Le festival international du cinéma méditerranéen de Montpellier, CINEMED (suite)

samedi 16 novembre 2013
par  CP
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Le 35ème festival Cinemed a été exemplaire et passionnant : neuf jours de découvertes, de visions cinématographiques à la fois poétiques, critiques et parfois même visionnaires…
L’Antigone d’or a été remportée par le film égyptien, Rags and Tatters de Ahmad Abdalla
qui a réalisé en 2011 Microphone, film qui avait été présenté en 2011 au festival
Cinemed.

Une mention spéciale et le prix du public ont été décernés à Only in New York de Ghazi Albuliwi.

Cinemed est un festival où l’on découvre des cinématographies différentes, tant en fiction qu’en documentaires, des films d’auteur qui nous en apprennent beaucoup plus que les infos sur les sociétés dans lesquelles les productions s’inscrivent. Les résistances et les subversions n’en sont pas absentes ni gommées, même si certains des films s’attachent plus particulièrement à une dimension intimiste ou poétique. L’expression cinématographique reste critique, vive, riche en découvertes d’une altérité méconnue, brouillée, la plupart du temps estompée ou même dévoyée. Malgré les difficultés de production, de jeunes cinéastes tentent l’aventure et s’expriment en détournant parfois les règles, en s’adaptant aux nouveaux supports, en créant de nouvelles formes d’expressions. Les nouvelles générations reprennent la caméra, et cela dans tout le bassin méditerranéen.

Il est donc tout naturel que, dans les entretiens, nous parlions de cinéma et des nouvelles expressions bien sûr, mais également de la vie, des sociétés… En Égypte, en Turquie, au Maroc, en Grèce, en Espagne, en Israël, en Palestine et dans bien d’autres pays de la région, au sens large, méditerranéenne… Le cinéma méditerranéen c’est tout cela et le festival Cinemed de Montpellier s’en fait brillamment l’écho.

Revenons avec Rani Massalah sur son film, Girafada. Une fable politique et la très belle histoire d’un enfant de 10 ans et d’une girafe dans le contexte de l’occupation militaire en Palestine. L’entretien a eu lieu le samedi 2 novembre.

De l’autre côté de la Méditerranée, deux films autour de personnages féminins, dans la solitude pour l’une, dans la fragilité pour l’autre.

Stockholm de Rodrigo Sorogoyen (espagnol).

Le film, tourné en deux semaines, a été réalisé sans subvention, sans aide, en participation de l’équipe technique et artistique. Trois parties, une nuit, une matinée, un épilogue… Tout en dialogues fluides et en travail sur l’image qui accompagne le propos du film. Un film surprise et un ovni qui montre que tout est possible au cinéma…

Le titre fait référence au syndrome de Stockholm. La jeune fille du film est d’abord en quelque sorte kidnappée par le garçon, mais c’est finalement elle qui le kidnappe.

Il y a bien des lectures du film qui se déroule la nuit pour la première partie, ensuite le jour et le blanc domine de plus en plus jusqu’à un presque effacement de l’image. La scène de la terrasse est onirique et, à certains moments, est montée comme une chorégraphie, avec des images au ralenti et un traitement de l’image en surexposition. Les dialogues sont étonnants de naturel.
Le film traite de l’impossibilité d’un rapport égalitaire homme/femme, d’une rencontre fugace, de dupes, et de décalage dans les attentes de chacun des personnages.
L’entretien avec Rodrigo Sorogoyen a eu lieu le 27 octobre.

Septembre de Penny Panayotopoulou, réalisatrice grecque.

Anna vit avec son chien, Manu, jusqu’au jour où celui-ci meurt.

C’est le thème de la solitude dans nos sociétés, et plus largement les difficultés de partager, de se regarder, de s’accepter. C’est une métaphore de la vie actuelle.

« Je crois dans la vie, dit la réalisatrice, c’est pourquoi j’ai choisi une fin heureuse. Et j’ai choisi le chien parce qu’il apporte un mieux être. »

La voisine d’Anna, Sophia, la comprend étant elle-même dans une solitude, familiale, qui peut à tout moment exploser. Les personnages féminins sont très forts et tout en complexité. Le plan séquence final est superbe.

Retour sur l’autre rive méditerranéenne, cette fois au Maroc.

