Belleville cafés, Gravures rebelles, Vu de dos… Les éditions l’Échappée

samedi 29 janvier 2011
mercredi 2 février 2011
par  CP
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Les éditions l’Échappée

Belleville Cafés

C’était à Belleville, quartier parisien mythique, haut lieu de l’agitation populaire au XIXe siècle, que bien des artisans, ouvriers, et même petits bourgeois de la rive droite venaient fêter leurs noces.

La densité des cafés y était exceptionnelle. Fruit d’un long travail d’observation, d’entretiens avec clients, patrons et serveurs, de conversations informelles et de lectures, ce livre nous plonge au cœur de ces lieux de détente, de brassage mais aussi de réconfort, véritables refuges pour les plus démunis ou pour d’anciens habitants nostalgiques de la vie du quartier.

Gravures rebelles, 4 romans graphiques

Les quatre histoires sans paroles que regroupe ce livre ont été créées par quatre célèbres artistes de la première moitié du XXe siècle. Ces gravures, d’une rare intensité, reflètent le climat politique et social de l’époque : la grande dépression, les injustices sociales, les luttes de la classe ouvrière, la guerre et la peur des armes de destruction massive. Ce testament de leur rôle de « témoins graphiques » montre la fécondité du rapport de l’art et de la politique dans ces moments de fièvre de l’histoire. Une longue introduction décrit les techniques et les outils qu’ils utilisaient et retrace le parcours de ces graveurs rebelles.

Et bien d’autres titres publiés par L’Échappée…

Avec Éric, Anne Steiner et Sylvaine Conord.

Les éditions l’Échappée, nous en avons déjà parlé dans les Chroniques rebelles, lors de la diffusion de l’entretien de Cardon sur ses Trente ans de dessins plus que politiques. Cardon qui a toujours le trait juste et corrosif sur les situations absurdes, la violence sociale et la ribambelle de margoulins de la politique et de la finance, mais ceux-là il les dessine de dos, car il en a marre de voir leurs bobines. Et puis, de dos, on voit mieux les coulisses de la farce du pouvoir ! Depuis donc l’envers du décor, Cardon décline les simagrées, les larmes de circonstance, les grimaces et autres masques, et il a beaucoup de choses à dire, enfin à dessiner…

Autre beau livre publié par l’échappée, Gravures rebelles, quatre romans graphiquesLa Passion d’un homme de Frans Masereel (1918), Le Pèlerinage sauvage de Lynd Ward (1932), Col blanc de Giacomo Patri (1938) et Croix du Sud de Laurence Hyde (1951). Quatre histoires qui s’échelonnent dans le temps et reflètent le climat politique et social de cette première moitié du XXe siècle, les luttes, les crises, la grande dépression…

Quatre romans graphiques qui illustrent parfaitement les liens entre art, politique et histoire sociale. Une représentation puissante de la domination, du règne de l’argent, du désespoir, mais également de la résistance. Les gravures sont traitées en Noir et Blanc, ce qui leur confère une force et un écho intemporel, une virulence et un mouvement graphique qui s’inscrivent aussi dans les graphs d’aujourd’hui. Un très beau livre à regarder absolument.

Et enfin, notre troisième découverte, éditée à l’échappée, Belleville cafés d’Anne Steiner et Sylvaine Conord. C’est une balade parisienne dans l’un des derniers quartiers populaires de Paris, Belleville, et certains de ses cafés, j’allais dire « estaminets ». Car Belleville et ses cafés demeurent, dans l’imaginaire, les idées reçues, des lieux de la canaille et du populo, des ouvriers, bref des classes dangereuses, pour reprendre la formule de Louis Chevalier.

À la fin du XIXe siècle, un journaliste, Henry Leyret, décide de se faire bistrotier durant plusieurs mois, dans le quartier de Belleville. Cette expérience, ce long micro-comptoir lui inspire un livre la vie ouvrière dans un quartier populaire, En plein faubourg. Notations d’un mastroquet sur les mœurs ouvrières (éditions Nuits rouges, 2000).

Plus d’un siècle après, qu’est devenu le quartier de Belleville mythique, celui des chansons, de l’agitation populaire, des multiples cafés où se côtoyaient, pêle-mêle, des artisans, des ouvriers et même des bourgeois venus s’encanailler ?

Anne Steiner et Sylvaine Conord n’ont pas choisi, elles, d’ouvrir un bistrot comme Henry Leyret, mais elles ont visité les cafés de Belleville, elles ont pris leur temps… Elles ont parlé avec les clients, les clientes, les serveurs, les patrons, les gens du quartier… Elles se sont immergées dans le quartier de Belleville et dans les cafés « du coin » qui sont encore des endroits de rencontres, d’amitié, d’échanges, de musiques, des parenthèses de réconfort et des refuges pour les plus démuni-es… Des lieux souvent cosmopolites et attachants.

En lisant les textes, les entretiens et en regardant les photos de Belleville cafés, on a soudain une sorte de vague à l’âme pour cette vie de quartier qui a hélas déserté bien des endroits de Paris… Mais peut-être pas encore de Belleville.

Belleville cafés d’Anne Steiner et Sylvaine Conord… Ça brasse les images, les rencontres, les mots, les regards, les connivences, les sourires… La vie quoi !