un Israélien Accuse.

Uri Avnery sera à Paris le samedi 19 mai, pour un colloque à la mairie du 9e arrondissement organisé par le Collectif national Palestine sur « Crimes de guerre : l’exemple d’Israël »

Toujours à propos du Moyen-Orient, la BD de Maurice Rajsfus et Jacques Demiguel :

Moussa et David
Deux enfants d’un même pays

Réaliste, critique et engagé, Maurice Rajsfus l’est depuis longtemps concernant la situation au Moyen-Orient. Critique de la politique israélienne, des accords d’Oslo, de l’occupation et de l’accélération de la colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem Est, il est aussi engagé pour les droits de la population palestinienne. Journaliste, historien et militant, Maurice Rajsfus est l’auteur de plusieurs essais sur la question, Retours d’Israël (L’Harmattan, 1987), Israël-Palestine, l’Ennemi intérieur (La Brèche, 1988), Palestine, chronique des événements courants (1988/1989) (L’Harmattan, 1990), Retour de Jordanie. Les réfugiés palestiniens dans le royaume hachémite (La Brèche, 1990). Dans chaque ouvrage, les interviews, les rencontres, les constats permettent une autre analyse, à contre-courant, avec les militants et militantes qui luttent sur le terrain. Il s’y livre aussi à un décryptage du sionisme et de la propagande qui en découle.

Dans cette BD, Maurice Rajsfus est à la fois historien, pédagogue et conteur :
Il était une fois deux enfants, Moussa et David, deux enfants d’un même pays … mais séparés par un mur, un mur de béton et un autre mur construit dans les têtes par la propagande.

Qu’il serait facile de se rencontrer si les enjeux, qui dépassent de loin les populations qui y vivent, ne construisaient des murs de haine et de honte sur un territoire si petit. Un territoire où se déroule un conflit emblématique de l’injustice, de l’absurdité et de la manipulation des esprits, source des amalgames meurtriers et de la discrimination.

Et parfois, de simples désirs, des petites parenthèses permettent des brèches ponctuelles dans une séparation organisée.

C’est l’aventure traitée dans cette BD pas comme les autres qui revient sur l’histoire d’une région déchirée, celle du Moyen-Orient, et des victimes qui y vivent : les populations palestinienne et israélienne. Victimes à des degrés divers, bien sûr, car des deux côtés s’érigent des ghettos : ghetto contrôlé, bombardé, violent, misérable et invivable du côté palestinien ; ghetto d’une population militarisée et sous haute surveillance, en voie de paupérisation et au bord de l’implosion, côté israélien où des dirigeants militaristes reconstruisent ainsi les lieux d’antan que leurs parents et grands-parents avaient fuis.

Après le rêve d’une réconciliation possible, de l’espoir de la fin d’une occupation inique, d’une paix juste pour tous et toutes, la politique et les enjeux de pouvoir avaient rapidement tout brisé et transformé le rêve en cauchemar. Trop d’enjeux politiques activés par-delà les océans, trop d’idéologie, trop de stratagèmes, de violations des droits, de faux-semblants et de fausses promesses : la spirale de la violence a repris ses droits, les idéologies dominent, l’annexion des territoires s’est accéléré et l’occupation est de plus en plus insupportable…

Mais si le constat est désespérant la lutte a un effet, pas sur les gouvernements, mais sur l’esprit des individus. C’est ce que disait Tanya Reinhart, intellectuelle militante israélienne contre l’occupation, disparue en mars dernier : « Nous représentons la majorité des gens. Cette lutte semble parfois futile, mais elle est très importante et elle a des effets. […] Les Israéliens qui se dressent aux côtés des Palestiniens face à l’armée sont venus en Cisjordanie parce qu’ils savent qu’il existe une loi supérieure à la loi de l’armée sur les zones militaires interdites : il y a la loi internationale, qui interdit le nettoyage ethnique, et il y a la loi de la conscience. Ce qui les ramène, jour après jour, c’est le nouvel accord conclu entre les peuples de ce pays, un pacte de fraternité et d’amitié entre Israéliens et Palestiniens. Ils savent qu’il est possible de vivre autrement sur cette terre. »
Vivre autrement sur cette terre, c’est l’idée de la BD de Maurice Rajsfus et de Jacques Demiguel : Moussa et David. Deux enfants d’un même pays.

Autre analyste et critique de la situation dans cette partie du monde, Norman Finkelstein qui publie aux éditions Aden :

Mythes et réalité du conflit israélo-palestinien

Dans cet ouvrage, Norman Finkelstein prend le contre-pied de l’interprétation dominante des moments et tournants historiques de cette région. 1948 : la création de l’État d’Israël, expulsion de la population palestinienne ; 1967 : guerre des six jours et annexion du Golan et de ce que l’on appelle les territoires occupés ; 1973 : guerre du Kippour/Ramadan, selon les pays. Un ouvrage à ne pas manquer.


Un autre ouvrage chez Aden : Déchiffrer le monde. Contre-manuel des statistiques de Nico Hirtt. Un essai qui donne des outils pour démonter les manipulations ou les effets d’annonce dans le genre : « 60 à 70 % des délinquants sont issus de l’immigration ! ».
Un livre utile pour déjouer ce type de langage.

Dans le même esprit, La Machine à exclure. Les faux semblants du retour à l’emploi de Noëlle Burgi (La Découverte).

Si Déchiffrer le monde. Contre-manuel des statistiques permet de comprendre l’utilisation à géométrie variable des chiffres du chômage, par exemple, La Machine à exclure de Noëlle Burgi constate les enjeux des faux-semblants.

