Le procès Papon

de Jean-Jacques Gandini (éditions Librio)
mardi 18 décembre 2007
par  CP
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Ordre, autorité, hiérarchie… quel programme ! C’est celui du régime vichyste de Pétain qui avait, il faut le souligner, fait "don de sa personne à la France" !
Le résultat est une des périodes les plus difficiles et les plus terribles de notre histoire : “Durant les quatre années que va durer le régime de Vichy seront promulguées quelque 160 textes législatifs et règlementaires visant les juifs.

Le régime vichyste ne considère pas les Juifs comme français, ils sont dangereux et, en tant que tels, doivent être éliminés politiquement et socialement. Entre 1942 et 1944 : 1410 personnes seront arrêtées et transférées de Bordeaux à Drancy, puis vers Auschwitz où la plupart d’entre elles seront exterminées.
Drancy, le soi-disant camp de transit qui était en fait un camp de concentratration très ordinaire entre 1941 et 1944 comme l’écrit Maurice Rajsfus, et cela à quelques kilomètres de Paris.
Lorsque ces personnes ont été arrêtées et transférées de Bordeaux à Drancy, puis vers Auschwitz, les responsables français qui collaboraient avec les autorités allemandes ne pouvaient donc pas l’ignorer.

Après 16 ans de procédure, Maurice Papon — ancien secrétaire général de la Préfecture de la Gironde sous Vichy, ancien préfet de Paris, ancien ministre de Giscard… comparaît finalement devant la cour d’Assises de Bordeaux.
Klaus Barbie et Paul Touvier ont eu à répondre de leurs actes abominables et de leur implication directe dans l’extermination des Juifs, mais Papon est ici accusé de "complicité de crimes contre l’humanité" pour avoir participé de façon indirecte à la déportation de 1690 juifs entre 1942 et 1944.
Contrairement aux deux précédents, Papon se définit comme "simple fonctionnaire" au service de l’État, et est resté longtemps sur le devant de la scène politique en toute impunité. En cela il se distingue de l’image habituelle des accusés d’un tel crime.

Travail, famille, patrie ! Une formule qui évoque le refus de l’égalitarisme, l’anti-intellectualisme, le renforcement de la législation sur le divorce et l’IVG et le nationalisme. Un nationalisme contre les communistes, contre les étrangers — les ennemis intérieurs et extérieurs — et bien sûr contre les juifs. Les campagnes antisémites sont à cette époque effrayantes.
Mais cette discrimination et cet antisémitisme institutionnalisés ont prospéré sur un terrain qui devait être favorable, sinon comment penser que la majorité de la population ait pu accepter ?

Dans La police de Vichy, Maurice Rajsfus écrit :
Le gardien de la paix parisien n’avait pas plus d’état d’âme, le 9 février 1934, lorsqu’il fusillait à bout portant les manifestants, dans le 10e arrondissement, que lorsqu’il participait aux rafles contre les juifs immigrés dans Paris de 1941 à 1944. Les assassins légaux du 17 octobre 1961 et du 8 février 1962, au métro Charonne, auraient été indignés si quelques esprits libres les avaient interrogés s’ils n’avaient été les maîtres d’œuvre de la chasse aux Juifs, vingt ans plus tôt ? (ce qui était sans doute fréquemment le cas.) Les mêmes s’illustrant tristement tout au long de la répresion du mouvement de mai 1968.

Papon, le bureaucrate "zélé" peut se ménager une image pro-américaine quand le vent tourne et qu’il songe à s’acheter un passé de résistant au début de la déroute nazie, et cela encore une fois avec la complicité de l’État, il n’en reste pas moins qu’il est responsable de la mort d’enfants, d’hommes et de femmes dans d’horribles souffrances.
Bien que son passé de collaborateur avec les nazis ait été mis aux oubliettes de l’histoire, que son rôle en Algérie comme préfet de Constantine soit également quelque peu passé sous silence, Papon — devenu préfet de Police — est aussi responsable du massacre des Algériens le 17 octobre 1961 — lors d’une manifestation pacifiste —, et de l’assassinat de militants anticolonialistes le 8 février 1962, au métro Charonne. Papon, “le bourreau des juifs de Bordeaux se retrouvera député RPR, puis ministre du Budget du gouvernement Barre avant d’être rattrappé par son passé.
Il en a fallu du temps !

Toutes ces questions sont évoquées dans le livre de Jean-Jacques Gandini, le Procès Papon : la collaboration, la non-résistance, la complicité avec l’occupant, le respect des ordres et des consignes quand il s’agit d’envoyer des enfants à la mort — On savait la réalité des camps depuis la fin des années 1930 avec les témoignages de prisonniers politiques —, la responsabilité collective, le silence pour préserver la mémoire de l’État.
Papon, procès pour l’exemple, procès pour l’histoire, un procès médiatique et médiatisé.

Comme le souligne Jean-Jacques Gandini, il ne faut surtout pas oublier : “Aucun régime totalitaire ne peut venir et se maintenir au pouvoir ans une multitude de petites lâchetés, compromissions, ralliements, reniements, renoncements ou actes d’obéissance d’hommes et de femmes, comme vous et moi, du plus petit citoyen au plus haut fonctionnaire. Non, ce n’est pas parce qu’il y a eu Hitler ou Pétain que nous avons eu des hommes comme Papon, mais parce qu’il y a eu des milliers d’hommes comme Papon que nous avons Hitler et Pétain.

Aujourd’hui, les massacres continuent, les mensonges aussi et les crimes d’État également.

CP