Femmes à la caméra : une autre image ?

Samedi 10 avril 2010
dimanche 11 avril 2010
par  CP
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Avec Hélène Fleckinger, auteure de nombreux articles sur le cinéma féministe engagé, notamment de « Y’a qu’à pas baiser ! » dans Une histoire du spectacle militant. Théâtre et cinéma militant 1966-1981, (sous la direction de Christian Biet et d’Olivier Neveux).

Hélène prépare un ouvrage sur le cinéma féministe et la représentation des femmes dans le cinéma. Elle est aussi responsable du fonds cinématographique de Carole Roussopoulos et présidente de l’association pour la préservation et la diffusion de ses films.

www.carole-roussopoulos.com

L’image est un enjeu majeur dans nos sociétés et sa place semble plus que jamais omniprésente dans un monde de « communication » qui impose quotidiennement ses codes et ses valeurs. Dans ce contexte, la question du genre et des rôles assignés par avance tient une place déterminante, le plus souvent au plan subliminal.

Jusqu’à la fin des années 1960, le cinéma des femmes est une exception. «  En France comme dans la plupart des pays occidentaux, leur place est devant la caméra, comme objets de désir du regard masculin, comme « chair à caméra », et non pas derrière. » À partir des années 1970, les femmes, en se dégageant « des figures sexistes stéréotypées, [proposent] une démarche politique d’autoreprésentation [et créent] des images qui leur sont propres et non pas imposées par un modèle masculin. »

Or, depuis que les femmes se sont emparé de la caméra, peut-on constater une évolution, un changement de regard sur les femmes ? Le phénomène du passage derrière la caméra a-t-il engendré une autre représentation des
femmes ? Le cinéma populaire a-t-il été influencé par cette nouvelle image revendiquée ? Dans la démarche de donner la parole aux femmes afin qu’elles s’expriment en tant qu’êtres humaines à part entière, le cinéma féministe et militant a-t-il eu un impact sur les mentalités ?

Il est vrai que cette réappropriation de la parole et de l’image est relativement récente puisqu’elle date des années 1970 et que l’on sait la difficulté à faire évoluer les mentalités, notamment en ce qui concerne la domination culturelle patriarcale. On le voit bien en ce qui concerne la féminisation du langage et les difficultés à l’imposer.
Il n’en demeure pas moins que la caméra est un outil puissant pour apporter une autre vision et bousculer les stéréotypes en cours. « Les féministes, écrit Hélène Fleckinger, en prenant la caméra en mains, ont acté leur refus de toute représentation qui tend à faire accepter aux femmes, dépossédées de leur corps et de leur parole, leur statut d’objets. […] La soumission n’est pas de l’ordre du naturel, […] la transformation de la société est possible et le cinéma permet de montrer ce que pourraient être de nouveaux rapports, qui ne soient plus de domination. Faire des films sur un vécu transposé, donner forme aux images d’oppression pour ne plus les vivre et inventer des images utopiques pour les réaliser. »

Depuis quatre décennies, les femmes sont plus nombreuses à s’imposer dans le domaine de la création en général, et dans le cinéma en particulier, elles ont leur propre regard sur la société, l’histoire, les luttes, le désir, la violence… Ce qui amène à poser une question sur l’émergence d’un autre cinéma, qu’il s’agisse d’ailleurs des diverses expressions cinématographiques, cinéma documentaire, d’animation, expérimental ou de fiction. Autrement dit, les images cinématographiques sont-elles assujetties à des critères de genre ? Il est évidemment d’actualité de se poser cette question en plein festival international de films de femmes.