9e Festival du film insulaire de l’île de Groix

Samedi 18 juillet 2009
dimanche 19 juillet 2009
par  CP
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9e Festival du film insulaire de l’île de Groix avec, pour invité, cette année le cinéma de Sri Lanka. Un cinéma hélas trop peu connu en France et pourtant de très grande qualité. Hormis la production commerciale, calquée sur Bollywood, et les séries télévisuelles, il y a un cinéma d’auteurs à connaître absolument.

Un des chefs de file du nouveau cinéma sri lankais, Prasanna Vithanage — dont nous avons déjà parlé dans les Chroniques rebelles —, présente à l’occasion du 9e festival de l’île de Groix trois de ses films qui offrent un échantillon des thèmes abordés dans son œuvre cinématographique. Thèmes graves et profonds comme la lutte des femmes pour leurs droits et leur dignité, la diversité sociale et culturelle, les rapports de pouvoir et de classes entre les êtres. Trois films donc qui, chronologiquement, illustrent aussi le contexte sociopolitique de Sri Lanka : Nuit obscure de l’âme, Mort un jour de pleine lune et Soleil d’août .

Anantha Rathriya (Nuit obscure de l’âme) est réalisé en 1996.

Si la guerre civile n’y est qu’allusive, elle est cependant en fond de décor. Un homme revient sur les lieux de son enfance, dans la propriété de ses tantes. La maison est gardée par un domestique, surpris de son arrivée nocturne.

Flash back en noir et blanc… Le jardin d’une maison idéale où les fleurs, les tantes sont filmées à la manière d’estampes sublimées. C’est un peu « la petite maison dans la prairie » façon sri lankaise. Retour brutal à la réalité et l’on devine que la propriété est dans une zone de conflit : «  le pays est dans un tel chaos ! » dit le gardien. Néanmoins les valeurs de la société bourgeoise ne sont pas pour autant ébranlées, les pauvres sont les rebelles, les pauvres sont les coupables.

Librement inspiré du roman de Tolstoï, Résurrection, Prasanna Vithanage fait dans ce film une peinture au vitriol de la domination masculine, l’homme étant dans une position de pouvoir économique. L’héroïne séduite est la victime idéale : jeune, domestique et désarmée devant le séducteur, maître de la maison. Le caprice d’un jeune homme riche et son inconséquence font ainsi basculer la vie de Piyum, qui, bien des années plus tard, croise cet homme qui exerce à nouveau un pouvoir sur elle. Il est juré dans le procès dans lequel elle est accusée de meurtre avec préméditation d’un client.
Le parcours de la jeune fille séduite à la prostituée condamnée met en lumière les méfaits du système judiciaire et du patriarcat, et les injustices sociales, comme dans le premier film de Prasanna Vithanage, Sisila Gini Gani (Glace en feu).

Purahanda Kaluwara (Death on a Full Moon Day/Mort un jour de pleine lune, 1997) a tout d’abord été censuré. La censure levée, le film est devenu l’un des grands succès du cinéma national et a obtenu de nombreux prix dans des festivals internationaux.

Film à part, il offre les cadres grandioses de paysages qui deviennent des personnages à part entière et transfigurent en quelque sorte l’argument du film. La nature guide un vieil homme aveugle vers une tragédie qui touche tout le pays. La guerre et la mort. Le film se déroule dans un village où ce vieil homme attend le retour de son fils, mais c’est un cercueil scellé qui est renvoyé à la famille. Le jeune homme, officiellement, a été tué par une mine et il est interdit d’ouvrir le cercueil.

Tout le monde fait des hypothèses sur l’argent qui doit parvenir à la famille, mais le père refuse l’évidence de la mort. Pourquoi est-il interdit d’ouvrir le cercueil ? On lui cache la vérité, son fils n’est pas mort et cette somme dérisoire ne peut lui faire admettre l’inacceptable ?
Le film est un conte philosophique sur la prise de conscience et le refus par un simple paysan de l’histoire officielle. Il aurait pu s’intituler la nature et le vieil homme révolté.

