Science-fiction et vision d’anticipation

Samedi 9 février 2013
lundi 11 février 2013
par  CP
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Dyschronique

Une nouvelle collection des éditions du passager clandestin

Quatre auteurs, quatre textes :

Philippe Curval, Le testament d’un enfant mort

En 1978, Philippe Curval imagine le regard d’un nouveau-né sur un monde sans avenir.

Brian W. Aldiss, La tour des damnés

En 1968, Brian Aldiss imagine une expérience aux proportions babyloniennes pour mesurer les effets de la surpopulation.

Mack Reynolds, Le mercenaire

En 1962, Mack Reynolds imagine un monde où la guerre est conduite par les multinationales.

Murray Leinster, Un logique nommé Joe

En 1946, Murray Leinster imagine les dérives d’un réseau informatique mondial.

En compagnie de Philippe Curval et Philippe Lécuyer

Anticipation, science fiction… Une manière d’imaginer un autre monde, ses transformations, ou bien les dérives d’un système. Et quelques années,
quelques décennies plus tard, on est surpris de voir que ce qui pouvait être seulement considéré comme de la fiction, ou même qualifié d’élucubrations fantasmagoriques, non seulement cette création était en mesure de refléter
une réalité en construction, une vision projetée dans le temps par un ou une auteur-e, mais participait également à l’ébauche de réflexions profondes sur la société et son évolution à moyen et long terme. Réalité impressionniste parfois, livrant au public une vision troublante d’un futur plus ou moins proche.

Pensées à contre-courant, imagination prospective, récits critiques, visions politiques d’un futur qui se profile… C’est un peu tout cela, mais le plus intéressant de ces différents écrits, c’est l’analyse de situations réelles, souvent sublimées ou devinées, qui rejoignent des préoccupations tout à fait actuelles.
Le bug du logique nommé Joe, les expériences de la Tour des damnés pour tenter de gérer la surpopulation en affichant la volonté d’éradiquer la misère et la famine, la conscience prénatale et le libre choix de refuser la vie, enfin la guerre au nom de la compétition entre multinationales, autrement dit les enjeux et les intérêts d’une société de classes, lobotomisée, gérée par les « Supérieurs » et le complexe militaro-industriel. La guerre de classes dans le meilleur des mondes où, pour s’en sortir, il existe deux solutions : entrer en religion ou dans l’armée.

Les écrits critiques s’égrènent dans cette littérature de genre. On sait l’importance et la richesse de la littérature de science-fiction aux États-Unis durant les années réactionnaires de la chasse aux sorcières. La question
est donc posée du caractère subversif et perturbant d’une littérature d’anticipation.

Dyschroniques, joli nom pour cette nouvelle collection des éditions du passager clandestin dont le catalogue s’ouvre avec quatre auteurs, quatre textes :

Le Testament d’un enfant mort de Philippe Curval,

La Tour des damnés de Brian W. Aldiss,

Le Mercenaire de Mack Reynolds,

Un Logique nommé Joe de Murray Leinster.

Quatre romans, différents par les sujets certes, mais proches par la curiosité d’une réalité extrapolée. Et si l’on considère les problèmes de société que ces quatre romans soulèvent, sortes d’immersions dans les fondements de la société, finalement ce sont des romans philosophiques.

Entrons donc dans l’inconnu, la réflexion, le hasard, l’imagination, l’utopie… Monde parallèle ou réalité… Qui sait ?

À ceux et celles qui les liront de le dire.