La guerre qui n’avoue pas son nom

Chroniques de Bagdad 1997-1999 d’Alice Bséréni (L’Harmattan)
lundi 17 décembre 2007
par  CP
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1991. La guerre du Golfe et son cortège de manipulations médiatiques en Occident et ses massacres de civils en Irak, dans les abris, entre autres horreurs perpétrées par les "frappes chirurgicales" d’une soi-disant "guerre propre", comme si cela était imaginable.
La guerre, c’est toujours dégueulasse même si cela ressemble à un jeu vidéo à la télé, ça n’est pas virtuel et c’est toujours ignoble.

Dix ans que la population irakienne paye le prix fort de la guerre, de l’embargo... Dix ans que les gosses souffrent de malnutrition, dix ans de sanctions contre les civils, dix ans de poursuite d’une guerre contre la population irakienne...

"Pourquoi près de deux millions de morts ? Pourquoi la rotation des repas et petits-déjeuners dans les familles pauvres ? Pourquoi la détresse de cette mère qui prétexte une punition pour envoyer ses enfants au lit sans manger ? Pourquoi ces enfants réduits à la mendicité ? Pourquoi l’impuissance du médecin face à la mort programmée ? […] Pourquoi les experts de l’UNSCOM brûlent-ils les livres et les dictionnaires dans les universités ? Pourquoi les missiles s’acharnent-ils sur des bâtiments vides ? Pourquoi des hôpitaux détruits encore, des écoles, des maisons, les cratères des rues, les universités ? Pourquoi ces morts encore et autres à venir ? Pourquoi ?" (174-175)

En effet pourquoi et quels sont les enjeux ?
Dans un article du Monde diplomatique, Alain Gresh dénonce : "Durant la guerre du Golfe de 1991, les États-Unis ont délibérément visé les approvisionnements en eau potable de l’Irak, violant ainsi la convention de Genève sur les lois de la guerre. La récente étude d’un universitaire américain qui a révélé ce crime a été ignorée par les médias. Elle confirme pourtant la stratégie de destruction délibérée de tout un pays. Près de dix ans après la fin du conflit, une population impuissante continue de payer le prix d’une double intransigeance, celle des États-Unis et celle du régime du président Saddam Hussein. […] Et le pillage de l’Irak se poursuit , comme le montre le travail de la commission d’indemnisation des Nations unies pour l’Irak, une instance occulte, qui siphonne un tiers des revenus des exportations de ce pays et dont le fonctionnement comme la légalité sont plus que douteux…"

Les témoignages recueillis par Alice Bséréni sont parfois terribles. Chroniques de Bagdad 1997-1999. La guerre qui n’avoue pas son nom est un livre sans concessions, un constat sur le terrain d’une situation désespérée :
"« Quand les boutiques étaient vides ou fermées, elles l’étaient pour tout le monde. Maintenant c’est pire et plus féroce encore, 95% des gens n’ont pas le moyens de consommer alors que les denrées sont exposées à la convoitise des pauvres... » La classe moyenne a presque totalement disparu, les anciens riches ou nobles ont rejoint les rangs des nouveaux pauvres, simultanément les nouveaux riches de l’embargo étalent l’arrogance de l’opulence. Les palaces poussent dans la ville comme des champignons à goût douteux de parvenus, les voitures rutilantes s’arrogent tous les droits dans la décrépitude des rues. Une tumeur maligne qui gangrène le tissu social, les comportements, les mentalités. Avec eux le cortège des dégradations, la déculturation, le mauvais goût, la mort de l’art et l’arrogance, la perte des valeurs morales, prostitution, polygamie, dégradation des mœurs."

La guerre du Golfe... La guerre du droit ? Tout est là pour que la population irakienne soit écrasée, étouffée… Les sanctions et les bombardements pour engendrer la haine ! La guerre du Golfe qui continue est une guerre du fric ! Une vraie saloperie !

CP


De nombreux essais sont parus sur ce sujet, notamment : L’Occident et la guerre contre les arabes. Réflexions sur la guerre du Golfe et le Nouvel Ordre mondial de René Berthier (L’Harmattan) et Irak, le complot du silence également d’Alice Bséréni (L’Harmattan).