Enfin, Ira Madiyama (Soleil d’août, 2003). C’est le cinquième film de Prasanna Vithanage. La guerre civile en est le sujet central, et ses effets sur la société. Il y est question de disparitions, de déplacements des populations et des conséquences de la militarisation.

Le film a été tourné dans la région nord du pays, pendant le cessez-le-feu, qui sera rompu en 2006. Le réalisateur a choisi l’unité de temps : deux journées. Il explique : «  trois histoires de personnes emportées par la violence de la guerre et qui luttent pour garder leurs espoirs et leurs rêves. Ce film est sur leur quête de la vie. »

C’est d’abord Arfath, adolescent musulman vivant dans la région du Mannar. Les Tigres tamouls chassent les villageois et l’enfant est séparé de sa chienne, Rex. Puis, il y a Chamari, jeune femme à la recherche de son compagnon, pilote dans l’armée, qui a disparu et dont elle est sans nouvelle. Enfin Duminda, jeune soldat de l’armée gouvernementale, qui tente de retrouver sa sœur croisée dans une maison de passe pour militaires.

Trois histoires, trois errances, trois comportements liés à la guerre civile, à la douleur et au refus d’une violence absurde. Soleil d’août est une condamnation radicale de la guerre, de l’idéologie qui l’attise et de l’instrumentalisation qu’en fait le pouvoir. La fin du film laisse cependant une petite touche d’espoir, l’adolescent retrouve un jeune chien abandonné ; Chamari participe à une marche pour la paix ; et le jeune soldat, qui a acquis une maturité, reconstruit une relation avec sa sœur sur un secret partagé.

Présenté au dernier Festival de Vesoul, Akasa Kusum (Fleurs dans le ciel) qui le nouveau film de Prasanna Vithanage, est une ode à l’émancipation des femmes. Il a reçu le Prix spécial du jury du 15e Festival international des Cinémas d’Asie, à Vesoul, en février 2009.

Entièrement dédié aux femmes, ce film brossent des caractères de femmes déterminées, non conformistes et qui arrachent au prix fort leur désir d’indépendance. Les comédiennes y sont étonnantes, notamment Malini Fonseka, grande vedette à Sri lanka, mais aussi Nimmi Harasgama qui interprète sa fille. Un entretien de Prasanna est paru dans le numéro d’été de Divergences.be de cet été.

Il faut toutefois souligner que le cinéma sri lankais a déjà abordé le thème des femmes et de leur émancipation, notamment avec le grand réalisateur Lester James Perries qui a tourné, en 1963, Changement au village.

Changement au village de James Perries (1963) est le récit de Nanda, fille cadette du chef du village, qui est convoitée par deux hommes. Ses parents refusent de la voir épouser son professeur d’anglais, Piyal, qui n’est pas du même rang social, et lui imposent Janadasa. Ce dernier, bientôt victime du marasme économique, est obligé de tenter d’aller faire des affaires ailleurs. Nanda attend vainement des nouvelles de son mari et apprend sa mort. Piyal, de son côté, a fait fortune...

En opposition avec un cinéma indien qui donne dans la surenchère de couleurs, le film de Lester James Peries est plutôt contemplatif, subtil et allusif.

Le discours amoureux passe par des codes, des regards, des poèmes. Dans la première scène, l’amour impossible entre Nanda et Piyal est suggéré par un exercice de traduction sur un texte anglais qui reflète la situation. La jeune fille s’étonne qu’un homme ordinaire puisse épouser une princesse. Il suffit qu’« il gagne assez d’argent », lui répond son professeur. Lester James Peries suggère les sentiments, les changements en filmant les visages, les silences sur fond de scènes quotidiennes.

La mort du père de Nanda marque en fait la fin d’une caste et l’essor d’une nouvelle classe, ce qui engendre des changements au village.

Le 9e Festival du film insulaire de l’île de Groix nous fera découvrir les films de réalisatrices qui ne sont pas en reste pour exprimer leur talent par le biais du cinéma. Et l’on pourra découvrir durant ce Festival, plusieurs films qui aborde la question de l’émancipation des femmes à travers les films de plusieurs réalisateurs et réalisatrices.

