Autour de l’Histoire du fascisme aux États-Unis de Larry Portis (CNT). Deux étudiantes palestiniennes nous parlent du quotidien en Palestine.

Samedi 27 décembre 2008
dimanche 28 décembre 2008
par  CP
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L’Histoire du Fascisme aux États-Unis de Larry Portis, comme le dit Nicolas Mourer dans sa présentation de l’ouvrage, pose la question de la présence d’un ou du fascisme au cœur même d’un système qui n’a jamais connu de régime fasciste.

Qu’en est-il en réalité ? Peut-on parler de plusieurs formes de fascisme ? Ou bien de tendances fascisantes ? D’où l’importance de revenir sur une définition du fascisme car le terme, souvent galvaudé, est de fait banalisé et perd de sa signification politique et sociale.

En partant de l’origine des États-Unis jusqu’à aujourd’hui, Larry Portis souligne les violences qui sont les bases de la première démocratie dont on nous vante tant les bienfaits, et le caractère positif et incontournable : conquête génocidaire, spoliation des terres indiennes, esclavagisme, racisme, impérialisme, répression des luttes sociales, activisme de groupes d’extrême droite, rhétorique populiste et nationaliste, suprématie des WASP (entendez par là : Anglo-saxons blancs et protestants).

Et là nous touchons un point essentiel de ce pays des « opportunités » : l’omniprésence de la religion. Et cela jusque sur les billets de banque avec la formule connue de In God we trust (Nous avons confiance en Dieu).
Durant les dernières élections, un commentateur a d’ailleurs fait cette remarque : on peut imaginer à la présidence des États-Unis une femme, un ou une musulmane, mais un ou une athée, c’est impossible !

Et dernier avatar de cette démocratie exemplaire : l’USA PATRIOT Act, voté six semaines après le 11 septembre 2001, par un Congrès étatsunien majoritaire, moins une voix. Cette loi liberticide et complexe est votée le 26 octobre 2001 dans un contexte de totale paranoïa et d’élan patriotique. Pas question évidemment de s’opposer à une loi qui signifie « unir et renforcer l’Amérique en fournissant des outils appropriés pour déceler et faire obstruction au terrorisme ». Et cette loi est reconduite en 2005.

Robert Harvey et Hélène Volat, auteur-e-s de USA PATRIOT ACT. De l’exception à la règle (éditions Lignes), résument la loi dans ces termes :
L’USA PATRIOT ACT « modifie rien moins que quinze lois fédérales, […] octroie au gouvernement et à diverses agences gouvernementales (dont le FBI, la CIA, l’armée) des pouvoirs sans précédent et les autorise à faire irruption dans chaque aspect de la vie des citoyens. Inaugurant un nouveau régime fondé en majeure partie sur le secret d’État, il neutralise les contre-pouvoirs en vigueur dans le système gouvernemental en laissant le pouvoir administratif empiéter sur le judiciaire et, surtout, il met en place un système de surveillance électronique tous azimuts qui porte atteinte aux libertés individuelles des citoyens et des étrangers, en violation de leur vie privée. Les résultats sont manifestes pour qui veut les voir : […] l’USA PATRIOT Act a […] permis des arrestations secrètes et des détentions illégales fondées sur l’arbitraire du pays d’origine, de la race ou de la religion. »

La suspicion s’installe donc avec des lois et des décrets anticonstitutionnels, la légalisation de la surveillance électronique des personnes, la restriction des libertés, la délation… Bref le contrôle généralisé. Le ministère de la Sécurité du territoire peut « enrôler les agences gouvernementales et les compagnies privées pour qu’elles lui fournissent toutes les données possibles sur toute la population » et « exploiter des centaines de millions de dossiers et pouvoir en déduire qui est ou n’est pas une menace terroriste ».

