Fièvre de Wallace Shawn avec Simona Maïcanescu

Samedi 23 janvier 2010
dimanche 24 janvier 2010
par  CP
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THÉÂTRE :

Fièvre

de Wallace Shawn

Avec Simona Maïcanescu

Vous ne trouvez pas — quand vous voyagez dans un pays inconnu — que les odeurs sont plus fortes,
plus dérangeantes ?

Et quand vous vous réveillez en sursaut au milieu de la nuit — quand vous vous réveillez à une
heure bizarre — quand vous voyagez et que vous vous réveillez dans un endroit inconnu, vous n’avez pas peur ?

Je n’arrête pas de trembler… Pourquoi ?

Seule sur scène, Simona Maïcanescu. Seule… avec une femme qui prend conscience. Seule… avec les inégalités, l’injustice, la misère. Seule… avec un texte poignant.

FIÈVRE

de Wallace SHAWN

Mise en scène : Lars NOREN

Interprétation : Simona MAÏCANESCU (Traduction et adaptation du texte)

(durée 1h15)

Jusqu’au 28 février 2010

THEATRE DES MATHURINS
36 Rue des Mathurins
75008 PARIS

Fièvre… Instant de crise intense, malaise et prise de conscience… Tout l’univers confortable d’une femme bascule dans un chaos où s’affrontent ses anciens repères, des souvenirs d’enfance et le choc d’une réalité qu’elle ne peut plus éluder. Impossible en effet d’esquiver, de contrôler des images si présentes qu’elles éclatent à la figure, si présentes qu’elles envahissent sa vie jusqu’à la nausée.

« Fièvre, explique Wallace Shawn, est une tentative « d’énoncer l’évidence » pour que l’évidence, tout à coup, saute aux yeux.

La question se pose de manière brûlante aujourd’hui où beaucoup de gens pensent que les problèmes du monde sont dûs aux différences de religion. L’injustice, particulièrement l’injustice économique, demeure la principale cause de la rage que tout un chacun ressent autour de soi. Au Brésil, les gens habillés d’un T-shirt qui dépeint le visage de Ben Laden ne le portent pas parce qu’ils sont musulmans – ils NE SONT PAS musulmans. Ils sont juste enragés contre l’injustice économique. L’injustice est brutale, sidérante, elle est partout et elle n’est pas du tout cachée : il est effrayant de constater que même les esprits les plus clairvoyants d’aujourd’hui n’en perçoivent, et encore de temps en temps, qu’une lueur. »

Wallace Shawn, New York, 27 novembre 2008.

Le personnage de Fièvre est ici une femme qui ne parvient plus à s’étourdir et à se contenter des slogans lancés par les politiques ou des idées reçues sur la misère et les « pays émergeants », ou du tiers Monde — comme on dit —, bref des pays pauvres et souvent sous domination économique occidentale. Il n’est pas question d’employer une novlangue adaptée à la mauvaise foi des nantis. Il y a ceux et celles qui vivent sans soucis matériels et bénéficient de la libre circulation, et puis il y a les autres. Les « autres » survivent ou crèvent, et parfois tentent d’échapper à la misère, mais sont interdits de séjour, de travail, de refuge dans les pays occidentaux.

Le personnage de Fièvre, une femme — cela pourrait tout autant être un homme, le genre importe peu —, une femme qui soudain ne peut plus fermer les yeux sur la justice à deux vitesses, sur le décalage entre pays riches — (pas pour tout le monde d’ailleurs)— et pays pauvres… Une femme qui s’insurge contre une société, la sienne, contre elle-même, contre les conventions, les valeurs inculquées depuis l’enfance… Mais peut-être… elle les regrette aussi dans cette nuit chaotique qui la bouleverse.

La prise de conscience est violente lorsqu’elle fait irruption dans une vie planifiée. Un grain de sable et tout dérape… Le système dans son absurde injustice lui saute à la gueule. Elle est perdue… À la fois pathétique, attendrissante et vaine. Seule au milieu d’une nuit…

L’auteur : Wallace Shawn

« J’ai écrit Fièvre — à peu près entre 1985 et 1990 — dans un état d’esprit extrême et dans une drôle de croyance dans les pouvoirs de l’écriture, que je n’ai plus aujourd’hui. Fièvre parle de l’inégalité économique, ce paysage choquant que l’on traverse tous chaque jour et que la majorité ne réussit plus à voir. J’en ai entrevu quelques images à l’époque — [Je ne sais] comment — qui ont balayé à jamais le point de vue heureux que j’avais sur moi-même et sur ma vie. J’étais soudain capable de me détester, je détestais les dîners avec mes amis. Je leur disais : “Regardez – il y a des arbres dans ce pré ! Vous ne les voyez pas ?” Et mes amis répondaient : “Bien sûr que je les vois. Qu’est-ce que tu veux dire ? Je les vois, je les ai toujours vus. Ils ne sont pas cachés.” Et moi : “Non, mais vous les VOYEZ vraiment ?“

J’ai été saisi par la conviction que je ne pouvais transmettre ce que je voyais qu’à travers l’écriture, une pièce de théâtre. J’ai écrit Fièvre, d’abord comme un moyen de communiquer, pour essayer de montrer vraiment à mes amis ce qu’ils croyaient déjà avoir vu. Fièvre est une tentative “d’énoncer l’évidence” pour que l’évidence, tout à coup, saute aux yeux.