Le festival de l’île de Groix propose également des tables rondes et sera l’occasion de rencontres, de réflexions sur la distribution d’un cinéma dont la découverte ne se fait que dans les festivals. En attendant, le 9e Festival du film insulaire de l’île de Groix, du 19 au 23 août, nous offre toute une palette de cinéastes, des films de fiction et des documentaires.

Allez encore un effort et ces films seront peut-être un jour programmés dans les salles !

My Daughter the Terrorist (2007) de Beate Arnestad (anglais et Tamoul)
Deux femmes s’entraînent dans la jungle pour une opération suicide. La réalisatrice norvégienne, Beate Arnestad, a tourné deux femmes Tigres avant leur ultime mission sur le terrain de la guérilla.

Si elles sont condamnées, par le monde entier, comme terroristes, les deux jeunes filles se considèrent plutôt comme le dernier espoir de leur peuple dans la lutte contre l’oppression et la répression de l’État. Faire front à l’ennemi est leur devise. Devise inscrite sur les charges explosives qu’elles vont fixer sur leur corps.
La mère de l’une d’entre elles raconte que sa fille voulait être religieuse.

Tout le documentaire pose la question : pourquoi deux jeunes filles choisissent-elles de commettre des attentats-suicides ?

In search of a road de Dharmasena Pathiraja (Documentaire)

This is my moon de Asoka Handagama (2002)

Synopsis : Au nord du Sri Lanka, un soldat cinghalais déserte, emmenant une jeune femme tamoule qu’il a violée. Ils arrivent dans un village à l’abandon — le village du soldat ? — ; le village est dans l’attente du retour des hommes partis combattre. Le déserteur et sa compagne apportent un peu plus de trouble dans le village. Mais si la femme tamoule est finalement oubliée, l’absence de réactions profondes des habitants illustre les incertitudes naissantes dans un pays perturbé.

This is my moon ou les repères perdus, les petits trafics, les unions et les désunions des hommes et des femmes auxquels s’ajoutent l’intervention d’un moine bouddhiste en total décalage.

Autre film d’Asoka Handagama : Flying with one Wing (2004) où la question des discriminations sexuelles dans la société est évoquée de manière frontale.

Synopsis : Dans une petite ville de Sri Lanka, une femme vit et travaille sous l’apparence d’un homme. À la suite d’un accident, son identité sexuelle est découverte par le médecin qui la soigne et ce dernier, prenant avantage de la situation, ne va pas cesser de la harceler. Dans le même temps, un de ses collègues tente lui aussi de la séduire. La femme les repousse tous deux et le médecin, par dépit, révèle son secret... Le rêve de l’héroïne pour une vie d’homme s’écroule et les événements vont s’enchaîner jusqu’à un dénouement tragique.

Commentaire du réalisateur : « Toutes les petites filles, dès leur plus jeune âge,comprennent très vite que la « condition féminine » n’est rien d’autre qu’une convention sociale. Elles comprennent aussi que la « masculinité » est un état supérieur à celui de la femme dans l’ordre social. Chaque petite fille souhaite plus ou moins consciemment être aussi un homme. Ce désir débouche sur un véritable dilemme au fur et à mesure qu’elle grandit. Elle réalise peu à peu qu’elle va devoir partager le même sort que celui de la plupart des autres femmes, que cela tient aux relations traditionnelles et rituelles ordonnées par la société. Elle n’a pas d’autre échappatoire que d’étouffer le désir de virilité qu’il y a en elle, et devenir conforme à ce que l’on attend d’elle.

Jusqu’à son accident, le personnage principal de mon film a au contraire joui d’une vie libre. Sa vie « d’avant » et les raisons qui l’ont amenée à adopter l’apparence d’un homme ne sont ni décrites, ni expliquées directement. C’est la clinique qui sert de révélateur de tous les préjudices que subissent les femmes, et par la même retrace ce qu’a pu être son propre parcours. La clinique joue un rôle symbolique : c’est en quelque sorte le « temple » vers où convergent toutes ces femmes victimes d’abus de toutes sortes, physiques et moraux, et qui viennent en quête d’une aide. Mais le médecin-avorteur est lui-même un agresseur… »

Vide pour l’amour de Vimukhti Jayasundara (court métrage) et

La Terre abandonnée de Vimukthi Jayasundara

Sri Lanka. Une rivière traverse un paysage désertique. Musique et vent. Une main sort de l’eau. Cette main, à qui appartient-elle ? Qu’implore-t-elle ? Est-ce un cadavre ? À quelques mètres de là, à l’extérieur d’une maison perdue en bout de route, une jeune femme se lave les pieds. Sa grande sœur lui est entièrement dévouée. À l’intérieur, un homme dort.

