Le monde en un jardin. Film de Frédérique Pressmann. C’est eux les chiens. Film de Hicham Lasri. Bienvenue dans l’angle Alpha de Judith Bernard

dimanche 2 février 2014
par  CP
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C’est l’histoire d’un jardin et c’est aussi l’histoire d’un quartier que nous raconte Frédérique Pressmann dans son film, Le monde en un jardin. Et croyez-le si vous voulez, ce monde en un jardin — le parc — se situe sur les collines de Belleville. On y domine tout Paris, les pieds dans la nature, même si, à travers les arbres, par quelques trouées, apparaissent des immeubles bien urbains et plutôt moches, il faut bien le dire.

Le monde en un jardin où un jardinier philosophe, nouveau Candide pédagogue, prend le
temps d’écouter les oiseaux, de regarder pousser les arbres et les fleurs, les connaît par leurs noms, et prend soin du jardin, en collines, qui fut un lieu important de la culture ouvrière dès
le XIXe siècle, surtout après que les travaux du baron Haussmann aient chassé le peuple parisien du centre ville, notamment vers Belleville et ses collines.

Belleville, on se souvient des luttes de la Commune en 1871, ou encore de l’enquête du journaliste Henri Leyret qui, en 1893, s’est fait bistrotier dans le quartier afin de « pouvoir étudier l’ouvrier chez lui, au repos, loin de l’atelier déprimant, loin des réunions publiques, […] se mêler à ses rires, à ses misères, rire et pleurer comme lui, près de lui pour mieux le connaître. » Cela donnera En plein faubourg, un des premiers essais sociologiques, passionnant et réédité dernièrement par les Nuits rouges.

Dans Le monde en un jardin, la réalisatrice a inséré quelques archives filmées, qui nous rappellent, au coin d’une allée ou d’un témoignage, ce qu’était le quartier auparavant, il y a quelques décennies, avant la création du parc.

Les saisons se suivent et le quartier, encore populaire, devient peu à peu bobo, mais « pas
trop
 » espère Gérard le jardinier, parce que l’important c’est que le jardin accueille une
« mixité sociale » comme dirait les sociologues aujourd’hui.

Le monde en un jardin de Frédérique Pressmann est une balade et beaucoup de réflexions à propos de la ville, du partage, et d’un monde apaisé… Apaisé ? Pas sûr. L’expression des ceux et celles qui s’y promènent peut se faire critique et subversive… Moussa, par exemple, analyse la société et ses perspectives : « Ils font tout pour que la jeunesse française se déconnecte et on peut se réveiller que quand il y a Le Pen au deuxième tour. Je trouve ça grave, quand même. On est en France, on a connu Vichy, on a connu les rafles... tout un tas d’horreurs qui fait normalement qu’un peuple comme le nôtre, je dis bien le nôtre, n’a pas le droit de tomber dans des pièges comme ça. »

Le monde en un jardin de Frédérique Pressmann, c’est l’histoire d’un jardin, c’est aussi l’histoire d’un quartier, de ses habitants et de ses habitantes… Belle promenade !

Le film est sur les écrans, notamment au Saint André des Arts.

Un coffret DVD avec des bonus est sorti également.

Entretien avec Frédérique Pressmann

Et

C’est eux les chiens

Film de Hicham Lasri

Nouvelle rencontre avec le réalisateur.

Le film commence dans le porte-voix d’un manifestant qui hurle : « À bas le régime ! ».
Voilà un film marocain qui annonce la couleur et part sur les chapeaux de roue. J’ai à
nouveau rencontré Hicham Lasri après avoir revu son film, C’est eux les chiens, véritable pépite d’humour et de subversion. Il sort le 5 février et casse bien des clichés sur le Maroc et son cinéma. Le cinéma marocain explose et les cinéastes ont bien des choses à dire, c’est certain.

Le film sort le 5 février sur les écrans.

Bienvenue dans l’angle Alpha

D’après Capitalisme, désir et servitude. Marx et Spinoza

de Frédéric Lordon.

Adaptation et mise en scène

Judith Bernard

Tous les mardis et mercredis jusqu’au 26 février, à 21h,

au théâtre de Ménilmontant

Bienvenue dans l’angle Alpha, ou pour le dire autrement : ne m’invitez pas dans une révolution où on ne peut ni danser ni rire des pièges tendus par la société capitaliste.
Des pièges de plus en plus élaborés avec les techniques patronales de « management », comme on dit aujourd’hui pour parler de gestion des salarié-es. L’angle Alpha, c’est la réponse aux manipulations et à la domination, c’est tourner le dos à la « servitude volontaire »…
La résistance quoi !

Drôle de gageure d’adapter au théâtre un texte mêlant philosophie et économie, engagé dans une critique sociale acerbe. Et elle est gagnée ! Le public rit, les gens rient des évidences vécues au quotidien dans le monde du travail et de la consommation. Un peu plus d’une heure de spectacle et de prise de conscience… La conscience s’aiguise et l’auto critique se fait joyeusement.

L’expression « balayer devant sa porte » acquiert ici une dimension visuelle, sonore, pragmatique. Il ne s’agit pas de critiquer l’autre et de s’extraire du champ examiné, non : on est dedans !

Alors à bas la hiérarchie et Bienvenue dans l’angle Alpha ! On y danse, on y pense, et on s’y amuse…

Entretien avec Judith Bernard