Cinéma marocain : La Femme à la caméra de Karima Zoubir, C’est eux les chiens de Hicham Lasri. Et Tribunal Russell sur la Palestine

Entretiens avec Karima Zoubir et Hicham Lasri. Conférence le 25 janvier 2014 (Tribunal Russell sur la Palestine)
dimanche 12 janvier 2014
par  CP
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Cinéma marocain :

La Femme à la caméra

Karima Zoubir

C’est eux les chiens

Hicham Lasri

Une nouvelle vague du cinéma marocain semble se confirmer avec l’arrivée de films inventifs
et subversifs, tant au plan du récit cinématographique que des techniques utilisées.
Deux films récents sont représentatifs de ce point de vue, C’est eux les chiens de
Hicham Lasri, fiction qui mêle présent et passé dans un scénario élaboré sans pour
autant perdre la spontanéité du jeu et l’humour casablancais.

Et la Femme à la caméra, film documentaire de Karima Zoubir, mettant sur la sellette
une femme divorcée et désireuse d’autonomie, Khadija, qui filme les mariages.

Histoire de mémoire et des années de dictature, resurgies pendant les manifestations du
« printemps arabe » pour l’un, et revendications des femmes pour l’autre. Les deux sujets
sont d’ailleurs au cœur des problématiques de la société marocaine contemporaine.

La Femme à la caméra

Karima Zoubir

Dans son film documentaire, La Femme à la caméra, la réalisatrice, Karima Zoubir,
choisit de suivre Khadija, femme divorcée, qui élève seule son fils et vit dans la demeure familiale. Elle contribue largement aux ressources de sa famille grâce à son travail de camerawoman des mariages. Néanmoins, cette contribution financière ne joue guère
sur les mentalités, notamment sur celle du frère qui juge le travail de sa sœur contraire
au comportement d’une femme « convenable ». Les tensions s’installent, les voisins
ne sont pas étrangers à la stigmatisation d’une femme qui revendique son autonomie
par son travail. Puisqu’une femme « respectable » reste à la maison et qu’il est hors
de question qu’elle soit indépendante, alors évidemment en bravant les interdits, c’est une
Kaba (une putain).

Toutefois, et malgré les pressions, Khadija poursuit son métier. Elle aime réaliser des films, même si elle ne les signe pas, puisque le distributeur — patriarcat oblige — s’en déclare
l’auteur.

S’emparer de la caméra rejoint en fait une problématique universelle, celle du droit des
femmes à la création. Et l’ouverture d’un métier exclusivement réservé aux hommes
prend des allures de conquête. Khadija revendique justement ses droits à l’indépendance
et à la création, ce qui n’est pas sans rappeler le mouvement des cinéastes féministes
des années 1970, en France, même si le contexte est différent. Dans la Femme à la
caméra de Karima Zoubir, deux femmes sont à la caméra, Khadija filme les mariages
et Gris Jordana — la chef opérateure de la réalisatrice — filme Khadija au quotidien.

Les inégalités des droits entre les femmes et les hommes sont présentes dès l’enfance
dans l’espace familial, et perdure à l’âge adulte. Le frère a autorité sur la vie de sa sœur,
même si, au contraire de lui, elle est autonome professionnellement.

La Femme à la caméra de Karima Zoubir est une chronique grave des inégalités de genre
dans la société marocaine et pose des questions : où en est le statut des femmes
au Maroc ? Leurs droits fondamentaux sont-ils respectés, droit à l’expression, à la
création, à l’autonomie ? Quels sont les changements intervenus au quotidien ?

Le film a remporté le prix Ulysse, décerné au meilleur documentaire, lors du 35ème
Festival international du cinéma méditerranéen de Montpellier, qui s’est déroulé en
octobre et novembre 2013. Il a été sélectionné à Marseille, Amiens, Bruxelles et est
également programmé dans plusieurs festivals, mais La Femme à la caméra n’a pas
encore de distributeur.

Cet entretien avec la réalisatrice, Karima Zoubir, a eu lieu le 27 octobre 2013.

C’est eux les chiens

Hicham Lasri

Manifestation à Casablanca. 20 février 2011.

Sur place, une équipe de télé, un journaliste très clean, son chef opérateur et l’assistant…

Soudain, le déroulé attendu du film bascule, les manifestants et les manifestantes
ne jouent pas le jeu, les passants veulent prendre la parole, c’est comme dans la
vie quoi ! Au chaos, s’ajoutent les SMS excédés envoyés au journaliste, le micro en
panne, les prises de vue ratées… Et pour couronner le tout, la caméra est volée,
à la tire comme un téléphone portable. S’ensuit une poursuite géniale avec la
caméra dans tous les sens ; pour « rompre les règles cinématographiques » explique le réalisateur, Hicham Lasri. Hé bien, c’est réussi !

De cet imbroglio de séquences rapides, surgit un homme fraîchement libéré après trente années de taule, complètement largué. Le journaliste pense tenir « son » sujet et l’équipe de télé suit l’ex-taulard dans ses périgrinations. Commence alors le périple de 404, c’est son matricule de prisonnier car l’homme a oublié son nom, il ne reconnaît plus la ville, croit voir des connaissances, en retrouvent… Bref, le film est une odyssée où alternent émotion, situations loufoques et rebondissements inattendus.

