Les excès du Genre. Concept, image, nudité

Geneviève Fraisse (Lignes)
lundi 6 octobre 2014
par  CP
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Les excès du Genre

Concept, image, nudité

Geneviève Fraisse (Lignes)

Honni par une droite réactionnaire qui se cherchait une identité, célébré par une gauche intellectuelle qui a pourtant tardé à en entreprendre l’étude, le genre se retrouve au cœur de polémiques politiques violentes.

En désaccord avec les uns et les autres, Geneviève Fraisse fait d’abord le point sur celles-ci, et ce qu’elles signifient. Et s’emploie ensuite à constituer avec ce mot en partie nouveau un nouvel objet de pensée philosophique, dans la droite ligne de ses travaux sur l’émancipation des femmes et l’égalité des sexes.

«  Les études nées avec le féminisme des années 1970 ont travaillé doublement, à partir de la pensée de l’émancipation des femmes, et avec l’analyse de la domination masculine. Les deux se mélangeaient, et pour bien distinguer ce qui ferait rupture, ce qui accompagnerait le mouvement politique de libération des femmes, l’idée de se déprendre de la nature (la contraception et l’avortement jouent un rôle fondamental) est essentielle. » Geneviève Fraisse, Les Excès du genre. Concept, image, nudité.

Le nouveau livre de Geneviève Fraisse soulève de nombreuses questions et, littéralement,
offre un monceau de réflexions. Des réflexions à tiroirs que l’on ouvre, l’un après l’autre,
pour découvrir, au « prisme du genre », que se placer à la jonction de plusieurs
« disciplines » permet, notamment, de comprendre la construction et l’organisation « d’une hiérarchie sociale » — patriarcat et domination masculine —, « avec pour corrélat, l’oppression et l’exploitation des femmes. »

Il faut certes déconstruire l’organisation des inégalités entre les femmes et les hommes, elle
« est inhérente à la constitution de la dualité des sexes », autrement dit, il est primordial de
« déconstruire la fabrication sociale des inégalités », mais, dans le même temps, il est
important d’avoir conscience des évolutions que cela implique au plan social, philosophique et politique.

« Le sexe de la sexualité indique l’organe et le désir, l’altérité et la chair, bref beaucoup de ce qui fait l’humain, comme corps et comme projet. » Or, il s’agit bien, par cette déconstruction, de « transformer en profondeur nos repères philosophiques, avec toutes les conséquences théoriques et pratiques induites dans le réel ». Ce qui pose en premier lieu une question majeure : « L’action vient-elle de la dénonciation, de la déconstruction, du dévoilement, ou, au contraire de l’affirmation, du déplacement, de la subversion ? »

Cette interrogation appelle des précisions et provoque d’autres questions. Quel est le pouvoir de l’image, par exemple, dans une société qui semble de plus en plus lui être dédiée ? Le message normatif hommes/femmes est-il aussi efficace qu’il y parait ? Quelles sont actuellement les actions, ou l’expression subversive, qui pourraient susciter la révolte ou générer un profond changement social ? Quels sont aujourd’hui les lieux de dissidence ? Le néoféminisme, ou nouveau féminisme, suppose-t-il de nouvelles pratiques ? Etc.

Il faut souligner que «  le féminisme ne s’est pas contenté d’une demande de droits, on sait qu’il est [également et inéluctablement] porteur de subversion “culturelle” ».

La question sexe/genre entraine, de toute évidence, une réflexion générale, bien au-delà des constats sur la domination masculine, sur les inégalités et les discriminations de genre, elle touche le point crucial de toute réflexion politique radicale, à savoir l’émancipation des êtres humains. C’est en cela que le livre de Geneviève Fraisse, les Excès du genre, excelle par la synthèse et les questionnements qu’elle propose dans le contexte social contemporain, entre les mouvements féministes historiques et les luttes actuelles pour l’égalité des droits des femmes, et en conséquence, ce que cela implique. La « sexuation du monde est un axe de lecture, au centre, et non à la périphérie de l’histoire humaine, comme du savoir de cette histoire. » Et « “Au prisme du genre”, on peut observer toute chose, comprendre en fait ce que la sexuation fait à l’Histoire en cours. [De plus, ajoute l’auteure,] le prisme permet de résister à tout esprit de système. »

Les Excès du genre. Concept, image, nudité, de Geneviève Fraisse est un essai incisif, clair, qui n’hésite pas à pointer les contradictions, à les analyser, à émettre des critiques fines et constructives, à revenir sur l’origine des inégalités, les examiner, remettre en question les certitudes, ancrées très souvent dans l’appréhension du changement, pour mettre en écho la réalité et l’imaginaire. Ce qui, pour le coup, bouscule les préjugés, les clichés, la pensée normative… Et pour cette étude originale, il fallait bien la vision d’une philosophe, à la fois historienne, sociologue et femme engagée.

Les Excès du genre. Concept, image, nudité, de Geneviève Fraisse est un texte à se mettre dans la poche, à partager et à débattre avec excès.

« Avec le féminisme, il y a souvent du contretemps historique. Et dire la vérité est facilement perçu comme un excès. »



FRASIAK en concert

en trio acoustique guitare / piano / percussions

au Vingtième Théâtre à PARIS (75020)

le lundi 06 octobre 2014 à 20H00

Renseignements/résa :

Edito 06 12 25 52 85 ou SRC 01 48 65 97 90