Stalingrad Lovers. Film de Fleur Albert et Réfractions n° 31

dimanche 19 janvier 2014
par  CP
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Stalingrad Lovers

Film de Fleur Albert

Entre fiction et documentaire, Fleur Albert filme le monde des squats, de la marge…
Un film poétique et violent.

Sortie nationale le 29 janvier

Sortie nationale le 29 janvier 2013

Dans Stalingrad Lovers, Fleur Albert filme les invisibles, offre l’espace d’expression aux
exclu-es et leur donne la parole au lieu de les proscrire dans un monde de clichés et
d’a priori.

Stalingrad Lovers tient à la fois de la fiction et du documentaire, ce qui exige une rigueur de l’imaginaire et un niveau de véracité, tant dans les décors que chez les personnages. Et pour cela, il a fallu un long travail, d’écoute et d’observation, entre le quartier de la Goutte d’or et Stalingrad.

Se posent alors des questions sur la conception même du film. À quel moment l’idée de fiction s’est-elle imposée ? L’idée a-t-elle été déterminante pour l’écriture du film ?
Si cette dimension documentaire imprègne le film, est-ce volontaire pour lui donner une touche très spécifique ? Enfin, le choix de l’ambiance poétique, du texte dit à la manière d’un conteur, et ponctuant le film, est-il un élément destiné à dépasser, chez les spectateurs et les spectatrices, le jugement habituel sur la drogue ?

La drogue, et surtout le crack — le caillou — fait peur. Être accro au crack, cette drogue dure
du pauvre, est lié le plus souvent à l’idée de déchéance, sans pour autant qu’il y ait d’analyse des causes sociales de l’addiction. C’est comme s’il y avait une hiérarchisation des produits illicites dans l’univers de la toxicomanie et de la dépendance ! Autrement dit, se camer chic et se camer zone ! Les craintes les plus fantasmatiques et de nombreux amalgames circulent en effet et, depuis fort longtemps, sur « la » drogue et le phénomène de dépendance.

Comme le souligne la réalisatrice, Fleur Albert, « Peindre de l’intérieur l’univers de la toxicomanie avec ceux qui l’ont vécu est encore une façon volontaire d’exorciser, de questionner, à travers les moyens du cinéma et d’un récit nécessaire, cet oubli des
corps ou leur conscience aiguë. Les griots urbains plein de mémoire sont là pour qui
veut bien les écouter et les regarder en face. Ils ont des choses à nous dire et à nous apprendre.
 »

Stalingrad Lovers de Fleur Albert, c’est aussi l’histoire d’une promesse à un disparu, Mehdi.
Et « Mehdi, c’était ça, une droiture. Une manière de faire », comme le dit Mona dans
le film. Mais tenir la promesse s’accompagne d’une quête de soi en quelque sorte rédemptrice.

Règle n° 9 : « Ne montre jamais tes faiblesses aux autres. » Des codes s’installent, des règles s’édictent dans un voyage à la marge. Pourquoi finalement ? Le chaos et la perte de repères sont peut-être exacerbés par la drogue, mais c’est en écho à la société actuelle…
« La toxicomanie n’est peut-être […] que le reflet porté à son paroxysme de la société capitaliste dans sa violence la plus cinglante. L’expérience de l’addiction a tant à voir avec la mauvaise conscience de notre époque. C’est sans doute l’une des constantes de la civilisation post-moderne, post-industrielle : quelque chose nous mange. »

Sortie nationale le 29 janvier

Entretien avec la réalisatrice

Et

Réfractions N° 31

Les conflits c’est la vie !

Les conflits, vaste débat abordé par le numéro 31 de Réfractions, la revue de recherches
et d’expressions anarchistes. Un sujet à réflexions d’autant que, comme l’évoque l’éditorial,
« L’histoire même de Réfractions est traversée
de heurts, dont certains ont conduit au départ de membres du collectif
et qui chaque fois posent la question de savoir ce qui l’emporte, du stimulant et du mortifère, du constructif et du destructeur. »
Et bien sûr, les conflits
existent aussi au sein des groupes libertaires militants. C’est la vie, quoi !

Et serait-il lucide d’imaginer la disparition des conflits dans un système de société qui, malgré tout, et même si les libertaires le remettent en cause et le combattent, les influence depuis l’enfance ? Mais une fois ce constat fait, que faut-il tirer de ce type d’expérience pour aller de l’avant dans l’idée d’une utopie pratique et quotidienne ?

« Dans quelle mesure les anarchistes ont pu penser et pratiquer des manières originales de résoudre ou de désamorcer des conflits,
depuis les jurys d’honneur jusqu’aux groupes affinitaires, en passant par la pratique du consensus formel ? Aucune de ces manières
ne constitue une recette pour en finir avec la conflictualité. Elles
sont bien plutôt l’indice que l’anarchisme se confronte véritablement
aux antagonismes, y compris dans ce qu’ils peuvent avoir
d’interminable ou d’insoluble. […] Toute vie collective est traversée de conflits, pour lesquels se pose la
question de leur caractère moteur ou paralysant. Qu’on le dise pour
les célébrer ou parce qu’il faut bien vivre avec, les conflits, c’est la
 vie… »

Les conflits, c’est la vie ! Certes, mais faut-il encore que l’expérience qui en découle et son analyse permettent de dépasser les égos, les scissions, les rancœurs… Y parvenir, c’est aussi la vie !

Avec Jean-René