Le Jour de l’addition. Aux sources de la crise de Paul Mattick (L’Insomniaque)

Samedi 5 septembre 2009
dimanche 6 septembre 2009
par  CP
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Le Jour de l’addition.
Aux sources de la crise
de Paul Mattick (L’Insomniaque).

(traduit par Norbert Gobelin et Rémi Trom)

Préface de Charles Reeve

Avec Julius, Gobelin et Charles.

Assèchement des liquidités, déséquilibres commerciaux colossaux, baisse vertigineuse du taux de profit : l’actuelle crise du crédit est, tautologiquement, une crise de confiance qui affecte les fondements mêmes de l’économie marchande. C’est ce que décrit Paul Mattick dans ce recueil de quatre articles sur la crise économique amorcée aux Etats-Unis.

À contre-courant des économistes sociaux-démocrates ou des libéraux fraîchement convertis à l’interventionnisme étatique, Mattick souligne qu’aucune politique keynésienne — pas plus qu’un simple « retour de la confiance » — ne résoudra les problèmes que soulève cette crise. La source de tous ces problèmes, c’est le rapport social capitaliste lui-même. Tant que les êtres humains ne sauront pas le dépasser en actes, les aberrations du système ainsi que les calamités sociales, culturelles et environnementales se perpétueront et s’aggraveront. Face à l’affaiblissement de l’ubuesque caste financière, déconsidérée et privée pour l’heure de marge de manœuvre, la balle est plus que jamais dans le camp de la multitude tumultueuse.

Les chantres du système et leurs spécialistes aux ordres se plaisent à présenter la crise comme un grand corps malade méritant « tous les soins politiques et moraux ». Quels sont ces soins ? Certainement les milliards de dollars donnés aux banques !

La crise actuelle « masque les pathologies qui l’ont fait naître », mais néanmoins le système est susceptible de se rétablir en retrouvant la « croissance positive » — oh miracle ! —, grâce à un « capitalisme moral » et la reprise qui « se dessine » à l’horizon de 2010 dans ce « meilleur des mondes », libéral et merveilleux, le seul qui assure la Démocratie. Le grand mot est lâché, la démocratie contre l’effondrement des valeurs occidentales : gimmick nécessaire pour faire avaler la pilule des réformes réactionnaires. Selon nos économistes médiatiques émérites, les « lois naturelles » du système présentent bien évidemment quelques défauts, négligeables ou peanuts pour parler actuel. Alors pourquoi donc le peuple — pardon le « contribuable » — ne serait-il pas le moteur — ou le dindon, au choix — de la remise à flots de ce système tant vanté ?

« L’argent [ainsi ponctionné sera] dépensé non pour financer des biens ou des services, mais uniquement pour remplacer les sommes d’argent extravagantes qui ont désormais quitté ce monde cruel — ou, plus précisément, l’argent que les gens tenaient pour réel et qui s’est révélé fictif… »

Au « Greed is good » (La cupidité est bénéfique) — formule qui a fait flores —, on oppose à présent une « reprise d’ordre moral » et la nécessité d’une « dimension politique morale » pour faire bonne mesure face à une crise mondiale de la civilisation de marché.
Toujours des formules… Tandis que les nantis nous mènent, en tout cynisme, vers des catastrophes irréversibles, fascinés qu’ils sont par le profit à court terme — et à courte vue ! —, et par la doctrine du « Après nous le déluge ! » si souvent appliquée au XXe siècle.

« La crise économique actuelle n’est qu’un épisode de la crise sociale permanente par laquelle se reproduit […] le capital, [et] cet épisode lui-même reflète la banqueroute morale et culturelle du modèle de civilisation capitaliste. »

Le Jour de l’addition de Paul Mattick est un livre essentiel par ce retour aux « sources de la crise » qu’il opère afin de mieux saisir le processus capitaliste dont la finalité est claire : plus de richesse pour les riches, et plus de misère pour les pauvres. L’accumulation du capital, c’est l’accumulation de la pauvreté et les crises profitent amplement au capital.
Explication trop simpliste diront les spécialistes de la communication qui se livrent à des prouesses médiatiques qui sont autant d’écrans de fumée destinés à brouiller les pistes d’une analyse critique ou d’un simple constat de bon sens. Il ne s’agit pas en effet de penser, mais d’écouter les paroles, tour à tour inquiétantes et apaisantes, des spécialistes aux ordres des puissants.

«  Au vu de l’histoire du capitalisme, on peut s’attendre […] à ce qu’ils nous entraînent dans de nouveaux désastres, assurément cruels […] et peut-être fatals, à l’espèce humaine — mais bénéfiques […] pour l’économie… Car un tel système ne peut surmonter les calamités que par de plus grandes calamités, sous peine d’abdiquer l’empire du monde. »

Alors, que faire ? Comme l’écrit Paul Mattick, car finalement c’est ce qui nous importe, au-delà du constat navrant d’un désastre social et écologique. Résister ? La résistance s’inscrit dans une remise à plat des diatribes des économistes vantant un système aberrant qui aboutit immanquablement à la paupérisation des populations et à des catastrophes écologiques.

Que faire ? Sauver les êtres humains en priorité, pas les banques.

Sur les banderoles, dans les dernières manifestations, on pouvait lire :

People, not profit ! (Le peuple, pas le profit !)

« On préfère se persuader que la croissance reprendra son cours “naturel”. Or, si l’extension de la dette suffisait à engendre la prospérité, nous vivrions déjà dans un âge d’or. Le problème, c’est que les sommes gigantesques qui ont circulé dans le monde entier au cours des trente dernières années ont moins conduit à la croissance de ce que les économistes, par les temps qui courent, nomment “l’économie réelle” (la production , la distribution et la consommation de biens réels et de services tangibles) qu’à l’expression d’une économie virtuelle dont la vraie nature devient en ce moment visible à tous — et qui a avant tout profité au secteur financier. » Paul Mattick, Le jour de l’addition.

« “La plupart […] des activités économiques ont pris la forme du gain et de la dépense d’argent”. Nous sommes tellement habitués à cette situation que nous remarquons à peine sa spécificité historique : nous avons tendance à oublier que, par le passé — dans la plus grande partie du monde, et jusqu’à très récemment —, la plupart des gens produisaient eux-mêmes une bonne part ou la plus grande part de leur nourriture, de leurs vêtements, de leur habitat et des autres biens indispensables à la vie. Il convient donc de se rappeler que, si l’argent est apparu et a eu une fonction importante dans de nombreux types de sociétés, la société capitaliste est la seule où il joue un rôle central dans la production et la distribution, au point que la quasi-totalité des biens et des services que nous utilisons au cours d’une journée a été acquise contre le paiement d’une somme d’argent. » Paul Mattick, Le jour de l’addition.