La question se pose de manière brûlante aujourd’hui où beaucoup de gens pensent que les problèmes du monde sont dûs aux différences de religion. L’injustice, particulièrement l’injustice économique, demeure la principale cause de la rage que tout un chacun ressent autour de soi. Au Brésil, les gens habillés d’un T-shirt qui dépeint le visage de Ben Laden ne le portent pas parce qu’ils sont musulmans — ils NE SONT PAS musulmans. Ils sont juste enragés contre l’injustice économique. L’injustice est brutale, sidérante, elle est partout et elle n’est pas du tout cachée : il est effrayant de constater que même les esprits les plus clairvoyants d’aujourd’hui n’en perçoivent, et encore de temps en temps, qu’une lueur. »

(27 novembre 2008, New-York. Traduction : Simona Maïcanescu, Bernard Pico)

Le metteur en scène : Lars Norén

« Je suis contre l’idée préconçue que le théâtre doive légitimer son existence dans la société. Qu’il doive avoir une responsabilité sociale, une dimension humaniste pour justifier de ses actions.

Le théâtre est important par le simple fait qu’il existe, de la même manière que la musique, la philosophie, la danse existent. S’il n’atteint pas la vérité, il se métamorphose jusqu’à ne plus être. Il cesse d’exister s’il n’accède pas à notre identité propre. Il nous enrichit en tant qu’individu. Il nous apprend plus sur nos devoirs que sur nos droits. On n’a pas besoin de lui donner un euro pour qu’il nous en rende trois. Il n’est pas aujourd’hui en crise. Il est toujours en crise. Même s’il semble marginal, abstrait ou puéril, il demeure une
“église“, un sanctuaire de vérité. La société et le théâtre sont toujours en crise, la même crise. Il n’y a jamais de répit, jamais de tranquillité.

Malgré ou à cause de ce que je viens de dire, j’ai décidé de mettre en scène Fièvre de Wallace Shawn, non seulement parce que c’est un beau texte, majeur, terrifiant mais parce qu’il nous est indispensable. Il décrit la vie, ou plutôt la fuite de la vie. Notre vie à nous et celle des autres dans la société occidentale.

Ce que pour notre bien-être matériel nous sacrifions et détruisons. Il ne dit rien qu’on ne sache déjà mais il le dit avec une implacable rigueur.
Quand j’ai lu Fièvre, quelque chose en moi a changé et j’ai eu envie de m’atteler à la création d’un spectacle qui puisse peut-être changer les gens – malgré eux.

J’aurai beaucoup à apprendre en étant l’œil et l’oreille de Simona — qui a rendu possible cette rencontre avec Fièvre. »

(6 décembre 2008, Stockholm. Traduction : Nelly Bonnafous, Mariana Forssell-Latouche)

L’interprète : Simona Maïcanescu

« Fièvre est un texte de Wallace Shawn que j’ai découvert à New-York.
Été 2003/Hiver 2005 — la chance de travailler avec Lars Norén, et de faire un long voyage appelé GUERRE. Commencé en France, le voyage s’est poursuivi en Europe et au Canada.

Automne 2006 — le temps d’un festival international de théâtre à Stockholm, aux côtés de Lars, mise en route d’un premier travail en anglais sur le texte américain.

Printemps 2008 — retour dans mon pays natal : regarder, écouter, comprendre où il en est de son Histoire après tant d’années de laminage communiste.

Novembre dernier — New-York à nouveau : voir de près l’élection présidentielle, rencontrer Wallace Shawn pour parler enfin de son texte. Moments inoubliables.

De retour à Paris, dans mes bagages : la nouvelle version de Fièvre.
Tout compte fait, je suis une fille de l’Est qui voyage sans répit.
Terminal 2 F … c’est là où j’embarque d’habitude.

Je ne sais m’arrêter que sur une scène. C’est là où je me sens le plus "chez moi".
Voyager sans cesse entre ces deux mondes : le pays qui est le mien, happé par la jungle capitaliste, les pays occidentaux qui questionnent leurs démocraties fatiguées.

Plus je voyage, mieux je vois les décalages, les injustices, la violence du monde, la force de la vie. Pouvoir vous en parler... C’est ma FIÈVRE.

Terminal 2F (2 décembre 2008, Paris)