C’est eux les chiens de Hicham Lasri

La manifestation du 20 février 2011. Le public est à l’intérieur du porte voix, en plein slogans.

Une équipe de télé, un journaliste très clean, son chef opérateur et l’assistant… Tout à coup ça dérape, les manifestants ne jouent pas le jeu, les passants s’en mêlent, des SMS intempestifs, le micro ne marche pas, et c’est une suite de prises ratées qui tournent au gag et, pour finir, ils se font chourer la caméra. S’ensuit une poursuite géniale avec la caméra dans tous les sens. Il s’agit de «  rompre les règles cinématographiques », explique le réalisateur. Pari réussi !

Rencontre avec un homme qui vient d’être libéré après trente années de taule. L’équipe décide de le suivre et le journaliste tient son sujet. 404, c’est son matricule car l’homme a oublié son nom. Commence alors une odyssée dans laquelle alternent émotion, gags, rencontres, retrouvailles et perpétuels rebondissements…

À la recherche du passé pour parler du présent. Ou « Raconter le passé en parlant du présent. » 1981, les émeutes du pain / 2011, le printemps arabe. Des dialogues très écrits, une mise en scène entre fiction et documentaire, peu de comédiens professionnels.

C’est eux les chiens de Hicham Lasri est un voyage émotionnel, entre comédie et tragédie. Une belle réussite tout en humour et en émotion sur l’oubli et la mémoire collective. L’entretien a eu lieu le 1er novembre.

Le film sortira sur les écrans en 2014.

Deux films turcs, The Blue Van de Ömer Leventoglu. Un huit clos oppressant pour un transfert de prisonniers politiques. Pinar, une docteure réquisitionnée, est confrontée à l’extrême violence militaire en milei cacarcérale.

Dans ces deux films, The Blue Van de Ömer Leventoglu, et Les impeccables de Ramin Matin, les personnages principaux sont des femmes.

Les impeccables de Ramin Matin. Deux sœurs retournent dans la maison de leur enfance située dans une station balnéaire. Il s’est passé quelque chose de terrible et la suite de petits événements, de disputes va peu à peu faire éclater les tensions. L’entretien avec Ramin Matin s’est déroulé le 29 octobre.

Ramin Matin a réalisé notamment Monters’ Dinner (2011), un film d’anticipation extrêmement critique des dérives d’une société libérale.

Love me de Maryna Er Gorbach et Mehmet Bahadir Er est une coproduction ukrainienne-turque. Rencontre d’un homme et d’une femme qui n’auraient jamais du se croiser…

Italian Movies de Matteo Pellegrini. Une histoire de cinéma, de feuilletons débiles et de créativité cinématographique. L’immigration est le moteur de cette créativité face à des autochtones sans imagination.

Parmi les courts métrages :

Nation Estate de Larissa Sansour (Palestine).

Univers futuriste à la meilleur des mondes.
Un univers futuriste à la manière du meilleur des mondes.
Belle allégorie d’un État palestinien qui a des faux airs tour infernale, de Tour des damnés d’Aldis.

Fais comme chez toi de Helli Hardy (Israël)

Une jeune Palestinienne remplace sa mère pour faire le ménage dans la maison d’Israéliens friqués. La fille de la maison devient alors jalouse de la jeune Palestinienne dès que celle-ci, malgré elle, attire le regard du petit ami. Deux jeunes filles, deux classes sociales antagoniques…

Bobby de Mehdi M. Barsaoui (Tunisie)

Démocratie de Borja Cobeaga (Espagne)

God Save the Queen de Michel Zarazir (Liban)

Les Uraniens de Gianni Gatti (Italie)

Gitan de David Bonneville (Portugal)

Le Blues des treize ans de Jacqueline Lentzou (Grèce)

Le Fossé de Adrian Silisteanu (Roumanie)

Choléra de Aritz Moreno (Espagne)

Une journée en 59 de Nadim Tabet (Liban)

Les documentaires. Une sélection étourdissante !

La Femme à la caméra de Karima Zoubir (Maroc).

Une femme s’empare de la caméra et filme des mariages. Khadija vit à Casablanca, elle est divorcée et élève son fils. Elle entretient aussi sa famille. Mais voilà, être femme divorcée et être indépendante, cela n’est pas bien vu !

