Wobblies & Hobos. Industrial Workers of the World : agitateurs itinérants USA (1905-1919)

Samedi 26 mai 2012
dimanche 27 mai 2012
par  CP
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Wobblies & Hobbos

Les Industrial Workers of the World :

agitateurs itinérants États-unis (1905-1919)

Joyce Kornbluh (L’Insomniaque)

Avec Julius et Jacquie

Livre composé d’une histoire thématique et chronologique des IWW ; de documents afférents (chansons, poèmes, récits, témoignages d’époque) ; plus d’une centaine d’illustrations (photos, dessins de presse) ; et d’un CD de 21 chansons : des blues inédits écrits et chantés par des hobos noirs, dont la plupart sont devenus célèbres, à défaut de devenir riches (tel Sleepy John Estes) et des chants ouvriers et protest-songs dus à la plume de Joe Hill, de T-Bone Slim ou d’autres, soit dans d’anciennes versions, soit joués par un groupe de blues rock montreuillois : Les Gommards.

La création des IWW en 1905 se situe à l’apogée de trois décennies d’industrialisation et de luttes politiques et syndicales. Avec les IWW, l’État et la classe capitaliste sont, pour la première fois, confrontés à une organisation qui avait la possibilité de créer un véritable mouvement de masse risquant d’ébranler les fondements de la société. Par ses pratiques révolutionnaires, son refus des chefs et l’inventivité de ses actions, le mouvement des IWW a représenté une menace pour la classe dirigeante étatsunienne, et celle-ci a guetté l’occasion de le détruire.


Après l’engagement des États-Unis dans la Première Guerre mondiale, des lois d’exception furent votées par le Congrès interdisant toute critique de la situation et de la conscription militaire. En quelques semaines, les IWW — qui s’étaient déclarés pacifistes — ainsi que des socialistes comme Eugene Debs, furent emprisonnés sur la base de ces lois.


Entre 1919 à 1921, les lois d’exception permirent la répression du militantisme et du syndicalisme révolutionnaire aux États-Unis. On peut dire qu’elles annoncèrent le maccarthysme des années 1940 et 1950, pour n’évoquer qu’une période réactionnaire de l’histoire des Etats-Unis, comme d’ailleurs le Patriot Act en vigueur aujourd’hui.

L’expérience des IWW illustre les contradictions que confronte un mouvement révolutionnaire luttant au sein d’une société dotée d’institutions dites
« démocratiques », c’est-à-dire d’un système de gouvernement représentatif fondé sur le principe d’égalité devant la loi. 
Une partie importante de la stratégie révolutionnaire a été de montrer le décalage entre les lois et la justice sociale. 
Le fait de tester les libertés garanties par la Constitution fut, pour les IWW, le meilleur moyen de prouver que ces droits constitutionnels idéalisés n’étaient que la couverture d’un système conçu pour défendre les privilèges des uns et maintenir l’exploitation des autres — c’est-à-dire de la majorité.

De ce point de vue, le cas des wobblies montre les possibilités et les limites d’un tel mouvement. Ils ont fait preuve de pragmatisme en adaptant leurs tactiques aux réalités d’un terrain tant culturel que social. Mais l’État a bloqué le mouvement avec des lois d’exception en contradiction avec la Constitution.
Faut-il voir dans la répression du mouvement une défaite des wobblies ?

C’est à discuter. Car les IWW ont malgré tout montré leur efficacité à utiliser les contradictions engendrées par les droits garantis par la Constitution et, en dépassant largement le cadre syndical, ils ont lutté pour une restructuration de la vie sociale liant liberté individuelle et égalité sociale. C’est sans doute en cela que leur expérience reste tout aussi importante aujourd’hui.

En traduisant et en publiant Wobblies & Hobbos. Les Industrial Workers of the World : agitateurs itinérants aux États-unis (1905-1919) de Joyce Kornbluh, les éditions de L’Insomniaque permettent, l’approche et la connaissance d’un mouvement révolutionnaire essentiel, d’un point de vue historique étatsunien bien sûr, mais pas seulement. Car pour les luttes menées aujourd’hui contre le système capitaliste partout dans le monde, cette expérience d’un mouvement qui s’est dressé contre le système et la brutalité des patrons est exemplaire.