La saveur des patates douces

Vicente Marti (ACL)
jeudi 17 janvier 2008
par  CP
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"Je suis contre la violence, mais si un pouvoir d’État me menace, je m’estime en droit de répondre avec la même violence." Cette simple phrase représente à elle-seule l’itinéraire de Vicente Marti, fils d’anarchistes, lui-même formé dans l’exil libertaire.

Arrivé en France en 1948, après un passage à la fois pénible et dangereux de la frontière espagnole, Vicente arrive à Avignon où il adhère à la CNT, puis devient membre de la Fédération Ibérique des Jeunesses Libertaires (FIJL) — mise hors la loi après l’assassinat par l’État franquiste de Granados et Delgado — et du DI (Défense Intérieure), groupes très actifs dans la lutte antifranquiste.

Le franquisme, Vicente avait eu le loisir d’en observer la violence et les méfaits au quotidien, de 1939 jusqu’à son exil. D’abord directement, avec l’arrestation du père et l’obligation, pour sa mère, de vivre sous une fausse identité, mais aussi avec la situation en Espagne après 1939 : misère, famine, répression, emprisonnements de masse, exécutions sommaires, disparitions de personnes, torture, clandestinité… La violence de l’État, Vicente sait ce que cela signifie.

La saveur des patates douces, c’est cinquante années de luttes, d’action révolutionnaire, de remise en question, de critiques, d’autocritiques, de discussions, de réflexion sur l’anarcho-syndicalisme, sur la pratique révolutionnaire, sur la nature du pouvoir et ses conséquences sur les individu-e-s.

Un livre qui nous parle, Vicente qui nous parle de ses convictions, de ses doutes, de ses expériences, comme celle des campings libertaires qui représentent des lieux de rencontres, de débats et permettent des questions sur "l’influence de l’urbanisme, de l’habitat sur le comportement des individus". Un des aspects importants de cette rencontre avec Vicente Marti à travers la parole écrite de cet ouvrage édité par l’Atelier de Création libertaire, c’est la présence des notions de résistance et de partage qui demeurent jusqu’aux dernières pages et même au-delà.

La saveur des patates douces, c’est le témoignage d’un rebelle et d’un homme engagé, la mémoire nécessaire pour continuer la lutte sur le terrain dont Vicente se revendique : " la violence ne viendra jamais de moi, mais si la violence m’est imposée, est-ce que je dois la recevoir comme les chrétiens en tendant l’autre joue ? Je dis non, non."


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