Lorca, cœur de femme

au théâtre du Nord-Ouest

13 rue du Faubourg Montmartre. 75009. M° Grands Boulevards.

Renseignements : Compagnie Confidences 01 53 79 00 93

Garcia Lorca fut assassiné par les franquistes en août 1936 près de Grenade.

Nawal Al Sadawi fait face à une campagne politique et religieuse menée par les islamistes en Égypte à cause d’une pièce de théâtre publiée au Caire : Dieu démissionne à la réunion au sommet .

Cette pièce de théâtre de fiction met en danger cette écrivaine, docteure et militante pour les droits des femmes. Car la condamner reviendrait à donner le droit de l’assassiner. Elle a déjà subi des menaces de mort et a du s’exiler quelques années auparavant.

Nawal Al Sadawi est l’auteure de nombreux ouvrages, plus de quarante, dont hélas peu sont traduits en français : La Face cachée d’Ève, Douze femmes dans Kanater.


Et sur le théâtre encore, un ouvrage d’Olivier Neveux :
Théâtres en lutte. Le théâtre militant en France des années 1960 à aujourd’hui
(La Découverte).

Et

Les Invisibles ,

spectacle de théâtre-forum
Vendredi 1er juin à 20h30 au théâtre de Chelles.

Kosovo, année zéro, Jean-Arnault Dérens (Paris Méditerranée).

Paru il y a un an, cet ouvrage donne des éléments essentiels pour comprendre la situation actuelle au Kosovo.

Résonances. Esquisse de soi… Atelier « chemins d’écriture » sous la direction de Marisa Rossetti Gardon (éditions Champ social). C’est un de ces ouvrages qui parvient aux Chroniques rebelles par les chemins détournés des invité-e-s et des rencontres. Christine, qui est comédienne et a participé à plusieurs spectacles de la compagnie La Balancelle, m’a fait parvenir cet ouvrage, Résonances. Esquisse de soi… et m’a parlé du travail fait avec l’atelier « chemins d’écriture ».

Nous avons combattu l’apartheid , Jacqueline Dérens (Non lieu)

Attention religion ! Pourquoi la religion colle (et quelques conseils pour la décoller) , Jean-Manuel Traimond (ACL).

ANTÓNIO JOSÉ FORTE : UN COUTEAU ENTRE LES DENTS. ŒUVRE POÉTIQUE BILINGUE Traduction inédite du portugais et présentations Alfredo Fernandes & de Guy Girard.

« C’ÉTAIT L’ÉPOQUE où les généraux parlaient : on voyait passer des bicyclettes traînant des chevelures et juste après l’armistice, il y eut le suicide en masse des orphelins du Soldat inconnu. Des choses apparaissaient et disparaissaient. De temps en temps apparaissait le garçon du trapèze volant, aux heures creuses, disparaissait entre les draps une grande guerre au corps-à-corps. Ce fut plus ou moins à ce moment-là que la découverte par les astronomes d’une chaussure sur l’aurore boréale provoqua dans le pays des discussions tout à fait savantes, que mirent à profit les fabricants de chaussures pour lancer sur le marché un nouveau modèle de patriote : le Patriote pneumatique. »

António José Forte (1937-1988), poète surréaliste portugais. La poésie de Forte ouvre à tous vents un espace mental. Son itinéraire et son expérience de l’exil l’ont porté à un point de rupture où les idées anarchistes, surréalistes et situationnistes se rencontrent.

ALFREDO FERNANDES, CLAUDE GUILLON, CHARLES REEVE, BARTHÉLÉMY SCHWARTZ

DE GODZILLA AUX CLASSES DANGEREUSES !

En priorité aux « citoyen-ne-s », cette construction sociale abstraite qui donne l’illusion aux « gens » qu’ils ne sont plus exploités comme salariés mais respectés comme individus. La peur est d’abord orchestrée à leur usage. Profondément ressentie par l’ensemble des citoyen-ne-s, ce qu’on pourrait appeler le « syndrome de Godzilla » (en référence à ce film hollywoodien d’avant les attentats du 11-Septembre où un monstre ravageait New York), structure la vie sociale au son des sirènes hurlantes et des bruits policiers (la peur de l’Autre, du Barbare, du Fou, du Terroriste). Tous contre Godzilla ! Tel est le mot d’ordre pour rappeler à chaque instant aux citoyens angoissés la direction de la vie normée. En revanche, la peur du « sans-abrisme », de la précarité, de la vie atrophiée par la perte du travail ou du logement, est à chaque fois rendue invisible par la peur citoyenne dans laquelle elle est amalgamée. L’ordre policier semble le bon remède, mais un remède qui ne permet que de vivre avec la peur. Pourtant, à chaque fois que des luttes collectives esquissent des perspectives de rupture sociale, affirment des valeurs émancipatrices et dépassent un certain seuil de « dangerosité », le syndrome de Godzilla recule, la peur s’inverse.

LES TEXTES réunis ici ont été publiés pour la première fois, entre 1998 et 2005, dans la revue de critique sociale Oiseau-tempête ; revue à laquelle ces auteurs ont appartenu, à un moment ou un autre.

Créé, en 1997, par plusieurs « personnes aux itinéraires divers, s’inspirant des idées anarchistes, marxistes, situationnistes ou surréalistes, la plupart ne se reconnaissant complètement dans aucun de ces courants », Oiseau-tempête a consacré plusieurs de ses articles à l’évolution autoritaire de l’État démocratique, à partir d’une approche où les formes idéologiques sont abordées en même temps que les causes économiques et sociales et leurs impacts sur la vie quotidienne et les formes de conscience.