Jean-Pierre Thorn, cinéaste, militant et observateur engagé

Samedi 4 juillet 2009
dimanche 5 juillet 2009
par  CP
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En 2004, «  La Caravane pour l’Egalité  », initiative de la Ligue Démocratique du Droit des Femmes est invitée par l’association lyonnaise « Femmes contre les Intégrismes » pour visiter les cités des banlieues de Lyon.

Jean-Pierre Thorn en a rapporté un passionnant carnet de route filmé. Deux mois plus tard, à l’invitation des Marocaines, la caravane se rend à Larache, puis dans des régions isolées du Maroc.

Jean-Pierre Thorn a suivi les caravanières et a été frappé par les corrélations existant entre la France et le Maroc, Nord et Sud, sur les questions relatives à la lutte contre l’exclusion des plus démunis, femmes et enfants. La caravane et ses caravanières constituent le fil conducteur du film, les expériences marocaines et françaises alternant dans un effet miroir.

Face à la montée des intégrismes religieux des dernières années, Allez Yallah montre les femmes, les associations qui luttent, en France et au Maroc, pour l’égalité du droit des femmes, particulièrement dans les communautés maghrébines ou issues de l’immigration.

Cinéaste engagé et observateur social, Jean-Pierre Thorn n’a pas fini de nous étonner et de nous faire découvrir des mouvements, des mouvances, des luttes… Une manière de dire : non les résistances ne sont ni « dépassées », ni terminées : elles existent… Les résistances aux régressions, aux violences étatiques se font souvent sous d’autres formes depuis 1968 qui reste le symbole de ces dernières décennies en matière de soulèvement et de rupture sociale.

Après ses premiers films, dont Oser lutter Oser vaincre (1968) et le remarquable Le dos au mur (1981), Jean-Pierre Thorn poursuit son exploration des phénomènes de la révolte, par exemple le mouvement hip hop à propos duquel il tourne plusieurs films dont Nous ne sommes pas des marques de vélos, qui traite de l’injustice intolérable de la double peine.

Allez Yallah ! , c’est une autre aventure, une épopée en quelque sorte. Le titre résume déjà le caractère volontariste et dynamique de la démarche des femmes et de la lutte pour leurs droits. Jean-Pierre Thorn qui, dans son expérience du mouvement hip hop, avait constaté le peu de présence des filles, décide de filmer le combat des caravanières au quotidien.
« Les caravanières viennent d’Algérie, du Maroc, de France. Elles ont décidé, par conviction et grâce à leurs expériences, de promouvoir la cause des femmes en leur enseignant leurs droits. » Leur ambition : « faire connaître leurs droits aux femmes, sur chaque rive de la Méditerranée. »

Le film se joue en effet sur les deux rives de la Méditerranée : au Maroc et en France, à Lyon où « le constat […] est accablant. » Constat souligné par les images d’un quartier qui paraît dominé par les intégristes, depuis le jardin d’enfants. Quartiers ghettoïsés avec l’aval des autorités, ce qui suggère des relents colonialistes et une stratégie particulière pour la paix sociale : « L’exclusion, la marginalisation et l’intégrisme ont propagé la peur dans ces quartiers. »

Entre le Maroc, « perçu comme encore passablement arriéré socialement » et la France, pays des droits humains, « le contraste penche souvent en défaveur de la France. C’est en France que l’on rencontre les plus extrémistes des femmes "antiféministes", imprégnées qu’elles sont d’une culture terriblement machiste et patriarcale. »

Les femmes « sont garantes de l’honneur des hommes », donc elles n’existent pas ! « Fille de, femme de, mère de… T’es jamais toi ! » s’exclame l’une des intervenantes dans le film.

C’est par le montage de Jean-Pierre Thorn, où intervient la libre parole et la spontanéité, que l’on mesure son respect pour les femmes et son implication pour faire connaître leur lutte. La bande-son est également importante, elle accompagne cette odyssée des femmes et leur combat au quotidien.
Avec ce film, nous sommes en effet de plain-pied dans la réalité, au cœur des problèmes, et des contradictions aussi parfois. Les idées reçues y sont battues en brèche : « On a l’impression que les choses sont acquises en France, mais ici [au Maroc] on a l’impression d’avancer. »

Allez Yallah ! est un film riche en enseignement, porté par des images qui se répondent, ici et là-bas, par-delà la Méditerranée. Des regards croisés et des informations sur les médecins confronté-es aux demandes de certificats de virginité — ce qui est illégal en France —, sur l’« évolution inquiétante dans la surveillance des femmes ». L’on apprend que « les pratiques sexuelles sont la plupart du temps obligées pour les femmes », que le mariage de jouissance : «  Zawaj el Moutâa » existe et qu’enfin le voile, le hijab ou la burqa, « c’est tribal et non religieux ».

Si le propos du film est de faire réagir, alors il est totalement réussi.

