Un autre histoire de la guerre d’Algérie. Des libertaires dans une guerre coloniale

Samedi 4 décembre 2010
lundi 6 décembre 2010
par  CP
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Depuis quelques temps, la mémoire des guerres coloniales semble refaire surface, la sortie sur les écrans de Hors la loi de Rachid Bouchareb y ajoute certainement un contexte populaire tout en provoquant des polémiques. Mais c’est toute cette période de l’après Seconde Guerre mondiale qui paraît soulever des questions. C’est pourquoi il nous paraît important de croiser les témoignages, de reparler d’événements, certainement fondateurs de prise de conscience. D’Alger à Mai 68. Mes années de révolution de François Cerutti (Spartacus) est un exemple d’itinéraire militant qui permet de comprendre ces années de lutte, de même les témoignages de Denis Berger, Guy Bourgeois, Léandre Valéro, Georges Fontenis recueillis dans l’Insurrection algérienne et les communistes libertaires (Alternative libertaire) et le moyen métrage (32 mn) de Daniel Goude et Guillaume Lenormand, Une résistance oubliée (1954-1957), Des libertaires dans la guerre d’Algérie.

Une résistance oubliée (1954-1957), Des libertaires dans la guerre d’Algérie : histoire de l’action de la Fédération communiste libertaire (FCL) et du Mouvement libertaire nord-africain (MLNA), qui formèrent dès 1954 les premiers réseaux de porteurs de valises, en soutien à la résistance algérienne. La répression policière liquida les deux organisations en 1957. Le film donne la parole à six acteurs et actrices de cet épisode méconnu de la guerre d’Algérie.

Cette période est d’autant plus essentielle qu’elle va déterminer l’engagement de nombreuses personnes et éclaire également les événements actuels.

Regards croisés en compagnie de François Cerutti et de Guillaume Lenormand.

Il paraît qu’une Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie est à l’ordre du jour d’un gouvernement qui tente de redorer, depuis un certain temps déjà, le colonialisme et, propagande oblige, l’histoire officielle. Alors parler de la guerre d’Algérie à travers une autre histoire, celle de l’engagement des libertaires contre une guerre coloniale, cela revient aussi à s’interroger sur les différentes formes de résistance au moment où l’action est nécessaire, qu’il s’agisse du soutien aux mouvements algériens de libération nationale, ou bien d’insoumission en refusant le service militaire obligatoire et toute participation à la guerre contre la population algérienne.

Tous ces engagements — on l’a peut-être à présent oublié — ont bouleversé des vies, parfois bousculé des convictions, engendré des scissions au sein du mouvement libertaire et soulevé de nombreuses questions.

« Nous vivons aujourd’hui des temps où nous devons nous interroger sur l’origine de la domination à la fois du côté des maîtres et des dominés », écrit
Mohammed Harbi dans son avant-propos au récit de François Cerruti, D’Alger à Mai 68, mes années de révolution. C’est juste aujourd’hui comme cela l’était dans les années 1950, lorsqu’une gauche traditionnelle et colonialiste soutenait que « l’Algérie, c’est la France ». En réponse, Le Libertaire du 25 novembre 1954 titrait : « La paix française, c’est la paix des cimetières… »

1954-1962, l’insurrection algérienne et les communistes libertaires. La brochure réunit les témoignages et les textes de militants qui analysent la lutte anticolonialiste, et rassemble en annexe des photographies, des documents dont certains articles du Libertaire qui résument parfaitement la situation : « Tuerie là-bas ! Misère ici ! Voilà la guerre d’Algérie. »
Le récit de François Cerruti, D’Alger à Mai 68, mes années de révolution, témoigne également de l’ambiance de cette époque et du parcours d’un jeune militant « pied noir ». C’est un texte, une trace qui semble la trame d’un documentaire, parce qu’il ne faut pas oublier, ne pas laisser la place aux constructions oniriques et aux historiens du pouvoir.

Le film de Daniel Goude et Guillaume Lenormand, Une résistance oubliée (1954-1957). Des libertaires dans la guerre d’Algérie, est aussi une trace, un repère pour une autre histoire. François Cerutti était insoumis, d’autres étaient « porteurs de valises », d’autres encore réclamaient un service civil dans une lettre adressée au président de la République, citée dans Réfractaires à la guerre d’Algérie, 1959-1963 de Érica Fraters :

« Après six ans de terrorisme et de répression, je ne doute plus que le combat militaire soit inapte à construire la paix. Même les actes les plus désintéressés sont faussés par le cadre de la violence dans lequel le soldat est contraint de les insérer.

Aussi je pense qu’il est temps pour les Français de poser des actes pacifiques réels. Je vous demande que la France institue pour les jeunes Français qui, au nom de leur conscience, refusent la participation à cette guerre, un service civil en Algérie, authentique et non paramilitaire […].

Dès aujourd’hui, je me porte volontaire pour ce service et pour me rendre disponible :

— Je dépose mes habits militaires

— Je résilie mon sursis

— Je sors de la clandestinité

— Je renverrai dès réception ma feuille de route

J’attends votre décision en travaillant sur un chantier pilote avec une équipe des volontaires de l’Action civique non violente. »