Anarchism in America (4)

Film de Joel Sucher et Steven Fischler
dimanche 5 juillet 2009
par  CP
popularité : 16%

Film proposé en version originale avec une traduction française

http://video.google.com/videoplay?docid=5896151564855675002

Ou

http://vodpod.com/watch/524190-anarchism-in-america

Anarchism in America (1h 13’ 45")

Suite de l’interview de Murray Bookchin :

… l’anarchisme qui, seul, pose le problème de la domination de classe et de la domination hiérarchique.

L’anarchisme est seul à poser la question non seulement de l’exploitation économique, mais de l’exploitation dans toutes les sphères de la vie. Et c’est cette conscience de la hiérarchie qu’il faut comprendre par delà le concept de classes et d’exploitation : la domination. C’est ce qui m’a amené à l’anarchisme et à une perspective anarchiste.

Musique : Power and Autority par King Short Shirt sur des images gouvernementales de techniques d’entraînement anti-émeutes.

Extrait de Yippie Film, 1968.

Israel Davies :

Salut ! Je suis Israel Davies pour le casque Yippie (Youth International Party). Vous savez, la nature a sa manière à elle de protéger les choses artificielles et les choses naturelles. Voici un jaune d’œuf. Regardez comment la nature a protégé cet œuf : avec rien. La nature est véritablement un casque, un casque naturel pour l’œuf dont la coquille est faite de calcium. Regardez ce policier détruisant l’œuf avec sa matraque. C’est nul. La protection naturelle de la tomate, rouge et brillante, est également sans effet quand le policier la détruit avec sa matraque. Regardez cette courge. Tout le monde croit que cette courge est le mouvement puissant du monde végétal. Mais le policier
la détruit aussi. L’aubergine ! L’aubergine est souple mais elle est abîmée de l’intérieur. La mort. La citrouille. Ce qu’il y a de plus proche de la tête humaine. S’il y a contact avec la matraque du policier, regardez ce qui arrive.
Et maintenant, la tête d’un Yippie, le casque humain naturel : un traumatisme cranien.

Musique : Power and Autorité sur des images des manifestations antinucléaires à Washington DC en 1979 (slogans : “Plus de nucléaire !”). Interview de Ed Hedaman de la ligue des War resisters (résistants à la guerre).

Q - Nous faisons un film sur l’anarchisme aux États-Unis. Existe-t-il une influence anarchiste sur le mouvement antinucléaire ?

Hedaman - Sans aucun doute et importante. Mais pas tellement dans
une opposition explicite à l’État en tant que tel, ce qui est la forme la
plus courante de l’anarchisme, mais dans un mode de fonctionnement
non centralisé. Les participants à ces manifestations ont le désir de changer leurs vies et d’être actifs plutôt que d’obéir aux ordres. C’est
ainsi que cela marche, mais cela ne réussit pas toujours.

Il y a une tendance vers le décentralisme, pour une opération consensuelle, et, de ma perspective, une tendance vers une alternative non-violente, parce que l’État est, je crois, la violence ultime. Cette puissance nucléaire, c’est de la violence. La puissance nucléaire est centralisée et nous voulons une autre société, d’où auront disparu toute forme de centralisme et d’autoritarisme, une société qui réponde aux besoins véritables des êtres humains.

La ligue des War Resisters tente d’occuper la centrale atomique de Shoreham, à Long Islang, en 1979.

Le policier - Vous ne pouvez pas bloquez cette route.

Hedaman - Nous ne bloquons pas la route.

Le policier - Vous ne comprenez pas. Si nous vous laissons passer en voiture, il faudra laisser passer tout le monde. Nous ne pouvons permettre l’accès à un millier de voitures.

Hedaman - Et vous avez le pouvoir de faire ce que vous voulez.

Le policier - Nous suivons les ordres.

Ed Hedaman (en voix off) :

Les formes anarchistes d’organisation sont une forme d’organisation qui incluent la communication et la prise de décision de tous ceux qui sont concernés. Mais l’organisation anarchiste et les décisions engagent aussi directement les personnes vis-à-vis de leurs décisions et des conséquences de celles-ci au lieu de déléguer à quelqu’un d’autre cette tâche. C’est la participation directe dans les décisions et l’action.

Dans le mouvement antinucléaire, cet élément d’action directe s’ajoute à de nombreuses actions de désobéissance civile comme stopper la construction d’une centrale nucléaire. Les anarchistes — d’après ma définition de l’anarchisme — sont cohérents dans le lien qui existe entre finalité et moyens. Pour moi, si l’on est anarchiste, on est aussi non violent. Le lien est très clair. Une personne non violente — qui croit à la non violence — est une personne qui pense que la société à construire est une société sans violence, sans guerre et sans injustice. Et utiliser les guerres, la violence et l’injustice pour construire cette société revient à être contre productif.

