L’histoire contemporaine toujours sous influence

Samedi 6 octobre 2012
mardi 9 octobre 2012
par  CP
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«  J’examinerai dans un second temps la méthodologie et les résultats issus de la demande extérieure « institutionnelle » politique, exclusivement ou non, qui fut présentée à plusieurs reprises à un certain nombre d’historiens dans les années 1990 : commission Touvier, d’initiative cléricale, dont le rapport fut publié en 1992 ; enquête, très politique, sur le « fichier juif », d’initiative gouvernementale, officiellement étirée sur quatre ans (1992-1996) ; mission Mattéoli (1997-2000), de mêmes origine et visées, en outre directement liée à des préoccupations financières extérieures de l’État français.

Dans la dernière décennie, la commande extérieure publique de ce type s’est
tarie ou faite plus discrète — est-ce parce que la droite au pouvoir se méfie des dérives possibles des historiens, même « responsables » ou « raisonnables », alors que la gauche de gouvernement croit pouvoir compter sur eux ? Mais la création d’un « groupement de recherche » (GDR) du CNRS sur « les
entreprises sous l’Occupation » à visées institutionnelles plus internes (2002-2011), mérite commentaire. Sans oublier les initiatives européennes à répétition, désormais intégrées à la formation des enseignants.

Le bilan général de l’histoire contemporaine de connivence éclaire un événement démontrant, au terme de décennies d’efforts, la tranquillité des milieux patronaux, assurés de la neutralité (au minimum), du préjugé favorable ou du franc soutien des « historiens de confiance » : celui de la « réhabilitation » de Louis Renault, préalable à l’offensive des héritiers de l’industriel contre le contribuable français. »

Nouvel opus de l’histoire officielle sous influence d’Annie Lacroix-Riz dans lequel elle dissèque avec minutie les discours d’allégeance et les analyses toujours du « bon côté du manche » de certains et certaines de ses collègues universitaires. Des noms, des noms !? Hé bien là vous en aurez et pas des moindres, côté encensement médiatique et notoriété universitaire.

Annie Lacroix-Riz argumente en s’appuyant sur des textes, des déclarations officielles, des recherches internationales, diverses contributions, les médias et, bien sûr, les archives. Les archives, c’est là où le bât blesse… À cela plusieurs raisons en forme de questions : quelle liberté a-t-on pour accéder aux archives ? Qui peut y accéder ? Quel est le tri effectué, selon quels critères et sous quelle autorité ? Quelles sont les classifications diverses : interdites, confidentielles, etc.… Toute une batterie de règles et de codes qui semblent être mis en place pour freiner les historiens et les historiennes — avec ou sans statut — désirant examiner les faits, les documents afin de cerner les diverses facettes de l’histoire. Mais voilà, l’histoire officielle se préserve de la recherche qui ne serait pas dans les clous et qui tenterait de déceler certaines contradictions de la « vérité historique » établie une fois pour toutes. Pas question en effet de faciliter, à d’autres que les experts et expertes adoubé-es par le pouvoir, la possibilité d’établir des « vérités historiques » différentes de celles en cours, c’est-à-dire validées par les autorités politiques, les groupes de pression ou la finance. En France, le débat contradictoire n’a plus cours.

Donc je résume, il y a les historien-nes dans le moule qui visent leur « carrière » à défaut de leur intérêt dans la recherche et il y a les autres, beaucoup moins médiatisées par voie de conséquence.

Il est vrai que deux ou trois phrases dites à la télé devant des millions de téléspectateurs et téléspectatrices… Waouh ! Ça le fait camarade ! Ça vous place un homme, ou une femme d’ailleurs. La peopolisation frappe partout, même et surtout chez les intellectuel-les prêts et prêtes à tout pour parler à la télé ou sur les radios mainstream. C’est en quelque sorte une consécration !

Heureusement, il y a encore des intellectuel-les critiques, quand même ! Et des radios aussi !

Troisième opus donc de l’histoire contemporaine toujours sous influence qui revient notamment sur la dépendance des chercheur-es « raisonnables » — un qualificatif sur lequel nous reviendrons — dépendance des chercheur-es « raisonnables » vis-à-vis de la « tendance grandissante au financement extérieur des travaux historiques et à la création de commissions privées ou publiques d’origine extra-universitaire [jugées] funestes à l’indépendance des historiens » et des historiennes. Et, bien entendu, seront évoquées les conséquences de cette dépendance au plan universitaire et plus largement au plan social, d’autant que le «  rapprochement entre grand capital et historiens » se serait accentué depuis les années 1990.

Les affaires Touvier, Renault, la Collaboration du patronat français durant l’Occupation nazie… Autant de sujets revenus sur le devant de la scène qui pourraient avoir joué un rôle dans ce rapprochement. La Com exige en effet de soigner l’image de certaines entreprises, image quelque peu ébréchée par la période vichyste de la Collaboration.

Aujourd’hui, nous parlerons de recherche historique, de l’histoire contemporaine toujours sous influence, de l’histoire officielle et normée, de contre-pouvoirs et, comme toujours… de propagande. Dans le contexte actuel de la crise générale du capitalisme, « l’histoire indépendante du pouvoir de l’argent finira bien
[comme l’écrit Annie Lacroix-Riz], par faire reculer l’histoire de connivence. »