La censure militaire et policière 1914-1918 de Maurice Rajsfus et Militants contre la guerre 1914-1918 de Julien Chuzeville

vendredi 8 août 2014
par  CP
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La censure militaire et policière 1914-1918

Maurice Rajsfus (Cherche midi)

Dès les premiers jours de la Grande Guerre, la censure est instaurée et cette mesure va bien au-delà du contrôle pointilliste de la presse. L’état-major de l’armée, chargé des opérations de censure, délègue une grande partie de son pouvoir à la préfecture de Police. Sont traqués prioritairement les propos défaitistes, les slogans et écrits divers appelant à la Paix. Plus généralement, l’attention est portée à tout ce qui pourrait nuire au moral des troupes et, plus encore, à celui de l’arrière. Des pères-la-pudeur s’acharnent sur des chansons datant de la Belle Époque et il en va de même pour le théâtre, le cinéma et la littérature.

Une armée de censeurs veille également dans le domaine du contrôle postal aux armées, tandis que nombre de civils voient leur correspondance interceptée par la police. L’intérêt supérieur de l’État commande de régenter aussi la vie privée des Français.

En fait, tous les moyens d’expression sont devenus suspects et les Français sont encadrés dans un système qui ne laisse plus d’espace à l’expression libre, même lorsque les nécessités de la Défense Nationale ne peuvent être invoquées.

De tout temps, et particulièrement de 1914 à 1918, faute de supprimer la parole, la censure a eu pour vocation de détruire l’écrit et l’image, la musique, à l’occasion. Bien évidemment, la censure rend fou le censeur qui a tendance à prendre ses contemporains pour des citoyens de second ordre.

Militants contre la guerre 1914-1918

Julien Chuzeville (Spartacus)

« Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage. » : Jaurès l’avait dit et répété, et des congrès successifs de l’Internationale socialiste s’étaient engagés à tout faire pour empêcher le déclenchement d’un conflit. Mais quand, en 1914, malgré la forte agitation sociale que connurent au début de l’année la France, la Russie et l’Allemagne, la machine infernale se mit en route, les socialistes ne lui barrèrent pas le chemin.

La France ne manquait pas de pacifistes ; mais devant les dangers de l’invasion, la mobilisation, la militarisation de la société et la censure, tous furent désemparés et beaucoup se résignèrent. Certains, cependant, osèrent rompre le consensus et voulurent faire entendre la voix d’un pacifisme actif, c’est-à-dire, nécessairement, internationaliste. La paix qu’ils recherchaient était une paix sans tergiversations, « sans vainqueur ni vaincu », une paix — ils en étaient convaincus — que les régimes qui avaient conduit le monde à la guerre ne seraient pas capables d’assurer.

Ces militants — car tous l’étaient avant le début de la guerre — durent mener d’abord le combat dans leurs propres organisations, parti socialiste et syndicats, puis tenter, malgré la censure, l’intimidation et la répression, de faire progresser l’opposition à la guerre. Le Comité pour la reprise des relations internationales (CRRI) qu’ils créèrent fut le centre nerveux du pacifisme militant en France de 1915 à 1918 ; Zimmerwald et Kienthal, mais aussi la prison et les procès, furent les étapes de leur campagne.

La paix des vainqueurs ne fut pas celle pour laquelle ils s’étaient battus et ils savaient qu’elle portait en elle l’annonce d’un nouvel orage. Mais en maintenant vivace l’internationalisme socialiste, leur action résonna encore bien après que le CRRI eût cessé d’exister.