Hedaman et son groupe sont arrêtés en tentant de pénétrer à l’intérieur du périmètre de la centrale nucléaire.

Q - C’est légal de parler comme vous le faîtes aux gens de l’autre côté de la barrière ?

Hedaman : Aucune importance. Je fais ce que je veux, légal ou pas.

Q - Est-ce qu’ils ont serré les menottes ?

Une femme : Oui, c’est vraiment serré, très serré.

Q - Que ressentez-vous maintenant que vous avez été arrêté ?

Hedaman : Je me sens mouillé.

Q - Plus mouillé que mouillé. Cela vous plaît ?

Hedeman : Bien sûr.

Une femme - Nous avons fait ce que nous devions faire.

Hedaman - Sinon nous ne l’aurions pas fait.

1980. Rencontre au Libertarian Party. Intervenant : Murray Bookchin.

Murray Bookchin

Le problème fondamental lorsque je rencontre dans les mouvements de gauche des socialistes et des marxistes, c’est qu’ils me traitent d’individualiste petit bourgeois. Un qualificatif qui est censé m’atteindre.
Je suis traité d’individualiste petit bourgeois par les étudiants et les universitaires qui n’ont jamais expérimenté le travail en usine, alors que j’ai passé des années dans les usines et les syndicats, dans les fonderies et les usines de construction d’automobiles. Ainsi, après avoir avalé le qualificatif de “petit bourgeois”, je me fiche du terme “individualiste”.

Je crois en la liberté individuelle. C’est de cela qu’il est question. C’est
de cela qu’il s’agissait avec le socialisme ou avec l’anarchisme, c’est
hélas cela qui a été trahi. Et lorsque je discute avec mes soi-disant collègues de gauche — socialistes, marxistes, communistes — ils
me disent qu’après la révolution, ils m’exécuteront. C’est dit avec certitude. Ils me colleront au mur avec Karl (Hess) et se débarrasseront
rapidement de nous. Je me sens plus en sécurité avec vous.

Entretien avec Ed Clark, candidat à la présidence du Libertarian Party en 1980.

Ed Clark - Le Libertarian Party est un parti libéral classique. Et un parti libéral classique croit que les gens sont bons, qu’ils sont capables de prendre soin d‘eux-mêmes et que le plus sûr moyen de créer une société meilleure est d’avoir un gouvernement restreint et de payer moins d’impôts. Donc nous réduirons les impôts, nous réduirons les dépenses publiques, nous réduirons les investissements militaires à l’étranger et nous écarterons le gouvernement de la mainmise qu’il a sur nos vies.

Q - Il existe une confusion entre les termes “anarchisme” et “libertarianisme”. Quelle est la différence entre libertarian et anarchiste ?

Ed Clark - Je pense que par anarchie, vous voulez dire désordre et violence. Le Libertarian Party n’a rien avoir avec cela et nous pensons au contraire que notre programme créera une société paisible.

Q - Je ne veux pas utiliser le mot “anarchiste” dans un sens péjoratif. Mais anarchiste à la manière de Murray Bookchin, ou encore comme l’idéologie de nombreux anarchistes de gauche. Des anarchistes sérieux. Y a-t-il une différence entre ces anarchistes et les libertarians ?

Ed Clark - Je pense que le Libertarian Party dans son ensemble souhaite faire des coupes importantes dans le gouvernement, mais en tant que mouvement politique, je ne crois pas que les Libertarians envisagent l’élimination du gouvernement comme alternative immédiate.

Karl Hess, interview

Hé bien, c’est difficile à dire sur la base rhétorique du parti parce qu’après tout, ils se présentent pour être des représentants de l’État. Mon expérience m’a appris néanmoins que la plupart de ceux qui sont dans
le Libertarian Party ont vraiment des tendances anarchistes.
Même s’ils ne disent pas être anarchistes, au moins la plupart d’entre
eux diront qu’ils sont libertaires. Et chose intéressante, ils ont une analyse élaborée de leur refus d’être conservateurs.

Mon impression est qu’il faut bien toute la Nouvelle Gauche pour analyser correctement les libéraux américains, tandis que les Libertarians font une meilleure analyse des Américains conservateurs. Ce sont des gens bien et à l’intérieur du parti, il y a probablement plus de personnes ayant des tendances anarchistes que dans n’importe quelle autre organisation du pays.

Commentaire du narrateur sur des images d’archives, affiches, journaux…

Le libertarianisme a ses racines dans l’individualisme américain. Bien que l’individualisme américain se soit développé indépendamment de l’anarchisme européen, les deux idéologies partagent un profond mépris de l’État.

Fin de la quatrième partie du film

Anarchism In America (4)