Le couple a une petite fille, Batti, qui ne craint qu’une chose : ne jamais grandir. La vie passe, paisible, et s’écoule sans heurt, sans but, entre de longues siestes et des promenades dans la forêt alentour.

Dans les environs, un char pointe son canon vers l’inconnu. Des militaires rôdent. Ils s’ennuient eux aussi, fument des joints et attendent.
Plans-séquences, couleurs et silences, le film est contemplatif et ne donne guère dans la narration. La Terre abandonnée est une chronique du vide, de l’ennui, de l’indécision, de l’immobilité. Est-ce une allégorie du Sri Lanka et de la guerre civile ?

No More Tears Sister est un documentaire de 78 mn réalisé en 2005 par Helene Klodawsky (Canada). Le film retrace la vie de Rajani Thiranagama, enseignante et médecin, féministe visionnaire et défenseur des droits humains, qui a été assassinée par les Tigres à l’âge de 35 ans.

Par le biais d’un assemblage de témoignages, d’images d’archives et de reconstitution d’époque, ce film évoque la vie de la jeune femme qui fut une militante sans aucune concession. Elle est assassinée en revenant de l’Université de Jaffna peu de temps après qu’un livre, The Broken Palmyra, dont elle est fut co-auteure, soit paru. Le Palmier brisé rassemblait notamment les violations des droits humains dans la région de Jaffna, à forte concentration tamoule, tant de la part des forces gouvernementales que des Tigres du LTTE.

Le film montre la montée du nationalisme à Sri Lanka et ses conséquences sur la vie des femmes ; de même, les tensions politiques passées et présentes. Les soeurs, les filles et le mari de Rajani y évoquent leurs souvenirs personnels en retournant dans leur pays mis à feu et à sang par trente ans de conflit ethnique et de répression.

À travers des évocations poétiques, des archives, des lettres et des rencontres tournées sur le vif avec des militant-es et des membres de la famille de Rajani, ce documentaire explore, tant du point de vue personnel que politique, l’accès à l’égalité pour les femmes et la recherche de la vérité dans une société militarisée. La sœur de Rajani, Nirmala Rajasingham est une activiste pour les droits humains et militante du SDLF (Sri Lanka Democracy Forum).

Finies les larmes, mes soeurs, d’espoir et de trahison.

The land of silence de Vimukthi Jayasundara.

Young Monk de Damayanthi Fonseka.

Flooted banks de Damayanthi Fonseka.


Et pour continuer dans le cinéma, voici l’épopée des fraises vendues hors saison :

La rançon de la fraise, film de Claude-Marie Vadrot, produit par France 5.

Un article de Claude-Marie Vadrot, publié dans Politis, a eu un retentissement exceptionnel. La fraise ayant à l’évidence plus d’intérêt que les autres fruits !

Voici donc l’incroyable histoire de la fraise produite à Huelva, en Andalousie.
Il s’agit de mettre des fraises sur les marchés hors saison et de les vendre fort cher.

Première étape et premier trajet en camion : on amène les pieds de fraisiers de l’Andalousie à Valladolid dans le nord de l’Espagne. Pour qu’ils aient l’impression d’avoir passé l’hiver, on les place pendant quelques semaines dans de grands réfrigérateurs. On les sortira en automne.

Deuxième étape : Pour « désinfecter les sols » de Huelva, en Andalousie, on utilise de la chloropicrine. Vous ne connaissez pas ? C’est une composante des gaz de combat utilisés pendant la guerre de 14-18 ou pour gazer les Kurdes en Irak. Idéal pour les bronches des travailleurs roumains, polonais ou marocains qui sont employés pour ce travail !

