Lectures de témoignages LIP. Seconds, l’opération diabolique de John Frankenheimer.

dimanche 13 juillet 2014
par  CP
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« MILITER, C’EST AUSSI NOTRE AFFAIRE »

Retour sur une lutte ouvrière majeure de l’histoire sociale

Avec des témoignages des ouvrières de LIP

Textes dits par Odila Caminos et Nicolas Mourer

Et

Un entretien avec deux distributeurs, fans de cinéma,

Marc Olry et Jean Fabrice Janaudy

Autour d’un film qui sort en copie restaurée le 16 juillet prochain :

Seconds

L’opération diabolique

De John Frankenheimer

et

Nous parlerons aussi de revues avec

L’Échaudée n° 4

Cassandre/Hors champ n° 98

Ce qui se passe encore une fois à Gaza est une tragédie dont les Etats-Unis et l’Europe sont
en grande partie responsables, et cela depuis les accords Sykes-Picot — à la fin de la Première Guerre mondiale — jusqu’aux aides économiques à l’État d’Israël, dès sa fondation en 1948, auxquelles s’ajoutent le soutien inconditionnel de ces pays à l’égard des gouvernements israéliens, illustré entre autres par le deux poids deux mesures qui est fait du traitement
de l’information. Lorsqu’un président exprime « la solidarité de la France face aux tirs de roquettes en provenance de Gaza », lorsqu’il « rappelle que la France condamne fermement ces agressions [et qu’il] appartient au gouvernement israélien de prendre toutes les mesures pour protéger sa population face aux menaces [et] de prévenir l’escalade des violences », pourquoi n’évoque-t-il pas les morts des civils à Gaza ? A-t-il songé à l’enfer vécu par les
familles palestiniennes, les gosses, les femmes, les civils de l’autre côté de ce qui est appelé
la « barrière de sécurité » ? Non. Sans doute est-il stratégique de considérer que les
victimes palestiniennes sont des terroristes… Des femmes, des enfants, donc des terroristes ?! Le comble du cynisme et de l’inhumanité ! Cette déclaration de la honte passe évidemment sous silence les centaines de morts et de blessés parmi la population palestinienne, les maisons, les écoles, les coopératives agricoles détruites après le largage de 400 tonnes de bombes et de missiles durant les trois premiers jours de l’opération militaire israélienne sur la Bande Gaza. Il n’y a pas de limites à l’hypocrisie d’un technocrate médiocre, préoccupé uniquement de sauvegarder son pouvoir et de remonter dans les sondages.

Ce qui se passe à Gaza représente un danger permanent pour toutes les populations, un risque énorme pour la région, une injustice flagrante qui perdure depuis 1948… Pourtant, en France, les nombreuses analyses, faites par politiques ou médias interposés, sont souvent à la fois un tissu complexe de mensonges, de propagande, de déni et d’informations erronées. Une chose est certaine : la violence en boucle est nourrie de part et d’autre par l’occupation.

Mais non, ce n’est pas une guerre. Peut-on comparer les « roquettes » palestiniennes aux chars de l’armée israélienne, à l’armement sophistiqué dont elle dispose, aux drones, aux forces aériennes et navales qui bombardent un territoire où la population est l’une des plus denses au monde ? Non, ce n’est pas un conflit qui met en présence deux armées, des unités d’artillerie, des commandements militaires. Alors, peut-on sérieusement parler de combats entre deux armées ? Il y a d’un côté une armée d’occupation suréquipée et surentraînée — trois ans de service militaire — et de l’autre des groupes armés. La situation est générée par le blocus, par l’arrêt des négociations qui n’aboutissent à rien, sinon à un peu plus de misère et d’humiliation. Et les roquettes servent encore une fois de prétexte à une punition collective meurtrière, à attaquer et à terroriser la population civile palestinienne, littéralement enfermée dans un territoire qui est une prison à ciel ouvert.

Ce qui se passe à Gaza, comme le dit Noam Chomski, « ce n’est pas une guerre,
c’est un crime
 ».

Gaza et Guernica. Gaza, comme Guernica qui a été un terrain d’entraînement pour les bombardements des alliés fascistes de Franco en avril 1937, Gaza permet de tester les armes nouvelles produites par l’industrie militaire israélienne en plein essor. Après chaque intervention militaire, les ventes des armes israéliennes se chiffrent en milliards de dollars.

