Villes rebelles. De New York à Sao Paulo, comment la rue affronte le nouvel ordre capitaliste mondial

Collectif. Traduit du portugais (Brésil) par Antoine Chareyre (éditions du Sextant)
lundi 7 juillet 2014
par  CP
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Rediffusion.

Infos cinéma

En juin 2013, une série de manifestations enflamme les rues de nombreuses villes du
Brésil. Le Mouvement pour le Transport Gratuit en manifestant contre la hausse des tarifs des transports publics déclencha ce soulèvement. Inspiré dans sa forme par l’ouvrage Occupy Wall Street, ce livre publié en juillet 2013, à chaud, rassemble les textes d’une vingtaine d’auteurs brésiliens et anglophones. Une approche multiple, éclairante, qui ouvre des perspectives concrètes.

En deux semaines le Brésil dont on disait qu’il avait réussi — ce pays qui a vaincu l’inflation, intégré les exclus, qui est en train d’éradiquer l’extrême pauvreté et est un exemple dans
le monde — a été remplacé par un autre pays, dans lequel le transport collectif, l’éducation
et la santé publiques sont un désastre et dont la classe politique est une honte, sans parler
de la corruption. Laquelle des deux versions est la bonne ? Il est évident que tous ces défauts existaient déjà avant, mais ils ne semblaient pas primordiaux ; et il est évident que les mérites du nouveau Brésil sont toujours là, mais on dirait qu’ils ne donnent plus le la. L’esprit critique, qui était démodé, pour ne pas dire hors sujet, a pu maintenant re-émerger. L’énergie des récentes protestations, dont nous mesurons encore peu la dimension populaire, a levé le voile et rééquilibré le jeu. Peut-être redonne-t-elle à notre société le sens de la réalité et l’agilité critique. Sans parler de l’humour, que dans les grands moments nous avons toujours su garder.
(Roberto Schwarz)

En compagnie de Teresa Peixoto Faria et Jean-Pierre Garnier.

La vague de soulèvements et de manifestations dans le monde depuis 2011 a relancé l’idée
de l’émergence d’une large prise de conscience populaire. Ce que les médias ont qualifié de
« printemps arabe » pour nommer l’irruption de révoltes de l’autre côté de la Méditerranée, ne tient évidemment pas compte, dans sa généralisation et son romantisme trompeur, de la spécificité et de la complexité des mouvements, des enjeux et des forces sociales en présence dans chaque pays et chaque région. La contestation en Tunisie ou en Libye, en Syrie ou au Yémen, au Bahrein ou en Égypte, etc. a en effet ses caractéristiques propres, en deçà des interprétations simplistes et des amalgames habituellement colportés.

S’ils n’ont pas généré les changements espérés par les populations, ces soulèvements populaires ont eu des répercussions importantes et graves. Le processus de récupération des mouvements populaires s’est rapidement installé avec, là aussi, des variantes. La prise de pouvoir de régimes militaires pour officiellement « sauver le pays du chaos », la répression brutale, la guerre civile, la mise en place de « démocratie » — par exemple en Tunisie —, permettent au système de perdurer sans pour autant régler les problèmes engendrés par la pauvreté, le chômage, les inégalités, la corruption ou encore l’absence de services publics.

Pourtant, si après l’illusion islamiste, l’armée s’est substitué à la voix populaire en Égypte, si la guerre des clans se poursuit en Lybie et la guerre aux civils en Syrie, si la situation économique s’aggrave dans les pays qui ont vécu des moments de révolte et d’espoir, et même si l’on y voit aujourd’hui seulement un échec, il n’en demeure pas moins que le silence s’est fissuré comme la léthargie consensuelle, que la parole s’est libérée, enfin que les peuples ont réalisé qu’ensemble ils représentaient une force.

Et dans le reste du monde, les contestations se sont succédées comme en écho aux révoltes méditerranéennes.

Pas moins de 18 auteur-es contribuent à un ouvrage collectif qui pose une question
essentielle : « Quel est le lien entre le mouvement au Brésil et d’autres mouvements semblables dans le monde […] ? De la place Tharir, en Égypte, à la place de la Puerta del Sol, à Madrid, de la place Syntagma, en Grèce, au parc Zuccotti, aux Etats-Unis, en passant par la place Taksim, en Turquie, ces mouvements ont transformé les places en tribunes de protestations composées en majorité de jeunes, mobilisés via les réseaux sociaux, sans syndicats ou organisations traditionnelles. » L’ouvrage, Villes rebelles. De New York à Sao Paulo. Comment la rue affronte le nouvel ordre capitaliste mondial est publié aux éditions du Sextant.