Troisième étape : En automne, on ramène dans la vallée de Huelva les plants de fraisiers sortis des réfrigérateurs du nord de l’Espagne. On les plante et, au goutte à goutte, on leur instille des produits dangereux dont du bromure de méthyle (interdit en France, mais pour lesquels l’Espagne a une dérogation). Ce qui fait que certains producteurs français viennent l’acheter en Espagne ! On pollue ainsi 5000 ha de nappes phréatiques !

Ce travail de plantation fort pénible est exécuté par des femmes immigrées, marocaines, africaines avec ou sans papiers, payées 5 euros de l’heure.
Dans le film, quand on installe les serres, on voit clairement la pollution par les plastiques divers : emballages des produits chimiques, des serres, etc.

Quatrième étape : Début janvier, les fraises font un nouveau parcours en camion : 1000 kilomètres pour aller à la plate-forme de Perpignan. Elles sont alors analysées dans des installations modernes pour mesurer jusqu’à quel point elles ont été imprégnées par les pesticides et les divers engrais chimiques.

Le film donne la parole au responsable de ce contrôle sanitaire. Celui-ci reconnaît, devant la caméra, que les résultats de ces analyses sanitaires ne peuvent être communiqués qu’aux demandeurs de l’analyse, pour des raisons de déontologie , c’est à dire aux gestionnaires de la plate-forme !

No comment !

Les camions sont déjà sur la route vers Paris.
Cinquième étape : le voyage en camion, avec les émissions de CO2. Donc au total plus de 2000 kilomètres en camion !

Et ces fraises sont dures comme des billes, car il faut résister aux journées de transport. Mais elles sont parfumées ! Et elles pourrissent vite !
Belle accumulation de scandales écologiques, sanitaires et sociaux !

Le gouvernement espagnol a porté plainte contre France 5, productrice du film.

Et Claude-Marie Vadrot veut continuer à démontrer l’absurdité des fruits vendus hors saison.


Élection après élection, dans tous les pays, les concepts de l’exclusion, du repli sur soi, du racisme, de la précarité gagnent du terrain. Les grands médias passent la plupart du temps sous silence les signaux forts de ce racisme de plus en plus déclaré. Comme dans les années trente dénonce la chanson de Michel Bühler, comme dans les années trente répète Annie Lacroix-Riz dans les émissions de Radio Libertaire !

Par exemple cette tragédie en Allemagne dont la presse a peu parlé : Marwa el-Sherbini, une jeune pharmacienne égyptienne, voilée, enceinte de trois mois, et vivant en ex-RDA, a été assassinée de 18 coups de couteau, sous les yeux de sa famille, le 1er juillet, en pleine Cour d’appel de Dresde où elle était venue témoigner. Incroyable mais vrai. Voici un Etat réputé démocratique, responsable, accueillant, qui laisse un accusé entrer dans un tribunal avec un couteau, et qui ne protège pas une femme venue témoigner ! Comment croire que de tels faits peuvent être seulement le fruit de mauvaises circonstances ? Comment ne pas voir un signe de ce racisme rampant qui ronge les esprits ? C’est en Europe et dans un pays qui souhaite imposer aux autres une certaine vision de l’Europe !

L’assassin est un Allemand d’origine russe de 28 ans, au chômage et proche du parti d’extrême droite NPD. Il avait été condamné en première instance, l’an passé, à verser 780 euros de dommages et intérêts à celle qu’il a froidement assassiné à la suite d’une altercation sur une aire de jeux. La jeune femme, qui portait le foulard, lui avait demandé de libérer la balançoire pour son fils. Une atteinte à la dignité de cet attardé mental qui occupait les lieux. Il avait répondu par l’injure, l’invective, l’arrogance que lui conférait sa supposée supériorité raciale et culturelle.

Le néo-nazi avait explosé, traitant sa victime d’« islamiste, de terroriste et de salope », mais avait bénéficié de l’indulgence du juge de première instance et n’avait écopé que d’une amende ! Le procureur avait fait appel, estimant la peine trop légère et la justice trop laxiste. Il avait vu juste, sans se douter du drame qu’allait causer cette décision courageuse, puisque qu’en appel, ce fut une véritable boucherie !

