Yamo. Film de Rami Nihawi. Retour d’un festival différent : Adios Carmen de Mohamed Amin Benamraoui et Our terrible Country de Mohammad Ali Atassi et Ziad Homsi

dimanche 16 novembre 2014
par  CP
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Yamo

Film de Rami Nihawi

Entretien avec le réalisateur

Yamo ou à la poursuite de la mémoire. Ce portrait de Nawal, la mère du réalisateur, croise à la fois une histoire personnelle, l’engagement politique d’une femme et les dérives de la violence au Moyen-Orient. Avec ce film, Rami Nihawi pose de nombreuses questions à propos des raisons du déni de la guerre civile et, outre ce silence, comment la volonté de toute une génération de changer le monde a-t-elle abouti à la guerre civile et à l’abandon des idéaux. Yamo n’est pas seulement une histoire familiale, c’est aussi le récit d’une génération et d’un pays.

En effet, le film de Rami Nihawi, Yamo, réussit à la fois le portrait d’une femme et la description de la société libanaise aujourd’hui, au quotidien. La voix off — celle du réalisateur — contextualise, questionne, décrit un passé familial intime et retrace, à grands traits, les étapes des conflits internes. C’est plus un constat ressenti, un regard sur un parcours personnel et une réflexion sur l’engagement politique, qu’une simple représentation de la situation.

Nawal, femme de caractère, a toujours défendu son indépendance et, pour l’affirmer, elle se veut autonome. Très jeune et sous la férule d’un père autoritaire, elle résiste et s’oppose aux traditions et à la pression sociale. L’entente avec ses enfants repose sur le respect de l’autre et l’exigence, sans domination ; l’autonomie a pour base le partage. Ironique, Nawal rétorque à son fils, qui s’inquiète de son travail et de ses retours tardifs, « Tu as de drôles de questions ».

Nawal a été militante et a fait des choix graves dans un Liban tourmenté. Les questions qui se posent donc autour de son itinéraire sont essentielles, comme si la vie de cette femme devenait emblématique d’un pays, d’une région. Le Liban, la guerre civile, les déchirements, le déni des victimes, la menace du retour des violences… Yamo est un témoignage magnifique allant du personnel à l’universel.



Retour d’un festival pas comme les autres

36e Festival international du cinéma méditerranéen de Montpellier

Adios Carmen

Film de Mohamed Amin Benamraoui

1975. Nador, une petite ville dans le Nord du Maroc.

Amar a 10 ans et vit avec sa mère qui est veuve. Lorsque celle-ci se remarie — ou plutôt est remariée —, elle part en Belgique en laissant le garçon aux soins d’un oncle paumé et violent. Amar se lie alors d’amitié avec Carmen, sa voisine, qui lui fait découvrir le cinéma. Carmen et son frère Juan gèrent le cinéma de la petite ville ; c’est la grande époque des films de Bollywood, très en vogue dans tout le Maghreb. Amar est littéralement fasciné.

Au cinéma, les actualités sont en ouverture et la propagande bat son plein à propos du Sahara et des tensions entre le Maroc et l’Espagne. La marche verte déclenche des violences nationalistes vis-à-vis des Espagnol-es. Carmen est républicaine et Juan se dit franquiste, tous deux sont enfants d’exilés politiques, après la guerre d’Espagne et la victoire de Franco.

Actualités nationales, discours du roi Hassan II, propagande et manipulation, mort de Franco et films de Bollywood… Adios Carmen est un film original sur cette époque de violence politique qui accentue la violence des rapports entre les individus, vis-à-vis des femmes, des enfants… Il semble que la première expression obligée soit brutale pour communiquer.

Adios Carmen est un film à plusieurs facettes et raconte plusieurs histoires, celle de l’exil, de la tyrannie, mais aussi celle de l’amitié… Observer la vie des adultes par les yeux d’un enfant, regarder cette marche verte qui fut une énorme manipulation politique et populaire, vivre l’émerveillement d’Amar devant les productions du cinéma indien et sa réappropriation narrative pour nourrir son imaginaire… Adios Carmen ou le voyage initiatique d’un enfant vers l’adolescence.

1975. Nador, une petite ville dans le Nord du Maroc.

Un premier film à la fois touchant et remarquable pour les archives de l’époque de la marche verte et l’amour du cinéma populaire.

Un film très personnel qui évoque à la fois la fin du franquisme, l’exil des républicains au Maroc, l’histoire officielle de la marche verte, les tensions sociales entre l’Espagne et le Maroc et… le cinéma et la magie des films Bollywood très en vogue dans les années 1970. Une pépite.

Le film est en attente de distribution.

Entretien avec Mohamed Amin Benamraoui.



Our terrible Country

Film documentaire de Mohammad Ali Atassi et Ziad Homsi

Regard de l’intérieur sur la Syrie.

Un témoignage essentiel.

Un intellectuel et un jeune syrien piégés dans une situation terrible.

Parmi la sélection brillante des films documentaires en compétition au 36ème Festival international du cinéma méditerranéen de Montpellier, Our terrible Country de Mohammad Ali Atassi et de Ziad Homsi a remporté le prix Ulysse du documentaire. Le film, fait dans l’urgence, porte un regard acerbe sur une réalité bien plus complexe que les images habituelles se faisant l’écho de la détresse de la population syrienne.

Our terrible Country de Mohammad Ali Atassi et de Ziad Homsi est un formidable témoignage sur la situation et les enjeux politiques qui sacrifient la population. Les deux cinéastes, de formation et de générations différentes, s’interrogent sur l’engagement des intellectuels, en suivant le périple dangereux de Yassin Haj Saleh, intellectuel dissident, et du jeune photographe Ziad de Douma/Damas à Raqqa. Quel est le rôle des intellectuels dans une situation tragique et quelles sont les valeurs qui demeurent dans une telle situation de survie ? La dissidence a un prix : la prison ou pire, la mort.
Au cours du tournage. Ziad est fait prisonnier par Daesh, la compagne de Yassin, Samira Ghalil est enlevée par Daesh…

Dans une telle situation, que signifie tourner un film ?

L’entretien avec Mohammad Ali Atassi a eu lieu au cours du Festival le 31 octobre.