Calle de la Pietà de Mario Brenta et Karine de Villers, Serge Utgé-Royo et Léo Nissim

Samedi 6 novembre 2010
mardi 9 novembre 2010
par  CP
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Festival international du cinéma méditerranéen de Montpellier (22 octobre-30 octobre 2010)

Retour de festival…

Calle de la Pietà de Mario Brenta et Karine de Villers

Rencontre avec les deux réalisateur-es.

Chronique entre réel et imaginaire de la dernière journée de la vie du Titien, ce film documentaire est une balade hors du temps dans Venise. Couleurs, peintures, images se croisent avec pour fil rouge la dernière toile du Titien, inachevée, figée dans une réalité qui en quelque sorte la complète plus de quatre siècles plus tard par la magie du cinéma.

Cette toile laissée en suspens est aussi la première œuvre que Titien réalise pour lui-même, sans commande : une Pietà destinée à son tombeau.

« Si l’art est une illusion, une impossible tentative de retenir un instant de vie volé au temps pour le rendre immortel, cette dernière œuvre l’est particulièrement car il est surpris par la mort, victime de la peste, avant de la terminer. Dans ces derniers instants une jeune femme l’accompagne : un modèle, une servante… » ?

Calle de la Pietà est un film documentaire de création qui soulève bien des questions sur la création cinématographique ; l’on se demande même si la réalisatrice, Karine de Villers, et le réalisateur, Mario Brenta, ne découvrent pas eux-mêmes ces questions au fur et à mesure du tournage.

Les auteur-es expliquent : C’est un « film-essai, film d’expérimentation où la narration devient réflexion. Film-tableau, tableau éclaté où la peinture — qui est en principe espace — devient temps. Temps d’un récit ponctué par les sons des cloches, mais où le temps est suspendu — peut-être à jamais — comme sur le cadran d’une horloge à laquelle on aurait arraché les aiguilles. »

En quelques mots, le synopsis pourrait se résumer à la chronique d’une journée du peintre Le Titien, sa dernière journée, puisqu’il est victime, la nuit suivante, de l’épidémie de peste qui sévit à Venise en 1576.

Exprimé ainsi, cela semble simple et cadré par un rythme chronologique, mais c’est au contraire tout à fait complexe, et l’on a l’impression, à la vision du film, d’ouvrir des portes à l’infini, comme le tableau dans le tableau, dans le tableau, etc. Et c’est ainsi qu’est soulignée une expression cinématographique, visuelle et sonore, d’autant plus complexe qu’elle réussit à entraîner le public dans un voyage onirique à travers le temps, à travers Venise, la création, avec pour fil rouge, la vie… Une vie représentée, non par la peinture du Titien qui traverse les âges, mais par cette jeune femme qui nous promène à travers la ville, l’atelier du peintre, le marché, la matière, l’ombre et la lumière…

Repérage pour un film de fiction qui ne se fera pas ? Chronique vénitienne intemporelle ? Réflexion sur la création éphémère ? Calle de la Pietà est une ode cinématographique, entre rêve et réalité, un film inclassable… Une leçon éblouissante de cinéma et d’humanité d’où le regard interrogateur porté sur la réalisation : « il est quoi l’auteur d’un film sinon un glaneur, un ordonnateur, un transformateur d’images et de sons fixés, emprisonnés dans le monde immobile de la pellicule pour qu’ils soient rendus à nouveau vivants à travers leur retour dans le temps ? »

Un film rare par sa beauté et son originalité.

Calle de la Pietà de Mario Brenta et Karine de Villers est présenté dans le cadre du festival d’Arcueil, les Écrans documentaires, demain à 17 h, en salle 1 à l’Espace Jean Vilar.
1, rue Paul Signac 94110 ARCUEIL.

Serge Utgé-Royo et Léo Nissim

Pour un album consacré à Léo Ferré, « D’amour et de révolte »…

Deux concerts à l’Européen, les 21 et 22 novembre…

"D’amour et de révolte, Utgé-Royo chante Ferré"

Ce soir-là, j’ai reçu le nouvel album de Serge Utgé-Royo, D’amour et de révolte, ce soir-là — il était tard déjà —, je me suis dit « j’écoute les deux premières chansons et demain le reste »…

Mais cette nuit-là, je n’ai pas beaucoup dormi parce que je me disais à la fin de chaque chanson : « encore une, j’écoute seulement la prochaine ». Mais j’enchaînais, impossible de quitter ce concert, car l’album est conçu — selon moi — comme un concert, à écouter du début à la fin. On dirait, en jargon de métier, la production du CD a été conçue pour : on écoute l’album de la première à la dernière chanson.

« D’amour et de révolte »… Beau titre pour cet album de chansons de Léo Ferré que, littéralement, se réapproprient Serge Utgé-Royo, par son interprétation originale et toute personnelle, et un autre Léo, Léo Nissim, par ses — j’ai envie de dire — « remises en musique ». Deux complices musicaux pour un magnifique album consacré à Léo Ferré. Une chose est certaine, ces deux-là devaient travailler ensemble sur cet album.

17 chansons, un album exceptionnel et deux concerts à l’Européen, les 21 et 22 novembre prochains…

Et

L’Argent

Dinero

Miguel Brieva

Miguel Brieva publie depuis régulièrement ses cartoons corrosifs en Espagne, notamment dans le quotidien El País. Son style graphique, fondé sur la parodie et le détournement, est un mélange insolite de Magritte et de Crumb, de Glen Baxter et des comic books américains des années 1960.

La publication de ces tranches de satire en France, cette année, tombe
à pic : la succession des crises financières et l’accélération du désastre écologique donnent largement raison à leur auteur…

Et quand tout va mal, Brieva, en ridiculisant les petits Ubus de la phynance et les néo-Nérons de la planète asphyxiée, prend le parti d’en rire.

Une merveille corrosive et subversive !