« Comment un accusé a-t-il pu frapper un témoin de 18 coups de couteau, sans que personne n’intervienne ? » s’interroge à juste titre, mais tardivement, la presse allemande.
Ni le juge, ni le personnel de sécurité présent aux abords de la salle d’audience ne se sont interposés. Seuls, le mari de la victime, également grièvement blessé à coups de couteau et l’avocat du coupable, qui s’est jeté sur son client avec une chaise sans parvenir à le neutraliser, ont tenté de porter secours à la jeune femme.

Pire, le premier policier à pénétrer sur les lieux prend le mari pour l’agresseur, et lui tire une balle dans la jambe. Et lorsque la classe politique prend enfin la parole, c’est d’abord pour s’interroger sur les mesures de sécurité en vigueur dans les tribunaux saxons... mais surtout pas pour aborder le fond. Et c’est là que l’on peut s’interroger ! La dimension xénophobe de l’affaire est, pendant une semaine, totalement occultée.

« Si Marwa avait été juive, cela aurait suscité d’autres réactions », regrette le quotidien égyptien Al-Shorouk. Marwa est la victime de l’islamophobie occidentale. ».
Marwa el-Sherbini, la victime véritablement innocente, est considérée en Egypte comme « une martyre du foulard », et plusieurs manifestations ont lieu dans le pays. En Allemagne, rien, ou seulement un débat sur le portique de sécurité qui n’a pas fonctionné, sur les fouilles mal faites et sur les mesures concrètes à prendre. En fait, ce sont les manifestations en Egypte, qui réveillent quelques consciences endormies ! Pourquoi ces gens là protestent-ils contre un fait divers, qui ne dénote rien d’autre que le déséquilibre mental d’un assassin marginal. Sauf que ces faits du quotidien se reproduisent de plus en plus à travers l’Europe, donneuse de leçons au reste de la planète !

Sans les réactions outrées des associations musulmanes - et juives - dénonçant le racisme rampant et, surtout, sans la colère des Egyptiens, l’affaire serait sans doute restée consignée aux pages faits divers de la presse locale dans l’ex-RDA, dans laquelle les événements de ce type sont légions. « La haine de l’islam est en train de devenir une forme acceptable du bon vieux racisme », déplore le quotidien Tagesspiegel.

La perception de ce crime change lorsque l’opinion allemande découvre avec stupeur, en début de semaine, les images de l’enterrement de la victime : des milliers d’Egyptiens, le visage défiguré par la colère ou la douleur, brandissent à Alexandrie le cercueil de la défunte. Berlin est bien obligé de sortir de sa réserve. Le gouvernement fait savoir, contraint et forcé, qu’Angela Merkel rencontrera Hosni Moubarak en marge du G8, pour évoquer le meurtre « apparemment xénophobe » (sic) de Dresde.

Au lendemain du crime, le porte-parole du gouvernement estimait que les circonstances étaient « trop floues » pour prendre position... Lamentable car il ne fait aucun doute, absolument aucun doute de la nature raciste du meurtre. Le néo-nazi était arrivé de Perm, dans l’Oural russe, en 2003, et, selon la presse allemande, se serait battu en Tchétchénie aux côtés des troupes russes avant d’émigrer en Allemagne. Avant de frapper sa victime, devant le tribunal passif, il l’a apostrophée :

« Quel droit avez-vous de vivre ici ? Vous n’avez rien à faire ici. J’ai voté pour le NPD. Tout ça sera fini quand le NPD sera au pouvoir... »

On sait aussi qu’en Russie règne, grâce à l’indifférence du pouvoir, un climat de racisme outrancier, dont on ne parle guère dans les pays occidentaux. En Roumanie, en Slovaquie, en Bulgarie, en Pologne, en Autriche, en Italie, aux Pays Bas, au Danemark, les idéaux du NPD sont relayés par des partis solides, s’appuyant sur un populisme ravageur !

D’après Jean-Marie DARMIAN pour ACTUALITÉ

Deuxième heure des Chroniques rebelles : Le Cercle Théo
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