Retour de Cuba et Juliano Mer Khamis

Samedi 9 avril 2011
lundi 11 avril 2011
par  CP
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GAZA Strophe de Samis Abdellah et Khéridine Mabrouk

Après l’opération militaire israélienne « plomb durci » de décembre 2008 à janvier 2009, le cessez-le-feu n’a jamais vraiment été établi, des bombardements continuent de tuer des civils à Gaza… Hier 13 personnes ont été tuées.

Le juge Goldstone, auteur d’un rapport sur l’offensive « plomb durci » de l’armée israélienne sur Gaza, a récemment déclaré qu’«  on ne peut plus dire qu’Israël est responsable de crime de guerre. » et qu’il devait « reconsidérer » ses conclusions à la lumière des éléments d’enquêtes publiés par Israël. Ce revirement délivre en quelque sorte un droit de tuer la population de Gaza, considérée dans son ensemble comme terroriste.

Une attaque de la Bande de Gaza est donc à craindre, d’une ampleur similaire à celle de 2008-2009. Pourquoi la « communauté internationale », si prompte à intervenir en Lybie, ne fait rien en Palestine, malgré les résolutions de l’ONU et depuis 63 ans ? De quoi se poser la question.

GAZA Strophe de Samis Abdellah et Khéridine Mabrouk à l’espace Saint Michel et dans plusieurs cinémas dans toute la France.
Un document essentiel.

Juliano Mer Khamis, comédien, réalisateur, militant israélien-palestinien et fondateur du Freedom Theatre de Jenine, en Cisjordanie, a été assassiné lundi dernier, 4 avril 2011, devant l’entrée de son théâtre.

Dès la première Intifada, en 1987, il a dirigé des ateliers de théâtre dans le camp de réfugié-es de Jenine et monté les spectacles de la troupe avec sa mère, Arna Mer Khamis, militante libertaire et antisioniste. Juliano a filmé les répétitions, les différents spectacles des enfants en travaillant sur le projet alternatif d’éducation d’Arna, décédée en 1995. Dans le Théâtre des pierres, les enfants palestiniens du camp exprimaient leurs peurs et les traumatismes engendrés par l’occupation militaire. « Toute notre énergie [expliquait alors Juliano] s’est portée sur la création de quelque chose qui n’existe pas. Ces ateliers, c’est peut-être la solution pour la fin des guerres. »

Comédien très connu, Juliano Mer Khamis a interprété de nombreux rôles à la télévision et au cinéma, notamment dans plusieurs films d’Amos Gitaï, Yom Yom, Esther, Kippour et Kedma, de même que dans de nombreuses pièces de théâtre.

La seconde Intifada éclate en septembre 2000 et, en 2002, une offensive de l’armée israélienne saccage le camp de réfugié-es de Jenine et massacre de nombreux civils.

« Sur la discrimination et le racisme, le pire peut se développer. Le fascisme ou autre chose, peu importe le nom qu’on lui donne », disait Arna Mer Khamis en 1992. En 2002, le pire est arrivé à Jénine.

Cette même année, lorsque Juliano retourne à Jenine, c’est la désolation : la ville est en ruine et le Théâtre des pierres détruit. La plupart des enfants qu’il a connu des années auparavant sont, soit morts, soit combattent l’armée d’occupation. Il réalise alors un film documentaire, Arna’s ChildrenLes enfants d’Arna — qui est récompensé par de nombreux prix.

Du théâtre aux attentats, du théâtre à la mort, c’est le drame des enfants perdus de Jenine… Juliano Mer Khamis porte dans ce film un regard sans complaisance sur la logique de la violence d’État.

« Il n’y a pas de paix sans liberté ».

En février 2006, à la suite de la mobilisation provoquée par son film documentaire, Juliano reprend le projet d’Arna et monte le Freedom Theatre — le Théâtre de la Liberté de Jenine.

Sous sa direction, le Théâtre de la Liberté donnera des représentations, notamment La Ferme des animaux de George Orwell et, le dernier, une adaptation d’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll.

Lors d’une première rencontre à Jenine, en 1992, j’ai été impressionnée par l’indépendance de Juliano, par son refus des étiquettes, qu’elles soient nationales, ethniques ou religieuses lorsqu’il a déclaré : « Pas de religion, pas d’identité, rien, un être humain, c’est tout : mon nom est Juliano. »


Juliano (caméra), Arna Mer Khamis et les enfants de Jenine (1992)

Retour de Cuba…

Avec Karel Negrete et Daniel Pinos

Où en est la contestation à Cuba ?

L’année dernière, nous avons discuté de ce que réalisaient les militants de l’Observatoire critique de La Havane et de la mobilisation qui s’organisait autour d’un nouvel imaginaire social, culturel et politique. Il avait été question de socialisme libertaire, d’autogestion et d’écologie, de résistances culturelles par la musique, la peinture, par toute forme créative, et bien sûr par les débats…

Un an après, où en est le projet d’Un autre Cuba est possible ?

Retour de Cuba… avec Daniel Pinos et Karel Negrete.

Et pour répondre par avance à certaines critiques, il nous semble important de citer l’Observatoire critique de La Havane qui conteste la réalité autoritaire d’une bureaucratie d’État :

« Si le capitalisme est le pouvoir du capital contre les gens ordinaires, alors nous sommes contre le capitalisme, et si le “socialisme” est le pouvoir d’une bureaucratie contre le reste de la société, alors nous sommes également contre ce “socialisme”. Mais le socialisme ne doit pas être cela, le socialisme qui nous enthousiasme est le projet qui socialise – qui partage – toutes ses ressources, où tout le monde détient un accès égal à l’exercice du pouvoir ; et ne croyez pas que nous nous référons là à une utopie : il y a déjà, ici et là, quelques foyers et collectifs qui donnent une réalité à ces pratiques. »

Alors si le but de la révolution est l’émancipation et la liberté de chacun et chacune, « En ne pratiquant pas le respect dû à la diversité, c’est aussi l’unité du processus révolutionnaire qui se fissure. »