Le lien entre tous ces mouvements ? On peut sans doute dire la spontanéité et l’absence de chefs, car ce sont des mouvements où, soudain, les individus « privés du pouvoir de décision sur leur destin, s’emparent de ce destin comme de leur propre corps, au moyen de l’action directe. »
Comme ailleurs, le Brésil était « devenu une gigantesque fabrique du consentement ». Alors, « la résistance urbaine, les mouvements des sans-toit, les mouvements étudiants […] se sont articulés en réseaux plus larges, comme les Comités Populaires de la Coupe du Monde et Articulation Nationale ». Occupations, grèves, manifestations… « La ville est employée comme une arme en vue de sa propre reconquête ».

À Sao Paulo, « la population lance contre elle-même le système de transport chaotique des métropoles, qui donne la priorité au transport individuel et abandonne ces métropoles au bord de l’effondrement. Dans ce processus, les gens prennent collectivement les rênes de l’organisation de leur propre quotidien. »



SOLIDARITÉ AVEC CEUX ET CELLES QUI LUTTENT

contact : lacoupeestpleine@ouvaton.org

http://www.cnt-so.org/?Bresil-la-Coupe-est-pleine

Du 12 juin au 13 juillet, la Coupe du monde de football a lieu au Brésil. En 2016, les Jeux Olympiques seront organisés dans ce pays. Pour ces deux évènements sportifs et commerciaux, des sommes colossales sont dépensées, alors que nombre de besoins essentiels de la population ne sont pas satisfaits, loin de là.

Dépenses publiques, bénéfices privés !

Les compétitions sportives sont depuis longtemps des machines à drainer l’argent public vers les grandes multinationales (des dizaines de milliards de bénéfices), les mafias sportives internationales — FIFA (plus de 2 milliards de chiffre d’affaire par an) et CIO (4 à 5 milliards à chaque olympiade) — et les riches de chaque pays organisateur :

- 2014 : JO de Sotchi (Russie) : 36 milliards d’euros 2012 : JO de Londres (Royaume-Uni) : 12 milliards 2010 : JO de Vancouver (Canada) : 5 milliards

- 2010 : Coupe du monde en Afrique du Sud : 4,3 milliards de dollars de dépenses pour l’Afrique du Sud, 2 milliards de profits pour la FIFA

- 2004 : JO d’Athènes : 15 milliards de dépenses, qui ont contribué à l’explosion de la dette grecque

Les expulsions d’habitant-es sont une habitude, et permettent des constructions de haut standing pour les riches. Pour les JO de 2008 à Pékin, 42 milliards ont été dépensés et plus de 1,5 million de personnes ont été déplacées dans le cadre de projets de développement urbain. C’est le cas à chaque grand événement sportif.

Les villes les plus touchées par les expulsions forcées sont Rio (50 000 personnes concernées), Fortaleza (32 000 personnes), Porte Alegre (15 000 personnes) !

Au total, plus de 170 000 familles ont été chassées de leur logement. Ce qui se traduit par
250 000 personnes.

Toutes les méthodes ont été utilisées : créer un climat de peur dans les quartiers, exercer des chantages et pressions psychologiques sur les familles pour qu’elles cèdent leur maison à des prix dérisoires, accaparement de terres, expulsions sans relogement, violences policières sur ceux et celles qui résistent, déplacement des populations dans des zones urbaines dangereuses ou isolées ! Pendant l’événement, le « nettoyage » des villes est annoncé : celui de tous les hommes et femmes qui vivent sur les trottoirs en les renvoyant à des dizaines de kilomètres. Il faut rendre la pauvreté invisible ! Le Brésil n’est pas un cas isolé. Il existe chaque fois plus d’exemples à travers le monde qui illustrent l’insécurité des habitant-es à l’occasion de ces méga-évènements. Pendant ce temps, les spéculateurs réalisent des centaines de projets immobiliers et touristiques qui vont demain leurs rapporter des milliards....

http://www.solidaires.org/IMG/pdf/2014_-_5_-_27_-_La_Coupe_est_pleine_A3.pdf