Rémy Ricordeau, des films et du rêve…

Samedi 24 mars 2012
dimanche 25 mars 2012
par  CP
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Avec Rémy Ricordeau et Thomas (Les Mutins de Pangée)

Après Bricoleurs de paradis ou le gazouillis des éléphants présenté dans les Chroniques rebelles avec le livre de Bruno Montpied, Éloge des jardins anarchiques (L’Insomniaque), Putain d’usine (documentaire de Rémy Ricordeau et Alain Pitten, en collaboration avec Jean-Pierre Levaray), Les Anges de la piste (L’Harmattan), Un nouveau film de Rémy Ricordeau : Inventaire avant liquidation.

Les Anges de la piste

Au cœur de la Chine rurale, loin des grands centres urbains modernisés, la troupe de cirque « Fei Fei » sillonne les routes de la province du Shanxi pour tenter de vivre de cette activité traditionnelle de divertissement populaire. Mais les bouleversements économiques et sociaux du pays précarisent tous les jours un peu plus la vie de la troupe : le public rural, majoritairement impécunieux, se fait de moins en moins nombreux ; et le matériel se révèle toujours plus défectueux, à défaut de pouvoir être remplacé.

Entre spectacles et déplacements, ambiances foraines et véhicules en perdition au bord des routes, moments de joie, de peine ou de fatigue, la troupe est ainsi confrontée aux rudes conditions d’existence des campagnes chinoises. Une déclinaison du mythe de Sisyphe en métaphore de la Chine rurale contemporaine…

Inventaire avant liquidation de Rémy Ricordeau,

sortie le 24 avril 2012 :

Le film a été tourné avec des travailleurs et des chômeurs dans le nord de la France entre Lens, Lille et Dunkerque. Le film n’est pas une suite directe de Putain d’Usine (Jean-Piette Levaray), mais plutôt une suite indirecte sur la thématique de l’utopie sociale.

Comment imaginer d’autres rapports sociaux, d’autres rapport au monde en partant du constat désabusé de Putain d’usine ?

Et enfin une coopérative de production audiovisuelle :

http://www.lesmutins.org/

Il est des moments où échapper aux diverses formes de propagande — politique et publicitaire — devient difficile. Actuellement, c’est le cas… Et les idées nauséabondes reviennent sur le devant de la scène, instrumentalisées ici et là par des hommes et des femmes politiques, par les medias aussi, car cela fait vendre l’information, le candidat ou la candidate. Ainsi, il est certes plus commode de masquer les vrais problèmes et de passer à la trappe les problèmes de fond. En guise de constat, on peut dire que «  la peur est à la base de la réussite du système », comme le remarque un des témoins du film de Rémy Ricordeau, Inventaire avant liquidation.

Un film documentaire qui arrive à point nommé alors que les enjeux politiques sont biaisés par la course au pouvoir, que les préoccupations sociales sont gommées, occultées, voire écartées d’une campagne électorale à double tiroir — présidentielles et législatives —, une campagne de dupes où l’on manipule les individus par l’angoisse et les promesses de circonstance.

Dès le début du film, on peut imaginer la métaphore de la sortie de la caverne pour voir la réalité. Faire un inventaire. Se poser les questions, celles qui ont du sens pour tous et toutes, sur le travail, la consommation, la dépolitisation générale, l’individualisme, sur l’absence de conscience sociale, sur le progrès qui a été jusqu’alors l’aiguillon du discours politique et de ses sbires, la domination, la hiérarchie qui régit les comportements, les enjeux du système, la liberté… La vie quoi !

Image à contre-jour, une silhouette se découpe dans un couloir, un individu marche vers une ouverture…

Inventaire avant liquidation. La caméra filme la ville — une ville industrielle — pano sur une rue. Grands ensembles, maisons de briques qui défilent, toutes semblables, des maisons ouvrières dont certaines ont leurs portes et fenêtres murées… Fin d’un cycle…

Inventaire avant liquidation. Un nouveau documentaire de Rémy Ricordeau dont on connaissait déjà Bricoleurs de paradis ou Le Gazouillis des éléphants, Putain d’usine d’après le livre de Jean-Pierre Levaray, et Les Anges de la piste.

Inventaire avant liquidation à propos d’un monde finissant où les valeurs sont remises en cause, un monde où l’inquiétude et la soumission à l’autorité paraissent inéluctables, où « le vrai modèle social, c’est le pognon parce que tout s’achète. »

Le film documentaire de Rémy Ricordeau ouvre une réflexion vers des perspectives différentes, d’autres manières de concevoir la vie, le travail, les rapports humains… Des témoignages forts de personnes qui refusent de se soumettre aux diktats ambiants, qui s’insurgent contre les modèles imposés et expliquent que le « travail transforme les rapports sociaux », qu’il induit immanquablement dans la société des rapports de domination et de hiérarchie.

Inventaire avant liquidation. « On est libre de quoi finalement ? De travailler, de consommer et ça remplit une vie. » La liberté est réduite à des slogans publicitaires et à du « toujours plus » pour avoir l’illusion d’exister.

Dans ce système, «  l’individualisme fonctionne en écrasant la gueule des autres. » Il est temps d’arrêter de penser que consommer et posséder, c’est progresser. Le salariat et le consumérisme font partie des outils pour formater les individus, pour les détourner de l’idée qu’il peut exister d’autres manières de vivre, que l’utopie est possible et permet d’avancer vers d’autres modèles de société. Le progrès, c’est avant tout un épanouissement personnel, «  c’est se coucher moins con tous les soirs ! »

Alors, « si aujourd’hui, on est pas insurgés, on le sera quand ? » et d’abord, qui prétend que la liberté est inaccessible ?