La vague rouge

Samedi 24 janvier 2009. Avec Serge Bianchi
lundi 26 janvier 2009
par  CP
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Entre 1909 et 1911, Henri Joseph Rosny Aîné publie deux livres, La Guerre du feu , traduit et connu dans le monde entier, et La Vague rouge , roman sur les luttes sociales des années 1900 marquées par « l’émergence d’une culture prolétarienne, les utopies, les mythes puissants du syndicalisme révolutionnaire, de l’antimilitarisme et de la grève générale. »

La Vague rouge restait introuvable parce que le roman n’avait jamais été réédité depuis 1910. Transposées à Gentilly (Val-de-Marne), les sanglantes grèves de Draveil-Vigneux de 1908 ont inspiré Rosny Aîné.

Syndicalisme révolutionnaire, prise de conscience, antimilitarisme et amour impossible… La verve des dialogues, les discours révolutionnaires, les descriptions de la classe ouvrière en font une fresque magnifique de ce début du XXe siècle, la « Belle Époque ». Belle époque ! Pas pour tout le monde puisque le roman commence par un accident du travail…

« Cette créature lasse, empoisonnée, abrutie, c’est […] un citoyen libre ! Hélas ! C’est le pire des esclaves ! Sans doute, on ne peut pas le vendre, mais qui donc aurait l’intérêt à l’acheter ? »

La Vague rouge ou la guerre de classe, on est bien loin de la Novlangue actuelle.

« — Qui de nous est maître ici ? [demande un patron à un ouvrier]

— Personne ! Vous êtes le propriétaire de cette imprimerie… Vous exploitez notre travail, mais vous n’êtes pas notre maître…

— Qui vous paye ?

— Vous nous payez en argent, nous vous payons en travail.

— Sans argent, il n’y aurait pas de travail.

— Sans travail, vous n’auriez pas d’argent.

— Mais vous claqueriez de faim.

— Possible. Vous claqueriez de faim aussi si le boucher, le boulanger, l’épicier refusaient votre argent. Et tous les hommes claqueraient de faim si personne ne travaillait. Nous échangeons des valeurs : la seule différence entre vous et nous, c’est que nous vous donnons plus que vous nous donnez. »

Singulier écho aujourd’hui que ce dialogue entre un patron et son employé gréviste. La formule « travailler plus pour gagner plus » prend toute sa dimension démagogique à la lumière de la lutte pour la réduction du temps de travail — huit heures de travail par jour — qui anime cette époque et la trame narrative du roman de Rosny Aîné.

L’organisation des luttes, la prise de conscience, les conditions de travail, les débats politiques entre militant-e-s — entre visions réformistes et projets révolutionnaires, des « gens [qui] ont des intérêts contradictoires [et] ne peuvent s’entendre que sur des réformes secondaires » —, cela pose aujourd’hui des questions toujours aussi fondamentales.

Sans omettre l’allégeance vis-à-vis de la hiérarchie, la productivité, les rapports de force entre patrons et salarié-e-s, la division du travail, le sabotage, la grève…

Dans le roman, « deux courants directeurs caractérisent cette période : la lutte pour la réduction des heures de travail et l’antimilitarisme. »

« Par sa seule existence, l’armée est déjà la guerre. La discipline n’est pas autre chose que l’art de ramener l’homme à la brute. Elle peut seule le forcer à se battre ! Personne ne consentirait volontairement à se mettre, avec cent mille imbéciles, devant des canons, des fusils et des mitrailleuses… Détruisez la caserne et la guerre est morte ! » La Vague rouge , Rosny Aîné.

Quelques années plus tard, c’est le déclenchement de la Première Guerre mondiale.

Rien n’est acquis dans un système qui se nourrit des crises et des guerres :

« Ce n’est pas pendant une heure, un jour, une année qu’il faut être révolutionnaire, mais pendant toutes les heures, tous les jours, toutes les années. »

Grèves du bassin minier de Gafsa en Tunisie

Depuis un an, le bassin minier de Gafsa, en Tunisie, vit un mouvement social très suivi, déclenché par le chômage de masse et la pauvreté. La Compagnie des Phosphates de Gafsa, soutenu par le régime de Ben Ali, règne en effet en maître sur cette région d’exploitation du phosphate où, la pollution, liée aux activités d’extraction et de traitement, est très préoccupante.

La répression du mouvement a été brutale : arrestations arbitraires, incarcérations, torture, refus d’entendre les témoins de la défense, procès iniques et à huit clos…

Les peines de prison prononcées à l’encontre des détenus sont très lourdes et vont jusqu’à 10 ans pour avoir participé à un mouvement de contestation sociale qui dénonçait la corruption, l’injustice et le chômage.
L’instrumentalisation de la justice par le régime tunisien se surpasse pour étouffer toute velléité de contestation sociale et politique.

Les mêmes pratiques d’accusation et de non respect des droits humains se répètent, comme pour les jeunes blogueurs dont la « Justice » justifie l’enfermement par les dispositions antiterroristes.

À chaque État son PATRIOT Act.