Gouvernance. Le management totalitaire

Alain Deneault (LUX)
lundi 1er juillet 2013
par  CP
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Gouvernance. La management totalitaire

Alain Deneault (LUX)

Gouvernance… Mot perdu, égaré, oublié et soudain revenu sur la sellette avec la mondialisation et le tout technocrate. Management et gouvernance, deux mots clés des discours actuels, conjugués et reproduits à l’infini sans qu’il y ait bien évidemment d’analyse de ce que le terme sous-tend, ni mention des
« ravages » qu’il provoque. Le flou est de rigueur pour ce terme fourre-tout du néolibéralisme. « La gouvernance oblitère notre patrimoine de références politiques pour lui substituer les termes tendancieux du management. »

Au début des années 1980, Margaret Thatcher fut la précurseure d’un véritable « Coup d’État conceptuel » dans la volonté évidente de changer la nature même de l’État. Le terme brandi de gouvernance justifiait alors «  une mutation du rôle de l’État. [Et] Sous couvert de réaffirmer la nécessité d’une saine gestion des institutions publiques, le terme désignera non seulement la mise en œuvre des mécanismes de surveillance et de reddition des comptes, mais également la volonté de gérer l’État à la manière prétendument efficace d’une entreprise ».

Suivra la mise en place de commissions, d’experts et d’expertes qui, à grand renfort de « think tanks », vont «  dresser les intervenants publics pour qu’ils se plient à un certain format ; moduler techniquement la parole publique. Et surtout nettoyer l’histoire de ce qui la dépolit : les passions, les affects, les cris du cœur, les refus, les pensées vraies nouvellement articulées, les interpositions, les soulèvements, les ripostes soudaines, les frondes indignées, les paroles qui se cherchent, les modalités d’intervention qui s’inventent ».
Il s’agit donc de « nettoyer l’histoire » de « celles et ceux qui n’ont pas connu le luxe d’être formés à l’exercice du pouvoir dans les écoles des bonnes manières — la gouvernance. » Autrement dit, remettre au pas les rêveurs, les utopistes, les rétifs et rétives au conformisme — contrôler et lobotomiser tout ce monde marginal et subversif — qui refusent de jouer le jeu et de marcher dans les clous du système. Car il y a obligation de n’envisager aucune alternative possible au système capitaliste et à sa sacro sainte gouvernance.

Intérêts d’abord, profit d’abord, les populations… Là, rien ne presse et
surtout qu’elles marchent au pas, les populations, renommées pour la circonstance « société civile ». La Novlangue en cours — bel outil de propagande insidieuse — prêche pour le « travailler plus et bouclez-là ! »
Du coup, sont recruté-es et mis à contribution, d’ailleurs, il faut le dire, sans grande résistance, des intellectuel-les, des chercheur-es, des figures médiatiques et autres carriéristes dans l’allégeance au système, afin de vanter et dispenser une propagande en faveur de la gouvernance, sortie du chapeau au bon moment pour la gloire de la globalisation capitaliste.

« Dès 1989, les sémanticiens de la Banque mondiale ne manqueront pas d’intégrer la gouvernance à leur jargon et d’en imposer l’usage au Sud à partir de 1992. »

Dans Gouvernance. Le management totalitaire d’Alain Deneault, les technocrates et leurs méthodes sont expliquées, démontées, dévoilées, sous forme d’une cinquantaine de courtes prémisses montrant la logique du processus de la propagation du tout management, de cette « révolution anesthésiante » qui mène à une pensée totalitaire. Gestion, capital, management et gouvernance… On vous l’a bien dit que la sémantique n’est jamais innocente et que le langage est un outil puissant pour propager la parole du pouvoir.

À nous de la saisir pour la détourner !