Samedi 31 juillet 2010

mercredi 4 août 2010
par  CP
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Samedi 31 juillet 2010

(Rediffusion)

Quel sport ?

Football. Une aliénation planétaire

N° 12/13 mai 2010

Avec Fabien Ollier et Jean-Marie Brohm

Ça y est, les jours de gloire sont arrivés. Comptez quatre semaines
d’idolâtrie pour les « demi-dieux » des stades entourés cette fois de
towships misérables, quatre semaines d’occultation des réformes gouvernementales — bonne affaire pour le gouvernement ! —,
quatre semaines où la novlangue sera guerrière et patriotique avec
comme termes repères : coup franc, penalty, tir au but, ailier gauche,
droit, centre et autres arrières et milieu de terrain.

L’imaginaire sera dopé au ballon rond et, si vous n’avez pas choisi d’équipe, à défaut de clan, vous allez ressentir un grand moment de solitude ! Dans la rue, les cafés, les gens seront scotchés aux écrans plats, grand format, en 3D, et dans les transports ce sera : «  T’as vu, le shoot qu’il a fait hier ? Grandiose ! Et l’arbitre ? Putain, quel con ! On va perdre si ça continue ! La main, mais quelle main ! » Et je vous passe les commentaires sur les téléphones portables. « Pour que des centaines de milliers de supporters puissent bénéficier de leur train de vie usuel, une acculturation destructrice et une soumission aux valeurs du fric vont réguler les rapports humains pendant un mois de grand show planétaire. »

Les yeux de millions de téléspectateurs rivés sur la baballe, les cris de joie aux buts marqués, de frustration pour les balles manquées… Ce n’est plus « Va chercher la baballe ! », mais « Regarde dans quel camp atterrit la bababalle ». Pas étonnant qu’il faille s’abrutir de bière pour s’exciter sur un enjeu aussi absurde qu’illusoire. « On a gagné ! » hurlent les supporters à l’issu d’un match, d’une confrontation qui met face à face 22 mecs surpayés et hissés au rang d’idoles. Mais gagné quoi ? Un moment de nationalisme délirant qui gomme les frustrations quotidiennes, les problèmes, les médiocrités et les drames ?

Les politiques ne s’y sont pas trompés qui enfourchent le train des supra supporters « communiant » ainsi avec le peuple l’espace d’un match et d’un hymne national. Le foot, la coupe et tout le cirque marchand : beau miroir aux gogos et abrutissement assuré !

Va falloir se planquer dans un trou pour échapper à cette excitation footballistique et à ce moment d’hystérie collective ! Et je ne parle pas de tous les gadgets qui accompagnent ce délire orchestré… Il n’y a pas de petits profits. Le fétichisme de la marchandise va atteindre des sommets car elle se double d’une messe extatique dont les acteurs sont deux fois « onze bandits
manchots » qui se disputent une balle, comme l’écrivent Fabien Ollier et Christophe Dargère dans "Afrique du Sud 2010 : la Coupe immonde des townships" (Quel sport ? N° 12/13 mai 2010).

La bande son ? Hymnes patriotiques, holas et hurlements de beaufs internationaux. Que vous souhaiter dans cette ambiance qui, selon les médias, concerne tout le monde ? Dans cet élan quotidien de beaufitude ?

Allez au cinéma et bon courage !

http://www.quelsport.org/


Jean-Marie Brohm et Fabien Ollier