Le nouvel ordre local. Gouverner la violence

Jean-Pierre Garnier (L’Harmattan)
jeudi 17 janvier 2008
par  CP
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« Quand il n’y a plus rien à revendiquer et à négocier, et que l’on a perdu tout espoir de voir la situation s’améliorer, la violence « gratuite » est le seul luxe que peuvent se payer les démunis. Dépossédés de tout jusqu’à être privés d’idéaux et d’objectifs politiques, les sans-pouvoir n’ont alors plus qu’un pouvoir, celui de déstabiliser l’ordre social en se livrant à des actes destructeurs sinon autodestructeurs. »

La solution proposée par le gouvernement à cette violence désespérée : encore plus de flics, donc un renforcement du système répressif, déjà très impressionnant en France si l’on tient compte du nombre de policiers, de gendarmes, de vigiles et autres « agents de la pacification urbaine ». Le nouvel ordre local, est-ce l’avenir ?

La répression sur fond de campagne électorale des Européennes semble payante. Notons au passage que cette Europe dont on nous chante les louanges, c’est actuellement la guerre et l’euro. Nouvel ordre mondial et nouvel ordre local…

Aux urnes citoyens ! Je vote donc je pense, ou je pense donc je vote… Cela revient au même puisqu’il s’agit de ne pas réfléchir à cette Europe du complexe militaro-industriel et du capital. En prime, on vous promet la sécurité… citoyenne bien sûr. Mais de débat de fond sur les problèmes qui découlent d’un système inégalitaire, certainement pas ! De réflexion sur la violence et de critique du système basé sur l’exploitation et la "tyrannie du marché"… Pas question.

Pendant ce temps, les grandes phrases et idées creuses continuent : le bug de l’an 2000 — sujet primordial après la guerre et les sports — et la « grand’peur de l’an 2000 ».

Et contre les nouveaux barbares, allons-y pour la « régulation des tensions urbaines ». Comme cela paraît anodin quand il s’agit de la violence d’État !
Voyez New York et sa réussite sécuritaire de nettoyage de la délinquance. En revanche, on entend rarement parler des violences policières au quotidien…

Il s’agirait donc d’aménager les lieux pour une ville policée, c’est-à-dire la « pacification des espaces et des esprits » grâce aux « agents locaux de médiation ». Quant aux chercheurs spécialistes des « problèmes urbains », ils se font de la thune pour criminaliser la misère et non pour l’analyser. Du capitalisme, on évite d’en parler, ça fait désordre et c’est dépassé ! Et pourtant, c’est là que réside le problème, dans cette guerre économique menée à toute une partie de la société considérée comme le rebus incontournable de la démocratie !

Alors les nouveaux barbares se rebellent sans espoir, ils n’ont rien à perdre, rien à foutre, rien à secouer, ils cassent pour dire on est encore là et on vous emmerde ! Finalement, le consensus est une réussite de la manipulation à grande échelle, on en voit le résultat !

Et pendant ce temps, la société consumériste nous vante ce qui est bien en le placardant sur les murs — des banlieues aussi — ou nous l’assène à coup de spots publicitaires : Achetez le blouson machin pour "assurer" et être au top, achetez les dernières pompes truc sur coussin d’air pour être prêt à tout…
Pour être à la hauteur du challenge, il faut conduire la bagnole X avec le top model qui va avec, cuisses écartées sur le capot…
Enfin, pour aller au bout de vos rêves, achetez des actions Matra, le fabricant d’armes !
Le bourrage de crâne consumériste et le rêve en boîte à tous les coins de rue. Il est pourtant loin cet Eden plein de marques luxueuses pour qui vit dans la réalité glauque du chômage, de la démerde, de la dope, de la misère et du nouvel ordre local.

Et il faudrait accepter que tout est bien dans le meilleur des mondes ?


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