Par amour. Film de Laurent Firode et Un air de liberté de Hellena Cavendi

Samedi 15 décembre 2012
dimanche 16 décembre 2012
par  CP
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Par amour

Film de Laurent Firode

Sur les écrans le 26 décembre 2012

et

Un air de liberté

Hellena Cavendi (éditions Chant d’orties)

Par amour

Film de Laurent Firode

Après Miracles en Arménie , Laurent Firode revient dans les chroniques rebelles avec un nouveau film, un long métrage, Par amour .

Ça commence comme ça… En gros plan, plusieurs personnes se présentent face caméra. Portraits zappés qui s’enchaînent très vite. Deux mots et c’est déjà une parcelle de l’histoire de chacun et de chacune, d’une personnalité qui se révèle ou se dérobe, le moi dissimulé ou dévoilé…

Des personnages de la vie, qui s’ennuient, rêvent de devenir célèbres, cherchent à draguer, se voient déjà en haut de l’affiche, des tendres, des bègues, des traumatisé-es, des sans voix… Des personnages de la vie, quoi !

Par amour de Laurent Firode pose une question simple : que ferait-on par amour ? Le pire et le meilleur sans doute, selon l’expression. Le film est à la fois une comédie critique et tendre, un conte banal avec des histoires croisées se faisant écho dans une société sans repères, mercantile et qui prône la COM à tout prix… Une vision de l’incommunicabilité alliée à un besoin immense de tendresse… De belles histoires, car Laurent Firode est un conteur qui aime les raconter les histoires des autres.

On plante le décor : le théâtre qui établit tout de suite une relation sensible entre fiction et réalité. Un cours de théâtre amateur, celui d’Angelo qui lui aussi a son histoire, même si au départ on semble lui attribuer seulement le rôle de maître d’œuvre ou de fil rouge. Non, il fait partie comme les autres du puzzle sentimental.

Devinez quelle est la pièce choisie pour une future représentation ? Roméo et Juliette, rien de moins. Et voici tout ce petit monde transformé en Montaigus et Capulets ! La « Juliette » du film est dans le déni de ses parents et lorsqu’elle rencontre « Roméo », le fils à papa d’une riche famille libanaise, elle y croit et s’invente des parents décédés, un père ambassadeur, de même qu’une foi musulmane soudaine. La totale.

Une première répétition qui piétine à l’issue de laquelle Angelo, quelque peu agacé, renvoie tout le monde à son texte et à une prochaine répétition.
La « comédie sentimentale », ou sociale, se met en place, car après la première rencontre et au cours des répétitions qui suivent, bien des événements surviennent dans la vie des protagonistes qui vont remettre en question au fur et à mesure, leurs certitudes, leur vie, leur goût de la vie, leurs rêves, leurs fantasmes… Tout cela étant modulé également par les répétitions, la truculence du texte de Shakespeare et les situations impromptues…

Comme dans Miracles en Arménie, son court métrage qui a ouvert le 34e Festival du cinéma méditerranéen, Laurent Firode joue de ces histoires croisées, dont les liens, s’ils sont ténus ou même à première vue improbables, apportent des rebondissements d’émotion, d’humour et d’amour. Car il s’agit bien de cela : la quête de l’amour.

Laurent Firode, facétieux conteur d’histoires des mille un jours, livre ici un scénario au cordeau pour le plus grand plaisir du public. Il n’est pas question
de prédestination, mais plutôt de rencontres et de hasards qui font bien les choses ! Des « miracles » de la vie, des accidents, des histoires d’amour, des ruptures
et des retrouvailles servi-es par un casting magnifique.

De la petite frappe à la ménagère à l’ouest, de la copine qui se mêle de tout à la veuve qui vit avec le souvenir de son compagnon défunt — façon le Fantôme de Madame Muir —, du dragueur au timide, du comédien raté à la femme qui désire un enfant… Tous et toutes sont des héroïnes et des héros du vécu.

Et en clin d’œil, le réalisateur, Laurent Firode, apparaît à la manière d’Alfred Hitchcok, dans le décor, mais aussi dans l’histoire…

Bref, un film à déguster dès le 26 décembre…

Un air de liberté

Hellena Cavendi (Chant d’orties)

Quatre adolescents et adolescentes, une société libertaire et écolo, quelques nostalgiques du capitalisme, un projet de meurtre pour briser la révolution, une machine à remonter le temps… Nous sommes en 2368 et l’humanité l’a échappé belle entre les menaces de guerre nucléaire, les conflits pour cause de profits du complexe militaro-industriel, toujours au nom du sacro-saint libéralisme, dans le genre « après nous le déluge ».

C’est tout cela Un air de liberté d’Hellena Cavendi, avec au noyau de l’histoire une chanson, une chanson qui bouleverse le monde et fait évidemment penser à Imagine de John Lennon.

L’utopie, c’est le sujet du livre. Autrement dit un changement des principes cette fois basés sur la solidarité, le peuple, et pas le profit, un autre système qui reviendrait aux fondamentaux, comme on dit :

« Aucun [être humain] n’a reçu de la nature le droit de commander aux autres. La puissance qui s’acquiert par la violence n’est qu’une usurpation et ne dure qu’autant que la force de celui qui commande l’emporte sur celle de ceux qui obéissent. » (Denis Diderot)

Ou encore :

« Le premier qui ayant enclos un terrain s’avisa de dire : ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d’horreurs n’eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables : “Gardez-vous d’écouter cet imposteur ; vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous et que la terre n’est à personne ” » (Jean-Jacques Rousseau)

L’utopie, la pensée des Lumières… Ce n’est sans doute pas si impossible à réaliser puisque le système s’acharne avec ardeur et beaucoup de moyens à nous le faire croire !

C’est toute la problématique de ce livre de science-fiction, d’anticipation ( ?) d’Hellena Cavendi, Un air de liberté, publié aux éditions Chant d’orties.

Rébellion, révolte, révolution, suspense, nature, musique et machine à remonter le temps… Le livre refermé, on n’oublie ni l’histoire, ni les personnages du récit, Amélie, Pierrot, Phil, Lluvia…

Phil qui s’écrit « C’est absurde, nous n’avons pas besoin de gens pour nous commander ! Nous avons un cerveau pour réfléchir ! Les seuls à qui l’ancien régime plaisait, c’étaient ceux qui étaient au pouvoir, justement ! Ceux qui croulaient sous l’or alors que d’autres mouraient de faim ! » et l’énigmatique Lluvia qui, elle, fait penser à une autre chanson…