Tunisie : 20 ans de dictature

Avec Luiza Toscane
vendredi 21 décembre 2007
par  CP
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« En ce 20e anniversaire du Changement que les Tunisiens, toutes catégories et tous âges confondus, ont l’insigne fierté de célébrer, les dividendes du parcours économique, politique et social initié et promu par le président Ben Ali se succèdent pour nous conforter dans la conviction que l’expérience tunisienne en matière de développement constitue, bel et bien, un modèle à suivre ». 4 novembre 2007, La Presse, premier quotidien tunisien en langue française.

Tunisie, novembre 2007. Ben Ali occupe la présidence depuis 20 ans. Le « Président du changement », selon la presse tunisienne proche du pouvoir, est soutenu par les États occidentaux ; son gouvernement étant considéré comme un « rempart contre la menace islamiste » et une « vitrine » du Maghreb. Bien peu de critiques sur la question des libertés civiles et des droits humains. Les prisonniers et prisonnières politiques sont pléthore et les conditions de détention effrayantes.

« Toutes les prisons regorgent de détenus dont le nombre dépasse la capacité réelle d’accueil : le double dans quelques pénitenciers, le quadruple dans la majorité, si on applique les critères tunisiens. Mais si l’on se réfère aux normes humaines et sanitaires qui doivent être appliquées, alors il en résulte une disproportion incommensurable.
Les conditions de séjour diffèrent d’une prison à l’autre selon l’ancienneté et l’architecture de la prison, et sa compatibilité avec les normes nécessaires pour le séjour d’un grand nombre de détenus : la surface des cours, l’aération, les toilettes… La plupart des prisons sont des maisons d’arrêt, mais beaucoup de condamnés y purgent leur peine, bien que la loi stipule la séparation entre prévenus et condamnés.
Le nombre de détenus varie selon les saisons et les grâces. Le nombre de 21570, pour une population de dix millions donne une proportion de 2,7/10000, à comparer aux 53 000 pour une population de soixante millions en France !
 »
Un prisonnier tunisien témoigne (éditions Paris Méditerranée).

La dictature ne lâche pas facilement ses victimes et, sous couvert de lutte antiterroriste, la répression étatique s’amplifie, notamment à l’encontre de la jeunesse engagée dans les champs politiques, social et associatif.
La Tunisie est un paradis touristique pour les uns et un enfer pour qui s’oppose au régime ou le critique. Le gouvernement tunisien utilise l’argument de la lutte antiterroriste pour réprimer toute revendication sociale ou politique. Et ce régime de Ben Ali — plébiscité à plus de 99 % des votants —, soutenu par le gouvernement français, manie l’argument antiterroriste pour museler la presse, tous les contre-pouvoirs, la justice, les associations de droits humains…

Le pouvoir tunisien a de plus tous les moyens de diffuser sa propagande et son image de « rempart contre l’islamisme » pour se permettre toutes les violations des droits de la population…

CP