Rimbaud malgré l’autre. Contes rebelles. Récits du sous-commandant Marcos

dimanche 8 juin 2014
par  CP
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En première partie, un thème : Rimbaud et la révolution du langage

Avec un texte de Michel Arouimi :

Rimbaud malgré l’autre

dans la collection (Re)lire Rimbaud (éditions Jacques André

Il y a trois ans, presque jour pour jour, nous organisions une rencontre autour de Rimbaud dans les Chroniques rebelles, avec deux essais, deux auteurs, des regards et des approches différentes de l’œuvre et de l’homme. Dans Arthur Rimbaud, l’anarchiste inachevé, Patrick Schindler écrivait : « J’ai choisi d’attaquer les clichés, les a priori, les fantasmes, voire les mensonges publiés au sujet du poète. Le but de cet essai est d’essayer de savoir pourquoi l’adolescent, qui rassemblait tous les ingrédients de l’anarchie, s’écarta de la lutte sociale, de l’amour et enfin de la poésie, pour plonger dans un individualisme itinérant. » Dans son ouvrage, Vivre Rimbaud, Michel Arouimi empruntait pour son titre une parole à Ramuz, autre écrivain et poète, qui parlait « de le vivre ou de le revivre »...

Arthur Rimbaud, dans sa fulgurance, est sans doute l’un des poètes qui a suscité et suscite le plus de passions, d’hypothèses, de controverses et de questionnements, non seulement sur son œuvre, étonnante, mais aussi sur son itinéraire, à la marge.

« Poètes maudits » : telle est l’étiquette que l’on a bien voulu coller à ces génies que furent Rimbaud, Verlaine, Lautréamont. La malédiction se serait abattue sur une prétendue illisibilité de leurs textes ; malédiction qui masque très mal le peu d’effort fourni par la critique pour sortir de ses habitudes de lecture. Une peur aussi, face à l’aridité d’un espace littéraire qui trouve largement sa place dans le champ révolutionnaire qu’il représente.

Rimbaud à l’épreuve des textes qui ont influencé son écriture : pensons à Victor Hugo et surtout à L’Homme qui rit, somme narrative allégorique qui selon Guy Rosa est « en promesse et en désespoir de toute révolution ». Quelle ascendance l’ouvrage de Victor Hugo a-t-il pu avoir sur l’œuvre rimbaldienne ? Comment leurs éruditions respectives, souvent intimidantes, se rencontrent se côtoient se mettent en tangence, en friction ? Comment l’écriture de Hugo a-t-elle impacté celle de Rimbaud ? Questions que Michel Arouimi se posent, entre autres, dans son dernier ouvrage, Rimbaud malgré l’autre.

En parcourant ce nouvel essai de Michel Arouimi sur Rimbaud pour envisager les filiations possibles avec d’autres poètes et écrivains, viennent à l’esprit
les écrits d’un auteur contemporain, tout aussi révolté que Rimbaud, qui
s’écrie dans l’Humanité sans sépulture : « Engagé ou pas, l’artiste embrasse
le néant
 » ! Or, si l’on songe au parcours de Rimbaud, à sa rébellion, à ce que l’on peut considérer comme un point de rupture avec un idéal, on constate l’actualité de son œuvre et les échos dans des œuvres d’hier et d’aujourd’hui, comme dans celle de Louis Mandler : «  J’écris pour moi !… Pour ceux qui sont morts incompris !… Pour ceux qui pourraient empêcher qu’une immense partie de l’humanité ne meure à elle-même et ne devienne un instrument de mort !… […] Je suis le trou, je suis la forme du trou, je suis l’atmosphère irrespirable de ce lieu sans issue sinon celle que je creuse… » Décidément, oui, la révolte est intemporelle.

Le dormeur du val

C’est un trou de verdure où chante une rivière,

Accrochant follement aux herbes des haillons

D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,

Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,

Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,

Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,

Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme

Sourirait un enfant malade, il fait un somme :

Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;

Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,

Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Avec l’auteur et Nicolas Mourer.


Contes rebelles. Récits du sous-commandant Marcos. Un livre CD pour fêter les 20 ans du soulèvement zapatiste du 1er janvier 1994. 12 contes et récits • 20 photographies couleurs des communautés zapatistes • un CD contenant les textes du livre lus par John Berger, Bonga, Carmen Castillo, Manu Chao, D’ de Kabal, Jolie Môme, Denis Lavant, Les Ogres de Barback, Daniel Pennac, Serge Pey, Tamérantong.

Ce livre, coordonné par le collectif « Grains de sable », est une réalisation solidaire dont les bénéfices seront versés aux communautés zapatistes (éditions Muscadier).

Au moment de l’entrée en vigueur de l’accord de libre échange entre le Mexique, les États-Unis et le Canada — l’ALENA —, dans la nuit du 31 décembre 1993 au 1er janvier 1994, les Indiens du Chiapas se révoltent contre une « démocratie » officielle subie comme une « dictature en formation puisqu’elle considère encore les indigènes comme des “citoyens [et des citoyennes] en formation” ».

Vingt ans après, les zapatistes sont toujours là, malgré la stratégie menée par le gouvernement mexicain, malgré ses tentatives d’occuper les régions contrôlées par les zapatistes. Malgré les attaques répétées à l’encontre de toute la population du Chiapas, malgré les massacres, comme celui du 22 décembre 1997, à Actéal, perpétré par des groupes paramilitaires. Des manifestations ont eu lieu un peu partout dans le monde, à la suite de la tuerie d’Actéal, pour dénoncer l’implication de l’État mexicain dans ces crimes. Une commission civile internationale d’observation a alors constaté la situation de guerre de
«  base intensité » menée par des groupes paramilitaires, financés par l’État mexicain, contre la population : expulsions, viols, maisons et récoltes incendiées.

Dernièrement, une autre attaque a eu lieu. Donc, plus que jamais, solidarité !