Le petit Maurice dans la tourmente, 1940-1944. Quatre ans parmi les sous-hommes de Maurice Rajsfus, dessins de Mario et Michel D’Agostini (Tartamudo)

Samedi 2 octobre 2010
dimanche 3 octobre 2010
par  CP
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Le petit Maurice dans la tourmente
1940-1944

Quatre ans parmi les sous-hommes

Bande dessinée de Maurice Rajsfus, dessins de Mario et Michel D’Agostini (Tartamudo)

Avec Maurice Rajsfus.

Le petit Maurice dans la tourmente

Juin 1940, les troupes allemandes occupent Paris. La police française se met aux ordres de l’occupant, sans état d’âme. Très vite, des lois raciales sont promulguées par le gouvernement français. L’une d’elles institue « un Statut des Juifs de France » qui a pour conséquence d’exclure les juifs de la fonction publique et l’interdiction d’exercer de nombreux métiers… En 1942, le petit Maurice doit porter l’étoile jaune…

Dans les Chroniques rebelles, nous avons souvent, avec Maurice Rajsfus, évoqué cette période de la collaboration. Tout d’abord avec son livre sur le camp de Drancy — Drancy. Un camp de concentration très ordinaire —, et tout au long de ses nombreux livres qui reviennent sur cette collaboration avec les nazis, en particulier celle des institutions et de la police française. Le gouvernement français de la collaboration était dans l’allégeance à une idéologie basée sur le racisme d’État.

Il faut rappeler que, dès 1939, les réfugié-es espagnol-es, fuyant en France les troupes franquistes, avaient été enfermé-es dans des camps, parqué-es dans des conditions épouvantables et inhumaines, les familles avaient été séparées… Le pays qui s’octroie l’image de champion des droits humains a prouvé là aussi que l’image communiquée est une chose et que la réalité en est une autre. L’enfermement des étranger-es s’est donc « naturellement » perpétré après que Pétain ait fait « don de sa personne à la France » ! Ce militaire qui avait fait fusiller des soldats français pendant la Première Guerre mondiale, pour l’exemple, pour avoir chanté l’Internationale et afin de continuer la Grande boucherie, celui-là même se rendait à «  l’invitation du führer » de «  son plein gré  ».

Les rafles se multiplièrent, accomplies par une police française soucieuse de faire son « devoir »… D’abord l’arrestations des étrangers, juifs et réfugié-es politiques antinazis et, par la suite, des juifs français — il fallait faire du chiffre ! —, la comptabilité macabre s’est poursuivie et la police française s’est montrée efficace. La pratique des rafles s’est donc généralisée dans la France occupée jusqu’à celle du 16 juillet 1942, dite du Vel D’hiv’.

« Quand la police a cogné à notre porte, à l’aube du 16 juillet 1942, cela faisait plus d’un an que l’on avertissait régulièrement qu’une rafle était imminente. Il y avait une telle intox qu’à la fin, on n’y croyait plus. Surtout, nous ne voulions pas y croire. On ne pouvait imaginer que les responsables de la police allaient eux-mêmes suggérer aux nazis de procéder à l’arrestation des enfants et des vieillards. Malgré l’imminence du danger, nous étions incrédules. Je me souviens encore que, dans la nuit même de notre arrestation (il faisait une telle chaleur que nous ne pouvions trouver facilement le sommeil), mon père s’est levé, a marché jusqu’à la fenêtre de sa chambre en murmurant “encore une nuit de passée”… » Maurice Rajsfus, Les Silences de la police. 16 juillet 1942, 17 octobre 1961.

Arrestation au petit matin d’une famille d’immigrés polonais — des étranger-es avec deux enfants nés en France — et, parmi les sbires zélés, un flic — Mulot —, ancien voisin de la famille… Maurice avait 14 ans.


Mario D’Agostino

La BD du Petit Maurice dans la tourmente décrit le climat de l’époque, donne des repères historiques et renvoie immanquablement à une réflexion sur ce qui se passe actuellement, lorsqu’un un autre «  homme providentiel » désigne les Roms comme fauteurs de troubles et indésirables… Aujourd’hui, alors que la propagande envahit tous les espaces de communication avec la question de « l’identité nationale », alors que le gouvernement joue sur la peur pour faire accepter les expulsions, les camps de rétention, les rafles de sans-papier-es et de Roms, l’idée de déchéance de la nationalité française, Le petit Maurice dans la tourmente de Maurice Rajsfus, illustré par Mario et Michel D’Agostini, permet de mesurer les dérives et les dangers d’une telle instrumentalisation.

Alors, à nous de dire : Plus jamais ça !

http://www.youtube.com/watch?v=Le1fiWYAcos&feature=related