Réfractions n° 24 Des féminismes…

Samedi 10 juillet 2010
samedi 10 juillet 2010
par  CP
popularité : 9%

« Nous voulons plutôt, en cette année anniversaire, partir d’un constat : l’extrême diversité aujourd’hui des approches de la question féministe, et à partir de là, nous focaliser sur les thématiques débattues actuellement dans les milieux libertaires.

L’acquis de ce mouvement politique, collectif, imaginatif a été en effet de faire reconnaître par la société tout entière la question de l’inégalité de la condition des femmes comme question centrale, et de donner une légitimité aux revendications d’égalité et de visibilité, portées par le féminisme. Au fil du temps, la radicalité originaire s’est un peu émoussée, et les innovations théoriques se sont parfois affadies, cédant le pas à des travaux plus universitaires et spécialisés (sur l’égalité professionnelle ou le droit de la filiation) tandis que perduraient des pratiques de lutte soutenues, même si moins spectaculaires, dans les domaines syndicaux, de vie quotidienne ou de présence des femmes dans l’espace public. »

Y’en a pas une sur cent et pourtant elles existent… Les féministes. Elles luttent contre les inégalités et contre un machisme latent et bien ancré dans les mentalités.

En France, depuis des années, il est de bon ton d’ironiser sur le mouvement féministe en s’attachant à le caricaturer ou en soulignant les désaccords, les dissensions ou les contradictions qui le traversent… À croire que c’est l’unique mouvement qui serait en proie à ce type de problèmes ! Mais, finalement, est-ce un aspect important du mouvement féministe ?

L’aspect essentiel n’est-il pas d’infléchir un changement des mentalités et de s’opposer à des lois, qui ont relégué, et relèguent encore, les femmes dans un rôle secondaire ou subalterne ? Il faut changer des habitudes qui banalisent les inégalités dans les itinéraires professionnels et les font considérer comme naturelles. On sait bien la difficulté de faire évoluer des mentalités encombrées par des clichés et des idées reçues, anciennes et tenaces. La discrimination de genre est l’une des tares des sociétés, nourries par les religions bien sûr, mais aussi par l’hypocrisie des pouvoirs.

De la même manière qu’il a été commode de présenter les « indigènes » comme des sous-hommes et des sous-femmes pour les coloniser, les dominer et les massacrer sans états d’âme, il allait de soi de circonscrire le rôle des femmes au service des hommes — père, mari, fils ou dieu —, et de décréter ensuite que les femmes n’étaient finalement que des moitié d’hommes, incapables d’aspirer à une autonomie, régies uniquement par l’affect et seulement bonnes à faire des enfants, à séduire ou à être le repos du guerrier.

Ne dit-on pas d’une petite fille qui refuse l’image qu’on lui impose — celle de future maman jouant à la poupée — que c’est un « garçon manqué » ? Manqué, vous voyez la nuance… Elle est ratée la fille qui rêve sans doute d’autre chose que de « petite maison dans la prairie », de faire des gosses ou encore du chevalier arrivant sur son destrier blanc pour lui révéler l’amour !

D’ailleurs, même au sein du mouvement anarchiste, les femmes ont souvent dû compter sur leurs propres forces pour imposer une égalité jugée trop théorique ou déconnectée de la lutte pour l’émancipation de tous. La revendication d’une égalité entre les sexes reste un sujet de controverse dans les mouvances révolutionnaires comme au sein de la société. Si l’élan révolutionnaire réapparaît épisodiquement suivant une logique conjoncturelle quasi imprévisible, les réalisations d’une pratique véritablement libertaire et égalitaire en matière de rapports entre femmes et hommes sont encore plus épisodiques.

Avec Réfractions, il sera question aujourd’hui des débats qui animent le mouvement féministe. À noter cependant qu’il a fallu attendre le numéro 24 pour parler de féminisme.

Dans ce contexte, il est bon de rappeler que les anarchistes revendiquent la liberté et l’égalité pour tous les individus, ce qui induit entre les sexes, et que la plupart des théoriciens anarchistes sont à ce propos sans ambiguïté, si l’on excepte évidemment Proudhon, par exemple :

« Je ne suis vraiment libre que lorsque tous les êtres humains qui m’entourent, hommes, femmes, sont également libres. » Bakounine, Dieu et l’État.

« […] Combattons la prétention brutale du mâle qui se croit maître de la femelle, combattons les préjugés religieux, sociaux et sexuels. » Errico Malatesta, « Le problème de l’amour ».

Avec Monique Boireau-Rouillé, Héloïsa Castellanos ET Eduardo Colombo.