Bleu pétrole

Film documentaire de Nadège Trebal
mardi 23 décembre 2014
par  CP
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La classe ouvrière n’existerait soi-disant plus… Le film documentaire de Nadège Trebal, Bleu pétrole, semble bien démontrer le contraire,
comme d’ailleurs Putain d’usine de Rémy Ricordeau, film documentaire inspiré du bouquin de Jean-Pierre Levaray qui écrit :
« Tous les jours pareils. J’arrive au boulot (même pas le travail, le boulot)
et ça me tombe dessus, comme une vague de désespoir, comme un
suicide, comme une petite mort, comme la brûlure de la balle sur la
tempe. Un travail trop connu, une salle de contrôle écrasée sous les
néons — et des collègues que, certains jours, on n’a pas envie
de retrouver.
 »

Bleu Pétrole de Nadège Trebal, un film au cœur du travail, de l’usine. C’est d’abord une raffinerie de pétrole, la raffinerie Total de Donges,
plantée sur l’estuaire de la Loire, des ouvriers qui y triment et un
syndicat que la caméra suit au jour le jour. Entre discussions
à propos de négociations, de séances du comité d’entreprise et
sur les actions syndicales à mener face à la direction, on entre
directement dans le quotidien des syndicalistes.

Qu’est-ce que le syndicalisme aujourd’hui ? En quoi militer tous
les jours change une personne ? Le film commence avec le départ
à la retraite du secrétaire de la CGT et l’arrivée d’un plus jeune qui
prend la suite, l’évolution de ce dernier engagé dans la défense
pour les droits des salarié-es et les conditions de travail dans
l’entreprise, mais pas seulement puisqu’on le voit en dehors de l’usine soutenir une manifestation d’enseignant-es et de parents d’élèves
venu-es aux portes de la raffinerie pour la bloquer.

Devant l’image grand écran de la raffinerie en pleine nature, on hésite
entre l’impression d’un cauchemar industriel et la représentation
« futuriste » et incongrue d’un complexe planté au milieu d’un décor champêtre. Ajouté à cela, la beauté du complexe dans les différentes lumières et surtout la nuit où cet enchevêtrement de ferraille et de machines prend un caractère mystérieux et spectaculaire.

Avec Bleu Pétrole, Nadège Trebal offre des images léchées de cet environnement, fascinée peut-être par le décalage du bâtiment qu’elle qualifie elle-même de « gigantesque enchevêtrement de tuyaux, traversé par des voies de chemins de fer, fruit d’une contorsion historique qui a vu l’usine s’agrandir, et passer les rails ».

Mais, si le film transmet parfaitement ces images impressionnantes, la réalisatrice s’intéresse avant tout aux personnes, aux ouvriers qui la composent, qui y travaillent et qui y luttent. L’engagement et la prise de conscience pour établir un rapport de force avec la direction passent aussi par l’autocritique, par la discussion ensemble pour se construire collectivement dans le combat syndical face aux méthodes patronales.
Dans ce contexte, les valeurs fondamentales sont inchangées même
si les formes de résistance évoluent et le problème fondamental demeure : la résistance face à l’exploitation.

Bleu Pétrole de Nadège Trebal, le film documentaire est une belle réflexion sur la classe ouvrière et sur l’état de l’engagement syndical aujourd’hui.