Cinéma et résistance au franquisme

jeudi 17 juillet 2014
par  CP
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Le cinéma espagnol est placé sous haute surveillance durant la dictature franquiste, cependant dès les années 1950, certains films critiques de la société, et implicitement du régime, parviennent à passer la barrière de la censure. Un grand changement s’opère dans l’univers cinématographique espagnol, porté non seulement par une nouvelle génération, mais aussi par des cinéastes reconnus.

Mort d’un cycliste

Juan Antonio Bardem (1955)

Avec Lucia Bosé, Alberto Closas, Otello Toso…

María-José de Castro, épouse d’un riche industriel, est la maîtresse d’un professeur d’université, Juan. Fiancés avant la guerre civile, les conventions sociales les ont séparés. Mais, ils continuent pourtant de se fréquenter… Au cours d’une de leurs promenades en voiture, Maria-José tue accidentellement un ouvrier à vélo et prend la fuite. Juan est perturbé par ce crime et recale une étudiante qui faisait une brillante démonstration. Les étudiants se révoltent contre cette injustice. Ces événements amènent Juan à avouer la mort accidentelle du cycliste et repartir sur de nouvelles bases. Il démissionne de son poste et tente de convaincre Maria José de tout avouer à la police.

Le film est une critique de la bourgeoisie des années 1950 qui profitait du régime franquiste tandis que d’autres vivaient encore dans la pauvreté. Une des bourgeoises du film dit d’ailleurs que tant qu’il y aura des pauvres tout ira bien pour eux. Il y a aussi une scène, où Juan cherchant à rendre visite à la femme du cycliste, s’achemine dans les ruines du Madrid d’après-guerre civile et pénètre dans le logement exigu de la voisine de la veuve du cycliste. Le film dépeint une société dominée par la corruption, l’hypocrisie et les seuls intérêts personnels.

El Verdugo (Le Bourreau)

Luis Garcia Berlanga (1963)

Avec Nino Manfredi, Emma Penella, José Isbert…

En Espagne, dans les années 1960. José-Luis, croque-mort de profession, s’éprend de Carmen, la fille du bourreau officiel. Tout au bonheur de s’être rencontré car la profession de José-Luis et celle du père de Carmen provoquent généralement le rejet, les jeunes gens se marient et souhaitent acquérir un appartement dans les nouveaux immeubles mais, pour pouvoir jouir de ce type de logement, il faut que l’un des conjoints soit fonctionnaire d’État. Le beau-père donne alors sa démission et propose comme successeur son gendre. José-Luis est alors nommé bourreau officiel...

Mais que se passera-t-il si une exécution intervient ? Le garrot pour un appartement de fonction…

Un autre film représentatif de cette époque et du réveil du cinéma espagnol, La Caza de Carlos Saura (1965).

Tournée dans la région de Tolède, lieu d’affrontement durant la guerre civile, une partie de chasse tourne au règlement de comptes et à la tuerie. Quatre hommes dont trois anciens combattants partent pour chasser le lapin sur les terres de l’un d’eux. Le plaisir qu’ils ont de tuer fait évidemment penser aux exécutions durant la guerre civile. « Le meilleur de
la chasse, c’est la chasse à l’homme
 » dit l’un des protagonistes.

Une parabole du régime franquiste, un portrait des vainqueurs.

Un coffret Carlos Saura (films restaurés) sortira fin 2015.

Avec Philippe Chevassus (Tamasa)

et

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