Pourtant les familles préfèrent que ce soit des femmes qui filment ou prennent des photos. Elles sont moins chères et moins exigeantes.

Le film parle évidemment de la condition des femmes et de leurs droits au Maroc, ou plutôt de l’absence de droits. Et puis, il y a les phrases qui font mal : « Tu seras seule quand ton fils grandira ».

C’est le film dans le film grâce à Gris Jordana qui se coule parfaitement dans la fête.

Un détail, le nom de Khadija n’apparaît pas au générique du DVD, mais celui de l’agent qui lui trouve des clients. Pendant le ramadan, le frère et la sœur veulent que Khadija arrête de filmer puisqu’elle est obligée de rentrer très tard. La pression devient forte, c’est la crainte des médisances dans le quartier, car les femmes autonomes qui rentrent tard sont des « kabas » (des putains). Khadija finit par partir de chez elle…

Pas de pitié pour les femmes. Quant au mariage, but ultime, il est toujours source de problèmes.

La femme à la caméra de Karima Zoubir a obtenu le prix du documentaire.

Les Chebabs de Yarmouk de Axel Salvatori-Sinz.

Le réalisateur est anthropologue, il travaille sur la jeunesse palestinienne du camp de Yarmouk en Syrie. Le camp date des années 1970.

Lors du filmage, Axel a habité dans le camp. Le film a été tourné sur trois ans (2009-2011). Le tournage du film s’est terminé 8 mois après le début des manifestations contre Bachar El Assad.

Les mêmes histoires reviennent, les biens perdus des grands-parents, pendant la nakba et l’exil forcé.

L’un des jeunes aimerait faire du théâtre et monter une pièce par an dans le camp. Tous tentent d’échapper au service militaire obligatoire pour les enfants de réfugié-es. Pour cela, il faut partir, donc avoir un passeport.

« Je n’ai pas de passeport, dit l’un d’eux, Et je dois faire le service militaire ? Je ne serai pas un soldat en Syrie ».

« Le camp, c’est la Palestine », dit un autre.

« On a rêvé de la Palestine, mais nous n’y sommes jamais allés ».

Les filles dialoguent : « On en fait une ville, mais c’est un camp ».

« Un enfant, c’est des contraintes et cela freine les ambitions ». Elles parlent d’IVG.
La Syrie : « La vie n’est pas facile ici, que l’on soit palestinien ou pas » !
« Les choses vont de pire en pire ».

Et cette constatation : « Chacun de nous sera dans un pays différent ». « On avait des plans, des projets, des rêves, on ne voulait pas rester ».

Aucune autorisation de filmer dans les rues, toutes les prises sont faites du toit. Il y a 65 heures de rushes dont 35 du camp seul.

L’une des jeunes filles dit : il faut « démonter les tentes en ciment » et
« Partir, c’est une solution individuelle, pas collective. »

At(h)ome de Élisabeth Leuvrey.

La réalisatrice est née en Algérie.
Le fil rouge, c’est le photographe Bruno Hadjih qui photographie une région irradiée du Sahara.
Le désert nourrit des gens. Photos d’animaux momifiés comme par le souffle d’une bombe.

Les bombes ont des noms de pierres précieuses : Béryl (bombe 2) qui a provoqué un grave accident nucléaire.

1962. Accords d’Évian. Un accord secret donne le droit aux autorités françaises de continuer les expériences nucléaires dans le Sahara durant 5 années de plus. Les explosions sont souterraines et le Sahara est considéré comme inhabité !

L’endroit n’a jamais été photographié. La roche, « ce n’est pas de la turquoise, mais de la radio activité. Tout cela est irradié. »

Les pierres voyagent, sont ramenées par des personnes qui les donnent, les vendent et transportent ainsi le danger dans tout le pays.

« Ne traîne pas trop là-dedans ! » Tout est radioactif. Le compteur Geiger crache, il crache la mort. Les bureaux se trouvaient à 500 m ou 1 km de l’explosion. Tout est resté en l’état. C’est un musée et c’est aux dépens de la vie des gens qui n’ont rien demandé.

Commentaire officiel : Le Sahara était plus pratique que les atolls du Pacifique.

