Les Indigné-es de la Défense. La Désintégration, film de Philippe Faucon

Samedi 19 novembre 2011
dimanche 20 novembre 2011
par  CP
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Les Indigné-es de la Défense

Dans le cadre du 33e Festival international du cinéma méditerranéen de Montpellier, entretien avec Philippe Faucon, réalisateur de La Désintégration.

Les Indigné-es de la Défense

«  Un autre capitalisme est possible » titre en couverture une revue de gauche. Quelle découverte ! Ce ne serait donc pas le système qui serait source d’inégalités sociales et de misère ? Non, ce serait sans doute et seulement l’effet de la dérive de quelques-uns et quelques-unes des nanti-es. C’est nouveau et ça vient de sortir !

Faut-il en déduire qu’il est inutile de réfléchir ou de rêver à un autre monde ou à un autre système, et qu’il suffit de quelques réformes, ou réformettes, pour sauver les apparences, tromper le monde et entériner la farce du progrès pour tous et toutes, dans un avenir hypothétique et lointain bien entendu. Et voilà le système capitaliste, « incontournable », relooké pour un autre tour !

Il ne faudrait écouter ni les sirènes du pouvoir, qui s’autocongratulent sur la
« gestion de la crise », ni les indigné-es, les contestataires et autres agité-es qui répètent que le capitalisme est moribond, que ce système n’est pas une fatalité, mais qu’il nous entraîne à coup sûr dans le mur ?!

Ici, les Indigné-es se sont installé-es sur le parvis de la Défense, sous la
Grande Arche, depuis le 4 novembre. Ils et elles ont choisi cet endroit symbolique du fric et des affaires pour dire Ya basta à un système dévastateur, mais aussi pour dire qu’un autre monde est possible si
on le décide, ensemble.

« Nous sommes les 99 % ! » clament les indigné-es aux Etats-Unis,
« Taxez les riches ! », slogans auxquels s’associent les indigné-es de la Défense, qui en écho à « Occupy Wall Street ! » lancent « Occupons la
Défense !
 », et si la mobilisation n’a pas encore eu l’ampleur des
mouvements espagnols, anglais ou étatsuniens, elle en a toutefois la détermination. Mais, vous imaginez, tous ces gens installés sous des
tentes, avec des banderoles et des revendications, ça fait désordre
dans le paysage des tours et du quartier d’affaires de la Défense.
Alors les flics arrivent, histoire de déloger les indigné-es, empêcheurs de tourner en rond, de marcher au pas et de faire des spéculations.

La police intervient donc le 15 novembre pour démanteler le campement, et une centaine de policiers et de gendarmes mobiles déboulent, confisquent cartons, pancartes, bâches et banderoles et encerclent la place. C’est le grand nettoyage, tandis que la résistance non violente s’organise et que le camp s’installe à nouveau. Les réactions policières montent alors d’un cran dans la violence.

Mais les indigné-es tiennent bon car, selon eux et elles, « ce harcèlement policier ne fait que renforcer la légitimité de cette occupation par des citoyen-nes déterminé-es à prendre leurs responsabilités et à résister de manière non violente face à un État qui emploie des méthodes fascistes indignes d’une démocratie ».

La violence policière, le harcèlement des forces de l’ordre ont eu un effet qui n’était certainement pas escompté par les autorités de l’État : celui de faire connaître le mouvement en France, fort peu relayé par les médias.

Avec Aurélien, Fil rouge, Kevin, Carla, José, Bobby, Justine et Axel.

Rejoignez-les sur le parvis de la Défense…

Et

Un festival international pas comme les autres

Plus de 250 films, longs métrages, courts métrages, documentaires en compétition, avant-premières, rétrospectives…


Man Without a Cell Phone - Sameh Zoabi

Antigone d’or 2011


Les Femmes du bus 678 - Mohamed Diab

Prix de la critique et prix du public 2011


Les Chants de Mandrin - Rabah Ameur-Zaïmeche


Terraferma - Emanuele Crialese


Tungsten - Giorgos Georgopoulos

Films en avant-première :

Ici on noie les Algériens - 17 octobre 1961 - Yasmina Adi - Documentaire

Entretien avec Philippe Faucon pour son nouveau film

Désintégration.

La Désintégration évoque la désintégration sociale qui est le pendant occulté de « l’intégration » médiatisée à outrance et en toute mauvaise foi par les politiques, les sociologues du sérail et les journalistes en mal de copie. Film courageux et percutant, la Désintégration bouscule les tabous, les jugements hâtifs et les idées reçues en cernant un problème social majeur, celui de la discrimination et de ses conséquences possibles. L’action du film se situe dans la banlieue lilloise, mais évidemment pourrait tout aussi bien se dérouler dans la banlieue d’une autre agglomération.

Le film décrit la dérive progressive de trois jeunes gens, Ali, Nasser et Nicolas (qui se fait appeler Hamza), âgés d’une vingtaine d’années, vers un islamisme radical. Leur rencontre avec Djamel, homme plus mature, les impressionne et bouleverse le cours de leur vie. Ce dernier les écoute et, jouant de leurs déceptions, de leur révolte, les manipule, les endoctrine et les coupe peu à peu de leur famille et de leurs amis. Djamel, le « recruteur », expert religieux, les entraîne, au prétexte de constat d’injustice sociale flagrante, vers un jihad meurtrier en cul-de-sac.

On se prend à espérer que des films français de cette intensité soient plus nombreux. Du vrai cinéma !

Sélectionné à la 68e Mostra de Venise hors compétition, la Désintégration a fait partie des films montrés en avant-première au 33e Festival international du cinéma méditerranéen de Montpellier, CINEMED.

La Désintégration sera sur les écrans en février 2012.



Samedi 19 novembre 2011 à 16h30

Projection du film de Frédéric Goldbronn

L’An prochain la Révolution

Projection suivie d’un débat

Avec Maurice Rajsfus

Publico

145 rue Amelot

75011 Paris

Ça commence à Aubervilliers, dans un quartier où rien n’a changé depuis des décennies. Défilent sur l’écran les photos en noir et blanc d’une banlieue populaire, avec son cinéma de quartier, les Jacobins, qui annonce à l’affiche — Attaque à mains nues ! (tout un programme !) —, sa boucherie, son épicerie générale, son coiffeur, ses ruelles pauvres. « C’est vraiment crapoteux » dit Maurice, «  la seule différence : il y a du bitume par terre, avant c’était des pavés. »

Un peu plus loin, un vieil immeuble de briques rouges : « Je suis né ici. Mes parents habitaient au deuxième étage. […] En bas, il y avait le salon de coiffure. C’étaient des amis […]. Le coiffeur était juif polonais comme mes parents. »

Retour à l’enfance, retour à une période sombre de l’histoire : « Ce n’est pas moi qui ai arrêté l’école, c’est l’école qui m’a arrêté ». « Mon père ? C’est difficile d’en parler soixante-six ans plus tard. C’était quelqu’un qui n’était pas destiné à vendre des chaussettes sur le marché d’Aubervilliers. En Pologne, il avait enseigné le russe. Plus tard, il enseignera l’hébreu à Vienne, dans un lycée, et lorsqu’il est arrivé en France… Il était clandestin au début, travailleur clandestin, puis il a été régularisé. Il a travaillé dans une maroquinerie, dans un atelier de l’usine Renault où il faisait, comme beaucoup, un boulot de con… Mes parents sont arrivés en France en 1923 et 1924. »