Dans son film documentaire, The lab – Vendeurs de guerre, le réalisateur israélien Yotam Feldman explique qu’en Israël, 150 000 familles vivent du commerce des armes et que la production est florissante. La démonstration des opérations militaires faites sur le terrain fait partie de l’argumentaire promotionnel du complexe militaro-industriel israélien. Gaza est un véritable laboratoire à portée de chars, d’avions, de drones et autres innovations meurtrières…
Après l’opération de guerre, appelée Plomb durci et menée contre Gaza en 2008-2009, Israël a vendu pour des milliards de dollars le matériel militaire utilisé contre la population de Gaza. Chaque opération militaire est donc très rentable. Les armes, comme les stratégies et les tactiques de guerre, s’exportent avec succès, notamment au Brésil où elles sont utilisées contre les populations des favelas, dans un contexte de « nettoyage ethnique » pour favoriser des projets urbains.

À la fin de son film, Yotam Feldman pose une simple question : « À quand la prochaine opération ? » Nous y sommes.
Le nerf de la guerre n’est-il pas avant tout le profit ? Et l’occupation militaire de la Palestine est une source de profit pour une partie de la société israélienne. Peu importe alors la souffrance des populations.

Il n’y a qu’une solution pour que cesse cette violence en boucle : la fin de l’occupation.

Images des LIP

CRÉATIONS EN LUTTE

En 1973, les ouvriers et les ouvrières de Lip, célèbre marque d’horlogerie de Besançon, refusent le démantèlement de l’entreprise et les licenciements.

Dans l’usine occupée, ils et elles produisent et vendent des montres pour leur propre compte, donnant à leur lutte autogestionnaire un écho extraordinaire. Leur victoire est hélas éphémère, mais elle marque les consciences. Un nouveau dépôt de bilan en 1976 inaugure un second conflit, long et douloureux.

En novembre 2013, deux journées ont été consacrées à cette lutte ouvrière emblématique, dans laquelle beaucoup de femmes ont participé. Un colloque, des projections de films, du théâtre et des lectures auxquelles les chroniques rebelles ont participé.

Cela s’est passé à la Maison des Métallos et, nous l’avons enregistré. Vous entendrez d’abord le 45 tours LIP, et ce seront ensuite des témoignages de femmes qui évoquent les rapports de genre dans le travail et dans la lutte, car « MILITER, C’EST AUSSI NOTRE AFFAIRE »

Avec les voix d’Odila Caminos et de Nicolas Mourer.

De cette lutte, les femmes ont beaucoup à dire et cela ne sera jamais comme avant. Un exemple à reprendre à notre compte. On pense au film de Denis Gherbrant, On a grèvé, qui raconte une lutte et une grève de femmes de chambre qui a gagné.

Seconds

L’opération diabolique

De John Frankenheimer

Un banquier, marié, Arthur Hamilton (John Randolph) déçu par son existence signe un pacte diabolique avec une organisation secrète qui peut lui offrir la vie dont il a toujours rêvé, lui offrir une seconde chance...

Le film ouvre, dès le générique, sur de très gros plans d’un visage, déformé, distendu comme si la caméra pénétrait la peau, la matière. La musique de Jerry Goldsmith, trouble, déconcertante, presque dissonante, amplifie l’impression déstabilisante d’inconnu, de passage dans une autre dimension. La caméra pénètre dans une oreille, balaie le visage comme un paysage… Le flou raconte un voyage du subconscient.

Seconds où les allusions filmiques sont multiples, entre rêve, cauchemar et réalité. Le Chien andalou de Bunuel, La Belle et la bête de Cocteau, Vertigo de Hitchcock… L’image est très contrastée, splendide et étrange, et, dès le début, construite autour de mouvements de caméra inattendus et hors normes.

L’utilisation du split screen — écran dédoublé —, accentue encore l’impression de rêve, ou plutôt de cauchemar, d’immatérialité et s’ancre dans une dimension surréaliste… Entrer dans la quatrième dimension, the Twilight Zone. L’opération chirurgicale s’achève comme un flash surgi d’une réminiscence antérieure et l’image se fond dans un plan large, filmé en plongée, du hall de la gare centrale de New York, le soir, à l’heure de pointe. À nouveau, la caméra joue les gros plans, au raz des jambes, collée au visage. Focus sur un homme, un col blanc visiblement, Arthur Hamilton. Un homme le piste, nous sommes dans la position du suiveur. Suspense de la filature. Au moment où Hamilton monte dans le train de banlieue, l’homme l’interpelle et lui remet un papier avec une adresse : 34 rue Lafayette. Les plans s’emboîtent comme dans un puzzle inquiétant.

Seconds est une critique radicale de la société états-unienne, critique qui n’a rien perdu de son acuité et de son originalité. Le rêve états-unien est déboulonné, décortiqué sans complaisance, montré comme une lobotomie violente.