Mer Toutek : 60 kms de l’explosion. « On a descendu l’oued. En bas, les gens étaient
morts.
 » « Les gens avaient peur de mourir ». « On a eu des doutes même si on ne nous a rien dit. »

La bombe de Tawrit (1962) « Ils nous l’ont caché. Des gens sont tombés malades. Les animaux sont morts, oiseaux, lézards… » « Ils toussaient, toussaient pendant deux
semaines et ils mourraient
 ». 17 personnes sont mortes immédiatement.
« Cette maladie a tout rongé. » « Il y a des endroits où tout ce que l’on plante meurt. » Les nouveaux nés sont handicapés ou ont des malformations. « La France nous a détruit et est partie. »

pourtant c’est une région touristique, avec des peintures rupestres, des villages traditionnels.

Le silence assourdissant sur la responsabilité française.
Liste des morts 1962-1967. Sahara, terre de punition et d’exil.

Après le départ de la France, entre 1992-1995, les espaces irradiés et pollués ont servi de Camps d’emprisonnement pour les Algériens opposés au régime. Les internés étaient parqués là, sans jugement. C’est un crime contre l’humanité. Mais la question des internés est écartée.

À Aïn M’guel : « c’était terrible. Il y avait des cancers de la peau, du poumon… L’eau était irradiée. On était soit fou, soit irradié. » Après la libération, c’est la mort lente ; 95 % des prisonnier ont été irradiés.
«  Les pierres étaient belles et nous en avons emporté, transportant ainsi la radiation. »

At(h)ome de Élisabeth Leuvrey : édifiant.

In Utero Srebrenica de Guiseppe Carnieri.

Une équipe de jeunes cinéastes italiens enquêtent suir place à Srebrenica.
C’est le premier volet de trois films sur ceux et surtout celles qui restent après les massacres.

Trois questions qu’il faut éviter de poser :

Que faisais-tu pendant la guerre ?

Comment va ton mari ?

Comment va ton fils ?

« Ce pays est plein d’os », dit l’une des femmes qui témoigne.

« J’ai perdu 150 membres de ma famille, mon mari et cinq fils ».
Comment accepter la disparition ? C’est une destruction psychologique.

Images d’aujourd’hui et images d’archives.
1995. Srebrenica est tombée. Camp de concentration. Aujourd’hui, recherche des os.

Une des mères : « Il a été assassiné pour le nom qu’il portait ».

Viols : l’une d’elles a perdu son enfant à cause des viols.

Archives : les cris et les femmes entassées.

Une femme cherche les ossements de son fils dans le bois malgré les mines. Son fils avait 15 ans et elle 35 : « Je sais que mon fils a été tué dans le bois et je cherche malgré les mines ».
Une autre femme raconte le bébé piétiné à la naissance devant sa mère par un soldat. Images d’archives des jeunes ; « On se revoit à Tuzla et on ne s’est plus jamais revu ».
Disparitions de masse. Dévastatrices pour les familles, volonté d’effacer jusqu’à leur
mémoire. Faire disparaître les restes, les charniers, les lieux inconnus, volonté de détruire les traces. « J’attends qu’on me le rende depuis 17 ans », dit une autre mère..
La pièce des ossements. Comment reconnaître à qui appartiennent les os dans les charniers, comment reconstituer le squelette ?

En juillet 1995, 8000 victimes sont recencées.
La reconstitution des squelettes se fait à partir des os séparés. La morgue est comme
un utérus : « nous rendons leur identité aux os », dit l’une des responsables.
Les mères refusent l’évidence de l’ADN. Le temps passe, mais c’est toujours une blessure ouverte.

À Kravica, dans l’ex-coopérative agricole, plus de 1000 Bosniaques furent exécutés le 13 juillet 1995. Interdiction d’y entrer. On peut voir la trace de l’impact des balles.
Aujourd’hui, les bourreaux (militaires et autres) côtoient les victimes à qui on refuse des aides sociales et la reconnaissance des faits.

Les femmes font des cauchemars : « On devient folles. On ne sait pas et le plus dur c’est de ne pas savoir ». Des familles entières décimées, des noms sur le monument aux morts ou disparus. Il n’y a plus d’espoir de les retrouver vivants.

L’enterrement, est-ce un traumatisme ? Est-ce revivre 1995 ? Et Comment accepter la tragédie ?

The Lab – Vendeurs de guerre, Yotam Feldman.

