Gavroche n°150. Revue d’histoire populaire

Samedi 23 juin 2006. Avec Jacques Sigot, Pierre-Henri Zaidman, Jean-Luc Debry, Sophie Virlouvet
mardi 9 décembre 2008
par  CP
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« Un petit bourg : Montreuil-Bellay, encore quelques kilomètres, puis soudain de rébarbatifs barbelés élèvent une double muraille d’un côté de la route, et cela sur une longueur de plus d’un kilomètre. Derrière l’enceinte peu avenante, de grandes baraques s’alignent. Elles sont étroites, profondes, maussades, faites en fibrociment et couvertes de tôles. Les unes sont plus grandes, mieux construites, isolées ; d’autres […] forment un village le long d’une allée centrale.
Pas un arbre, pas une fleur, pas un brin d’herbe. On ne voit le paysage, lui-même monotone, qu’à travers ce treillis. En cette cage sont condamnés à vivre des centaines d’hommes, femmes et enfants qui, jusque-là, libres comme des oiseaux, ne cessaient de parcourir et la France et l’Europe. Gitans, Romanichels, toutes catégories de nomades, considérés comme sans patrie et, par le fait, un peu suspects, sont gardés là par des gendarmes en “résidence surveillée”.
 »

Extrait du journal des religieuses, internées volontaires dans le camp de Montreuil-Bellay.

Dès septembre 1939, une « loi des suspects » permet l’arrestation des antinazis et des antifascistes. Les camps d’internement prolifèrent. 350 000 réfugié-e-s espagnols fuyant la répression franquiste sont détenu-e-s dans des camps d’internement en France. La politique est de « Débarrasser [le] pays des éléments indésirables » et de les enfermer dans des « centres spécialisés ». Ce sera ensuite le tour des opposants politiques, des démobilisés, puis des Tsiganes et des juifs.

Les Tsiganes « suspects » du camp de Montreuil-Bellay ne seront libérés qu’en juin 1946.

Gavroche , revue d’histoire populaire, publie, dans son nouveau numéro, un texte, des photos et des dessins qui permettent d’être dans une réalité française peu connue : les camps d’internement, de concentration, de rétention. Une réalité d’autant plus importante qu’elle est d’actualité.

Aujourd’hui, «  Avec Sangatte, l’opinion publique française a pris conscience de la présence sur le territoire français de camps d’un autre type, liés aux politiques migratoires. Il lui reste beaucoup à découvrir sur des camps plus ordinaires que sont les “centres de rétention administrative”, dans lesquels on place les étrangers sans papiers en vue de leur expulsion. »

Dans Gavroche , Histoire populaire et littérature populaire : « Une nuit, à l’usine, j’ai pris mon stylo pour écrire. J’avais sans doute des choses à dire. Il y avait ce travail qui me prenait la tête. Il y avait aussi le fait que je ne me retrouve pas dans la littérature que je dévore depuis des années et que j’en avais plus qu’assez de lire et relire les sempiternels états d’âme de bourgeois qui pensaient avoir raté leur vie. » Jean-Pierre Levaray, « Écrire les ouvriers ».

Jean-Pierre Levaray écrit sur autre chose que les états d’âme bourgeois et petit-bourgeois, il décrit un monde en prise directe avec la réalité, une classe que l’on veut « fantôme » pour reprendre l’un de ses titres de bouquins.
Gavroche est peut-être aussi dans cette démarche. La revue d’histoire populaire offre d’autres analyses, aborde les autres facettes de l’histoire — ni l’histoire officielle ni l’histoire imposée —, mais l’histoire oubliée, l’histoire autrement.

Photos Jacques Sigot