Et en France ?
L’épisode des caténaires est un exemple de l’instrumentalisation de la peur pour favoriser l’éradication des droits. Comme l’écrit Alain Brossat : « L’état présent de dégradation des libertés publiques, de prolifération du régime de l’exception rampante fait que toute politique fondée sur le refus d’être « gouverné ainsi » et « gouverné par ces gens-là » voue ceux [et] (celles) qui s’y essaient à être placés dans l’illégalité et réprimés en conséquence. C’est bien là la première des leçons de l’affaire de Tarnac qui n’est pas une « bavure », un abus, mais bien la manifestation de l’effectivité de cette nouvelle règle. » De l’exception à la règle, nous y sommes !

Et ce qui provoque la réflexion, comme le souligne encore Alain Brossat dans son texte — « Tous Coupat, tous coupables ! » à propos de l’essai L’Insurrection qui vient (publié aux éditions de la fabrique) —, c’est le concert médiatique et politique qui, dans la grande majorité, a suivi la rafle de novembre. Qu’il s’agisse des infos audiovisuelles, de la presse écrite, des responsables politiques, ils et elles ont avalisé, sans se poser de questions, « la version policière du complot d’« ultra-gauche » déjoué à temps. « L’ultra-gauche déraille » titrait en une Libération le 12 novembre, tandis que Laurent Joffrin accréditait, dans un éditorial, l’incrimination de « terrorisme » ; Le Monde n’était guère en reste — pour ne rien dire du Figaro et du Journal du Dimanche dans les colonnes desquels se déversaient à gros bouillons les « analyses » et les communiqués de victoire en provenance de la place Beauvau… »

Et, côté politique, on n’était guère plus circonspect :
« À la tribune de l’Assemblée, Mme Alliot-Marie, commentant les arrestations, se faisait applaudir par plus d’un député socialiste dont son prédécesseur au ministère de l’Intérieur Daniel Vaillant et le bras droit de Ségolène Royal Manuel Valls ; suivant son premier mouvement, le porte-parole de la LCR, Olivier Besancenot, déclarait que « les méthodes de sabotage n’ont jamais été, ne seront pas et ne seront jamais celles de la Ligue communiste révolutionnaire », propos relayés par un dirigeant de SUD-Rail, Christian Mahieux, proclamant hautement : « Notre combat syndical n’a rien à voir avec ce type d’actions ».

« Et puis, réflexion faite, les uns et les autres ont repris leurs esprits, le caractère fantaisiste des incriminations, à commencer par celles de « terrorisme » et « association de malfaiteurs » est apparu évident, de même que le peu de résultat des investigations policières, pourtant menées tambour battant : pas d’armes, pas de faux-papiers, pas de matériel distinctement voué au sabotage, pas de flagrant délit, et, pour tout potage, des constructions fumeuses autour de l’allergie de nos jeunes gens au téléphone portable, de leur installation en zone rurale, de leur participation à des manifestations ou de leur refus du fichage biométrique. »

Pour ce manque de preuve tangible et ces « constructions fumeuses » autour du refus des normes de la société de consommation, deux personnes sont en détention provisoire depuis un mois et demi : Yildune Lévy et Julien Coupat mis en examen pour « direction d’une association de malfaiteurs et dégradations en relation avec une entreprise terroriste ».

Dès le début de cette « affaire » de Tarnac et à la lumière des termes « anarcho-autonomes » et « ultra-gauche », utilisés à chaque détour de phrase, on ne peut que se souvenir des réactions contre les anarchistes et la propagande par le fait dans les journaux de la fin du XIXe siècle. Et cela perdure depuis plus d’un siècle ! Décidément la propagande la plus grossière, ça marche !

En seconde partie des Chroniques rebelles :

Deux étudiantes palestiniennes, Nadia et Mouna, poursuivent leurs études en France grâce à une bourse. Elles nous parlent du quotidien en Palestine. Nadia habite Hébron où vivent 600 colons israéliens dans le centre ville qui est gardé par 4 000 militaires israéliens. À Hébron, la population palestinienne compte 150 000 personnes.