Dérives pour Guy Debord et Guérir la vie. La Passion d’Antonin Artaud

Samedi 30 juillet 2011
samedi 30 juillet 2011
par  CP
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Guérir la vie.

La Passion d’Antonin Artaud

Jacob Rogozinski (Cerf)

et

Dérives pour Guy Debord

Ouvrage collectif Sous la direction de Jacob Rogozinski et Michel Vanni (éditions Van Dieren)

Avec Jacob Rogozinski et David Zerbib

Pourquoi écrire un livre sur Antonin Artaud ? Parce qu’il me l’a demandé : impossible de le lire sans être appelé par sa voix. Mais comment répondre à son appel sans le trahir ? Comment lire en philosophe celui qui clamait sa « haine de la philosophie » ? Comment le lire sans le dévorer ni se laisser dévorer par lui ?

Dans Guérir la vie. La passion d’Antonin Artaud, l’écriture de Jacob Rogozinski semble comme possédée par Artaud. De là un jeu entre paradoxes et métaphores, un style en quelque sorte « habité » par les remous d’une poésie, tout à la fois surprenante, dérangeante par les idées ou les images parfois abordées, mais finalement fascinante comme le sont les créations qui paraissent être sans début, ni fin.

« La poésie est anarchique dans la mesure où elle remet en cause toutes les relations d’objet à objet et des formes avec leurs significations. Elle est anarchique aussi dans la mesure où son apparition est la conséquence d’un désordre qui nous rapproche du chaos. » (Antonin Artaud)

Comment lire Artaud sans le dévorer ni se laisser dévorer par lui ? Et d’ailleurs, on ne sait plus — comme l’auteur — qui dévore… Qui ? On se perd dans les méandres et les délires d’une pensée en labyrinthe.
Drôle de voyage diront certains et certaines… Je dirais plutôt : drôle de trip ! Tant les descriptions semblent faire fi d’une mémoire immédiate, sublimée, et l’on sort de ce bouquin — sans « garde-fou » — étourdi-e par les pratiques du retournement, détournement et de la dérive.

La dérive… Les dérives pour reprendre le titre de l’ouvrage collectif sur Debord, dont nous parlerons aujourd’hui dans les Chroniques rebelles avec Jacob Rogozinski et David Zerbib. Dérives pour Guy Debord est remarquable par les différentes contributions à l’ouvrage qui analysent l’une ou l’autre facette de Guy Debord et de l’Internationale Situationniste. Remarquable parce que même le ou la Candide — qui ignore plus qu’il ou elle ne connaît les situationnistes — va, dans ce recueil, découvrir « simplement, des affects, des perceptions, des prises de conscience, des processus psychologiques, des connaissances nouvelles [qui] redessinent les contours du réel, en libérant notamment les significations aliénées, pour redéfinir des possibles. »

« Nous voulons que les idées deviennent dangereuses » ! Déclaration de l’Internationale situationniste qui se fait connaître en 1966 et 1967 « lors des “événements de Strasbourg”, qui apparaissent aujourd’hui comme une “répétition générale” de Mai 68. »

L’IS, l’Internationale Situationniste a une idée centrale, celle d’intervenir « sur les facteurs complexes » — et interactifs dirait-on aujourd’hui — qui sont « le décor matériel de la vie ; les comportements qu’il entraîne et qui le bouleversent. »

« Nous pensons d’abord qu’il faut changer le monde. Nous voulons le changement le plus libérateur de la société et de la vie où nous nous trouvons enfermés. » On ne peut être plus clair.

Rediffusion