Syrie, une autre information…

Avec Omar Enayeh (membre de Souria Houria) et Luiza Toscane
mercredi 24 avril 2013
par  CP
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La Syrie… Les informations en parlent régulièrement dans le contexte dramatique d’une population victime de la barbarie étatique, ou bien à travers le filtre confus de la menace djihadiste. Mais, à part quelques exceptions, les médias de masse évoquent plus rarement les résistances populaires en dehors des groupes armés, et notamment les tentatives d’auto organisation.

La société civile syrienne est certes victime de la folie meurtrière d’un clan qui s’accroche au pouvoir, mais elle résiste malgré les bombardements, les tortures, le manque de tout… C’est de cette résistance dont il sera question aujourd’hui, et d’une information différente des dépêches et autres brèves quotidiennes…

Les analyses politiques sur la question syrienne sont souvent extrêmement confuses dans les médias de masse, contradictoires, sinon très dirigées. Et cela dérape avec complaisance vers l’image de deux camps opposés, d’un côté l’armée du dictateur et de l’autre les djihadistes. Cette dichotomie — dictature/djihad — enferme l’analyse d’une situation très complexe dans l’imagerie occidentale habituelle. Comme si hors de la civilisation occidentale et de l’idée démocratique qu’elle s’efforce de représenter, point de salut. Comme si, hors des dictatures ou du modèle occidental démocratique de gouvernance, il n’existait aucune alternative.

Les images stéréotypées de l’Arabe ou de l’Oriental forcément dangereux, au mieux fourbe, sont véhiculées de manière ouverte, sinon insidieuse et efficace depuis longtemps, notamment dans les films. Elles s’imposent de plus en plus et le phénomène se banalise au grand dam de la compréhension de l’autre et du vivre ensemble.

L’État d’ailleurs n’est pas en reste pour propager et renforcer ce type de discrimination puisque le gouvernement français — en dépit des postures compatissantes, des regrets et des inquiétudes exprimées à propos de la population civile syrienne « sacrifiée » —, le gouvernement français a, en toute discrétion, imposé un « visa de transit aéroportuaire » pour tout Syrien ou Syrienne tentant de fuir les bombardements et les violences actuelles dans le pays. « Ce visa, particulièrement difficile à demander dans le contexte de désorganisation politique de la région et à obtenir, à supposer que l’on parvienne à avoir accès aux autorités consulaires françaises, est devenu indispensable pour monter dans un avion transitant par un aéroport français, ou éviter d’en être refoulé vers le pays de provenance. De toute évidence, cette obligation entrave la possibilité pour des Syriens [et des Syriennes] d’échapper à la répression, à la guerre, ou de sortir des camps des pays limitrophes où [les réfugié-es, dont le nombre ne cesse d’augmenter,] survivent dans des conditions indignes et dans la plus grande insécurité. »

Le Gisti et l’Anafé ont fait appel de cette décision auprès du Conseil d’État qui est resté sourd à la requête et a préféré soutenir la décision manifestement illégale du gouvernement. Le prétexte évoqué est que le « visa de transit aéroportuaire » permettrait d’endiguer les demandes « massives », totalement fantasmées, de droit d’asile.

On peut donc résumer ainsi la position du gouvernement français : des pleurs pour la galerie, oui, de l’aide non ! La France, pays des droits humains ? Encore un label honorifique, genre très prisé en des temps d’esbrouffe humanitaire, qui ne correspond évidemment en rien à la réalité. Seulement des mots de bonimenteurs…

Un leurre, et rien de plus !


Le Conseil d’État abandonne les réfugiés syriens à leur sort… en volant au secours du gouvernement français

En janvier dernier, sans la moindre publicité, le gouvernement français a décidé d’imposer aux Syriens souhaitant transiter par un aéroport français l’obtention préalable d’un « visa de transit aéroportuaire » (« VTA »). Ce visa, particulièrement difficile à demander dans le contexte de désorganisation politique de la région et à obtenir, à supposer que l’on parvienne à avoir accès aux autorités consulaires françaises, est devenu indispensable pour monter dans un avion transitant par un aéroport français, ou éviter d’en être refoulé vers le pays de provenance. De toute évidence, cette obligation entrave la possibilité pour des Syriens d’échapper à la répression, à la guerre, ou de sortir des camps des pays limitrophes où près d’un million d’entre eux survivent dans des conditions indignes et dans la plus grande insécurité.

Le but avoué de cette mesure ? Éviter que des Syriens ne déposent une demande d’asile à l’occasion de leur transit par un aéroport français. Le prétexte ? Le code communautaire des visas, qui permet aux États membres d’adopter une telle mesure « en cas d’urgence due à un afflux massif de migrants clandestins ». Prétexte fallacieux car il n’y a aucun afflux massif de Syriens dans les aéroports français (environ 350 Syriens maintenus en zone d’attente en 2012, sur un total d’environ 9 000). En tout état de cause, un demandeur d’asile n’est en aucun cas un « clandestin ».Pour l’Anafé et le Gisti, qui ont porté l’affaire devant le Conseil d’État, il ne fait guère de doute que cette mesure manifestement illégale porte atteinte à l’exercice du droit d’asile et expose des personnes ainsi empêchées de fuir à des menaces sur leur vie et leur liberté en cas de renvoi vers un pays tiers qui lui-même les renverrait très probablement en Syrie.

Par deux ordonnances, le Conseil d’État en a jugé autrement. Tout en reconnaissant que le ministre de l’Intérieur avait agi illégalement en mettant à exécution une mesure qui n’avait reçu aucune publicité, il a pour le reste entériné les thèses gouvernementales : dès lors que plusieurs centaines de Syriens avaient demandé des visas dans les consulats des pays limitrophes et que le nombre de demandeurs d’asile était passé à… 180 (!) en 2012, le gouvernement a pu estimer que la condition d’urgence qui permet d’instaurer des VTA « pour éviter un afflux massif de migrants clandestins » était remplie ; il a jugé, contre l’évidence, que la mesure ne portait « par elle-même » aucune atteinte au droit d’asile ; et pour terminer, il a considéré que s’il y avait bien urgence pour le gouvernement à endiguer un afflux massif (imaginaire), il n’y avait en revanche aucune urgence à suspendre la mesure prise.

Les défenseurs des droits humains ne manqueront pas de s’interroger sur le rôle d’un juge qui préfère voler au secours du gouvernement et couvrir ses illégalités que se soucier du sort des réfugiés syriens dont les témoignages d’ONG ou ceux du HCR nous rappellent chaque jour à quel point il est dramatique.

(25 mars 2013)