C’est eux les chiens de Hicham Lasri revient à « raconter le passé en parlant du présent ». 1981, les émeutes du pain au Maroc / 2011, le « printemps arabe » dans une mise en scène entre fiction et documentaire, avec des dialogues percutants et des comédiens fabuleux, professionnels et non professionnels. Un voyage émotionnel ? Sans doute, C’est eux les chiens de Hicham Lasri se situe entre comédie et tragédie.

Le film est sur les écrans le 5 février prochain.

L’entretien avec Hicham Lasri a eu lieu le 1er novembre 2013, pendant le 35ème Festival international du cinéma méditerranéen, à Montpellier.

Et

Tribunal Russell sur la Palestine

Conférence le 25 janvier 2014

Avec Pierre Galand, Franck Barat, Ilan Pappe, Véronique de Keyser, Miguel Angel Estrella,
Guy Greilsamer, Taoufiq Tahani…

Le Tribunal Russell sur la Palestine est un tribunal d’opinion,
fondé en mars 2009, pour
« mobiliser les opinions publiques pour que les Nations unies et les États membres
prennent les mesures indispensables pour mettre fin à l’impunité de l’État d’Israël,
et pour aboutir à un règlement juste et durable de ce conflit ».

Dans cette perspective, quelles sont les avancées obtenues depuis 2009 ? La paix au Proche Orient passe par l’application du droit international, mais quel est l’impact de la création du Tribunal Russell sur la Palestine et de ses travaux sur l’opinion internationale ? Sur les médias ? Sur les États ? Sur les entreprises et les multinationales qui ont des contrats avec Israël, entérinant l’occupation militaire de la Palestine ?

Le 25 janvier 2014, une conférence est organisée à Paris. [1]

Pour y assister, s’inscrire sur Internet à : inscription.tpr@gmail.com

Avec Geneviève Coudrais et Brahim Senouci


CQFD n°118, en kiosque à partir du 15 janvier 2014. Les articles sont mis en ligne au fil de l’eau après la parution du CQFD d’ensuite. D’ici-là, tu as tout le temps d’aller saluer ton kiosquier ou de t’abonner... En Une : une peinture de Sista Chance. Le dossier spécial : L’insurrection zapatiste en pleine
jeunesse ! Le Chiapas s’est mis en commune. La vie communale est le point de départ, le centre nerveux du mouvement zapatiste. Elle est le socle sur lequel peut s’ériger un monde différent.


[1TRIBUNAL RUSSELL SUR LA PALESTINE

IMPUNITÉ D’ISRAËL : RESPONSABILITÉ DES ACTEURS INTERNATIONAUX

Le Tribunal Russell sur la Palestine est un Tribunal International d’initiative citoyenne, créé à la suite de l’inaction de la communauté internationale par rapport aux violations avérées du droit international commises par Israël.

De 2010 à 2013, au cours de plusieurs sessions (Barcelone, Londres, Le Cap, New York, Bruxelles) il a caractérisé, au regard du droit international, la complicité et de la responsabilité d’Etats tiers (Union européenne et ses Etats membres, Etats Unis d’Amérique), d’entreprises multinationales et d’Organisations internationales (telles que ONU) dans l’occupation par Israël des Territoires palestiniens, et dans la perpétuation des violations du droit international commises par Israël. Il a mis en évidence la continuité et la globalité de la politique israélienne qui vise, in fine, à rendre impossible la création d’un Etat palestinien. Il a caractérisé des crimes non encore relevés à la charge de l’Etat d’Israël, des crimes contre l’Humanité tels que le crime d’apartheid.

La capacité de sanctionner et de mettre un terme aux violations du droit international à l’encontre du peuple palestinien et aux complicités établies par le Tribunal au niveau international repose maintenant sur la capacité des mouvements citoyens dans le monde de reprendre les conclusions du Tribunal pour exercer les pressions nécessaires sur les gouvernements, les parlements et les entreprises afin qu’ils changent radicalement leurs politiques et leurs pratiques.

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Avec la participation amicale de Christiane Hessel : auteur du livre "Gaza j’écris ton nom"

Avec les interventions de :

Véronique de Keyser : Députée européenne, témoin du TRP à la session de New York

Ilan Pappe : historien israélien et directeur du Centre européen d’études sur la Palestine (ECPS), témoin au TRP à la session de New York

Miguel Angel Estrella : Pianiste argentin, Ambassadeur de la République d’Argentine auprès de l’UNESCO, membre du jury du TRP

Pierre Galand : porte parole du Comité organisateur international du tribunal Russell sur la Palestine

Jean-Guy GREILSAMER : membre de la coordination nationale de la Campagne BDS France

Taoufik Tahani : Président national AFPS

Frank Barat : coordinateur du comité d’organisation international du tribunal Russell sur la Palestine

Le débat sera modéré par Brahim Senouci, membre du Comité Organisateur International du TRP.