Avec Jean-Pierre Thorn, nous resterons dans les échanges entre les deux rives méditerranéennes, puisque nous parlerons de Djamel Kelfaoui, figure militante de l’action culturelle dans les quartiers populaires et réalisateur du film : Cheb Hasni, je vis encore.

Et enfin de « ZEBROCK AU BAHUT », une association qui permet à des milliers de lycéens et collégiens (70 classes en moyenne chaque année !) d’être mis en relation avec toutes les musiques actuelles dans un processus exemplaire d’action culturelle.

On leur coupe les vivres ! Encore une idée pour marginaliser et punir toute une frange de la population ! Alors, ne lui reste que le droit à la télé marchandise et à la répression.

"ZEBROCK AU BAHUT"

Je suis profondément choqué d’apprendre l’attaque en règle subie par l’association ZEBROCK avec laquelle je collabore depuis plus d’un an (à l’occasion de la réalisation d’un film sur la mémoire musicale du "9-3", film par ailleurs soutenu par la Région Ile-de-France)

La nouvelle équipe du Conseil Général (dirigé par Claude Bartelone) semble vouloir remettre en cause l’action de "ZEBROCK AU BAHUT" permettant à des milliers de lycéens et collégiens (70 classes en moyenne chaque année !) d’être mis en relation avec TOUTES les musiques actuelles dans un processus exemplaire d’action culturelle, au sein des établissements scolaires, action dont le Conseil Général devrait plutôt s’enorgueillir !

J’ai assisté (dans le cadre de mes repérages) à des interventions de ZEBROCK dans des salles de classes et je peux affirmer que c’est une action formidable (et combien difficile et patiente à long terme) : j’ai encore en tête la brillance des yeux des gamins écoutant l’audition des musiques du CD offert avec le livret ZEBROCK AU BAHUT ! Et la force et la vérité de leurs expressions après...

Remettre en question le principe d’une telle action culturelle en prétextant qu’aujourd’hui ("pour être moderne ?!!") il suffirait de mettre les oeuvres et les artistes en relation directe avec les publics - sans "médiation" - c’est pure démagogie ! Voilà bien l’expression des ravages du libéralisme en matière culturelle (ce sont les mêmes attaques idéologiques subies parallèlement par l’Action Culturelle Cinématographique à l’échelle nationale - cf. notre dernier rassemblement au "104" en Janvier 2009).

Sans travail d’éducation populaire, sans formation du jeune public, sans action volontariste pour l’amener à découvrir des artistes et des oeuvres qu’il n’aurait autrement jamais eu l’occasion d’écouter ou de voir, c’est permettre à ce public d’échapper au formatage du marché dominant et l’aider à se forger ses propres goûts, en toute liberté, par une confrontation vivante avec une diversité d’oeuvres qu’autrement il n’aurait jamais croisées...

L’idée que les oeuvres et les artistes puissent rencontrer leurs publics, sans médiation, d’un coup de baguette magique - sans action culturelle structurée et dans la durée - est totalement fausse.

De fait cela contribue à éliminer davantage encore les oeuvres les plus atypiques, les moins standardisées et les moins promotionnées par le marché.
Ce sera un nouveau coup porté à la diversité culturelle et à la création libre et indépendante dans ce pays.

Que la sélection de groupes musicaux émergents, repérés par ZEBROCK, soient ultérieurement programmée, chaque année, sur un plateau "jeunes talents" à la Fête de l’HUMA n’a rien à voir avec une quelconque récupération politicienne : c’est juste un tremplin fabuleux pour aider des groupes émergents à se professionnaliser et accéder à la scène artistique.
Pour la multitude des groupes ayant bénéficié de cette aide (pour certains archi reconnus depuis) c’etait une chance merveilleuse.

Pourquoi s’attaquer à cela et finalement au Rock et au Hip Hop, expression de la jeunesse des quartiers populaires aujourd’hui ?!

L’existence de ZEBROCK dépasse les clivages politiques et il n’y a absolument pas lieu de faire des procès d’intentions à caractère "politiciens" sur le terrain d’une action d’intérêt général au service de toute la jeunesse de ce département.

Les premiers à payer la facture de cette disparition éventuelle de ZEBROCK AU BAHUT, des équipes de professionnels qui la mènent, ce seront au final les milliers de jeunes concernés dont on va encore casser un nouvel espoir ! Comment s’étonner après de la désaffection de la jeunesse pour la "chose politique" et sa tentation croissante d’abstention lors des rendez-vous électoraux ?!

Jean-Pierre Thorn

http://zebrockendanger.blog.zebrockaubahut.net

Djamel KELFAOUI

VENDREDI 10 JUILLET

Hommage à Djamel au CINE 104 de PANTIN avec la projection de son film : CHEB HASNI, JE VIS ENCORE .

http://bellaciao.org/fr/spip.php?article86486