Le cinéma d’Elio Petri

Samedi 19 décembre 2009
vendredi 18 décembre 2009
par  CP
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Avec Paola Petri et Giorgo Mariuzzo

Le dernier festival du cinéma méditerranéen de Montpellier a proposé une rétrospective des films du cinéaste Elio Petri et cette possibilité, rare, de voir neuf des douze films de Petri a certainement été l’un des moment forts du festival.

Pourquoi si peu de rétrospectives ou de reprises des films d’Elio Petri ? Son cinéma est-il trop dérangeant ? N’existe-t-il plus de débat critique et de cinéma engagé en Italie ?

Elio Petri est-il « enterré par le système » ? Comme le dit Robert Altman dans le documentaire, Elio Petri, notes sur un auteur, de Stefano Leone, Federico Baci et Nicola Guarneri.

Il est vrai que les films de Petri, depuis l’Assassin — son premier long métrage en 1961—, sont de véritables coups de poings et n’ont certainement rien de consensuel. Todo Modo (1976), La Dixième victime (1965),
À chacun son dû (1967), La Classe ouvrière va au paradis (1971), Un coin tranquille à la campagne (1969) ou encore Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon (1970) sont tous des attaques du système et sont annonciateurs de dérives médiatiques et de crises politiques.

Films d’auteur, films populaires, le cinéma d’Elio Petri est assurément sulfureux et toujours aussi novateur. De quoi se demander si le cinéma italien a encore la puissance subversive des films de Petri, dont l’œuvre « s’est concentrée sur une série de personnages qui, avec leurs névroses, leurs problèmes mentaux et leurs phobies révèlent à différents niveaux comment la répression de la société capitaliste a un impact sur l’individu ».

Ses films se distinguent par une originalité sur le fond et la forme, dans le contexte de l’époque et encore aujourd’hui. Ils sont une démonstration percutante de l’humour noir et de la critique acerbe et sont servis par un casting de comédiens et de comédiennes hors pair et admirablement dirigés.
« Il faut être fou et aimer le cinéma pour faire un film ». Fou de cinéma, Elio Petri l’était. Issu d’une famille pauvre, d’instinct, il avait choisi la classe ouvrière et, tout naturellement dans cette Italie de l’après-guerre, il était devenu communiste : « Mon école a été la rue, les cellules du PC, le cinéma, les bibliothèques où je lisais les journaux du parti. »

Dans Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon, il traite de l’autoritarisme et fait ce constat : «  On redevient des enfants face à l’ordre établi. ». Le contenu anticonformiste du film est une attaque virulente du système qu’il analyse dans des termes sans aucune ambiguïté :

« L’État se manifeste au travers de la police. À l’égard du citoyen, l’État s’exprime par des lois qui sont normalement appliquées par l’exécutif ; or, l’exécutif est composé par la police et la magistrature. Les institutions qui représentent l’État dans la vie quotidienne sont toujours répressives ; il n’y
en a pas une seule qui ne le soit pas, pas une seule qui puisse réellement
être appelée démocratique. L’État a une telle méfiance à l’égard des citoyens que toutes les institutions tendent au contrôle et à la vigilance.
L’architecture de l’État est répressive et isolante : il s’agit de diviser les propriétés, de dresser des murs, de séparer, surveiller, contrôler…
Il n’existe pas dans le corps de la société un seul moment qui soit
libérateur à l’exception du vote. L’État concède au citoyen la possibilité
de s’exprimer par le vote, mais nous savons de quelle manière se manipule une élection. Ainsi, il s’agit d’une forme illusoire de libération.
La magistrature, les codes sont répressifs. Un code n’est jamais une affirmation, il est toujours une négation, une interdiction : le code ne dit jamais ce que l’on peut faire mais ce que l’on doit faire. L’État est
réellement le supérieur, le supérieur érigé en pouvoir universel.
 »

On ne peut être plus clair, dommage qu’Enquête sur un citoyen au-dessus
de tout soupçon
ne soit pas sur nos écrans. Le film n’a rien perdu de sa force.

Aujourd’hui, les cinéastes semblent bien frileux en comparaison des films d’Elio Petri qui fit ce commentaire sur la société et l’industrie du cinéma :
« À la fin de ma vie, je fis des films déplaisants pour une société qui voulait
du plaisant même dans l’engagement alors que mes films allaient au-delà du déplaisant.
 » Pourquoi ? «  Parce que j’ai la nette sensation d’avoir atteint un point où toutes les prémisses du temps de ma jeunesse n’ont plus de sens. La société suit une autre voie et cela ne pouvait que me marquer profondément. »