Le nerf de la guerre, c’est le profit. Et le film en est une parfaite illustration.

150 000 familles israéliennes vivent du commerce des armes. Après les Etats-Unis,
la Grande-Bretagne et la France, Israël est le 4ème producteur mondial d’armes.
Sa promotion est basée sur les interventions armées faites sur le terrain… en Palestine, notamment Gaza.

Après l’opération de guerre menée contre Gaza en 2008-2009, Plomb durci, Israël a
vendu pour des milliards de dollars des armes qui avaient été testées contre les
habitant-es de Gaza. Chaque opération militaire est donc très rentable. C’est ce
que montre le film documentaire de Yotam Feldman.

Des intellectuels étudient également la meilleure manière de « supprimer » les «  autres », l’ennemi, allant jusqu’à dire « Les Palestiniens sont nés pour mourir, aidons-les » !
L’occupation est source de profit.

D’où la question de Yotam Feldman qui dit avoir traité le sujet d’un point de vue économique : « À quand la prochaine opération ? »

Mohammad sauvé des eaux, Safaa Fathy.

Histoire du frère de la réalisatrice égyptienne mort des conséquences d’une insuffisance rénale. Les conditions des soins, la pollution toxique du Nil par des manufactures, les égouts. Il n’y a pas de dons d’organes, d’où un questionnement éthique sur l’acceptation d’un organe.

Autres films :
Paradjanov, Serge Avédikian. Histoire du cinéaste arménien, né en Géorgie et accusé d’être un nationaliste ukrainien. Emprisonné à plusieurs reprises.

Adria Blues, Miroslav Mandic sur les traumatismes de la guerre civile en ex-Yougoslavie.

Et deux rencontres exceptionnelles. D’abord avec Marianne Khoury, réalisatrice et productrice égyptienne qui viendra parler du cinéma égyptien dans les chroniques rebelles en janvier 2014.

Pour ne citer qu’un film que Marianne Khoury a réalisé avec Mustapha Hasnaoui,
Ombres (Zelal, 2010), documentaire tourné dans un asile qui pose de multiples questions, non seulement sur les conditions d’enfermement et les soins apportés "aliéné-es", mais aussi sur la folie, ses frontières et sa réalité.

Et Agusti Villaronga, réalisateur espagnol.

Sexe et pouvoir sont des clés pour comprendre les films de Agusti Villaronga, mais sans aucun voyeurisme ni aucune complaisance. La violence des images n’est jamais gratuite si elle d’une brutalité crue. Il explore dans ses films la dimension du pouvoir, la banalité du mal, de l’horreur et sa transmission.

La fascination/répulsion donne la mesure de la domination et s’appuie souvent, dans plusieurs de ses films, sur le fascisme et le franquisme comme pour en comprendre les racines.

Nombre de ses films se situent dans les périodes de guerre, d’après-guerre, d’oppression.
Son premier long métrage est en cela remarquable, Prison de cristal (Tras de cristal, 1987), ou encore L’Enfant de la lune (El Nino de la luna, 1989), El Mar (1999),
Pain noir (Pan negre, 2010). Son dernier film, Carta a Eva — deux épisodes pour la télévision —, se passent en 1947, lors de la visite d’Eva Peron dans l’Espagne franquiste.
C’est aussi le portrait de trois femmes dont les destins vont se croiser, une communiste, l’épouse de Franco et la célèbre Evita.

Du grand cinéma méditerranéen.



« Toute personne n’ayant jamais fait l’expérience de la prison ne connaît rien de la Russie » Léon Tolstoï

Lettre de Mordovie

Nadejda Tolokonnikova (L’Insomniaque)

Membre du groupe punk Pussy Riot Nadejda Tolokonnikova purge, pour expier son célèbre et splendide blasphème, une peine de deux ans de travaux forcés au camp de travail IK-14 en Mordovie, aux limites de l’Europe et de l’Asie – aux confins de la mort et de la vie.

Le 23 septembre 2013, elle a commencé une grève de la faim pour protester contre les conditions de détention dans ce goulag.
Elle s’en explique dans la présente lettre, fort édifiante sur le système carcéral russe et les tribulations des 800 000 détenus qui, dans une persistante tradition stalinienne, y sont réduits en esclavage.